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Le pacte pour la Bretagne : un retour vers le passé polluant

6 décembre 2013 / Agir pour l’environnement

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer un « pacte pour la Bretagne ». En matière agricole, il s’agit d’une étonnante régression, encourageant des productions d’exportation à prix subventionnés et des élevages toujours plus polluants.


Le Premier ministre a annoncé jeudi 5 décembre les grandes lignes du « pacte d’avenir pour la Bretagne », censé répondre à l’agitation multiforme qui a animé la Bretagne ces dernières semaines. Si certaines mesures économiques d’urgence peuvent se défendre, force est de constater que le volet agricole du « pacte » ressemble furieusement à un triste retour en arrière.

Le dispositif prévoit ainsi de soutenir les exportations agro-alimentaires, autrement dit d’encourager les dérives qui sont à la source même de la crise industrielle et environnementale bretonne ! La recherche obsessionnelle de l’exportation suppose en effet de nier les fondamentaux de l’agronomie, puisqu’elle conduit à concentrer sur le territoire breton un cheptel animal disproportionné par rapport aux capacités de la Bretagne à nourrir ces animaux… et à absorber leurs déjections. L’agro-alimentaire breton n’est alors plus qu’un maillon dans une chaîne fordienne déshumanisée, où l’alimentation du bétail est importé d’Amérique latine tandis que l’abattage et une partie de la transformation sont délocalisés dans d’autres pays européens. C’est ce modèle-là, qui ne s’autojustifie qu’à coup de concentration industrielle et de « rationalisation », qui est précisément la cause première des licenciements massifs actuels !

En outre, ce modèle massivement exportateur méprise les réalités humaines et agricoles des pays tiers, puisqu’il vise cyniquement à concurrencer les agriculture vivrières des pays du Sud… et à y entretenir la pauvreté. Il faut beaucoup de culot aux patrons de l’agro-alimentaire breton pour critiquer la concurrence déloyale de certaines agricultures industrielles… alors qu’ils pratiquent exactement la même concurrence déloyale et cynique à l’égard des pays les plus pauvres.

L’environnement et le bien-être animal semblent hélas les grands perdants de la « crise » savamment orchestrée ces dernières semaines. En effet, non seulement le renforcement du modèle exportateur massif conduit inéluctablement à augmenter le déséquilibre entre les déjections animales et le territoire réel, mais en outre une autre mesure phare du « pacte » vise à la « simplification administrative ».

Ceux qui vivent en Bretagne ou qui suivent les dossiers agricoles ne sont pas dupes ! Cette « simplification » est systématiquement le prétexte à l’abaissement des garde-fous environnementaux et à l’augmentation du libéralisme agro-alimentaire intégral. Au prétexte de « simplifier », il s’agit avant tout de faciliter les agrandissements d’élevages hors-sol déjà surdimensionnés et ultra-pollueurs, d’éviter la prise en compte des nuisances envers les riverains, et de négliger les atteintes à l’environnement.

En allégeant les garde-fous réglementaires qui sont absolument nécessaires face au cynisme économique néolibéral et en confortant un « modèle » exportateur destructeur de l’environnement et des emplois, les mesures agricoles du « pacte pour la Bretagne » semblent avoir singulièrement omis la notion d’avenir. Ce sont là des recettes du passé, qui risquent d’amplifier la crise bien plus que de la résoudre. Le gouvernement et le Conseil Régional de Bretagne semblent écouter bien davantage la voix des populistes et de quelques magnats agricoles que celle de la raison.




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Source : Le Sauvage

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