Le potager Petit à Petit cultive l’autogestion

Durée de lecture : 3 minutes

24 juin 2014 / Lisa Giachino (L’Age de faire)



Organisées en groupes autogérés, une trentaine de familles participent au jardin Petit à petit. Pour 25 euros de cotisation mensuelle, elles mangent ainsi des légumes frais toute l’année.


Occupée à semer de longues rangées d’oignons, Anne-Charlotte Thureau se redresse pour contempler le paysage : ses journées ne sont pas de tout repos, mais elle apprécie le calme des collines de Mézières-sous-Lavardin, à une vingtaine de kilomètres du Mans, dans la Sarthe.

Les adhérents sont contents de venir jardiner ici, précise la jeune femme. Ça leur fait une coupure. Et moi, je m’intéresse beaucoup à tout ce qui touche au bien-être au jardin. A l’idée de jouer de la musique aux plantes, par exemple.

Nous sommes à la fin de l’hiver, sur l’un des deux terrains occupés par le jardin collectif Petit à petit, créé en 2012. Différentes variétés de choux attendent encore d’être cueillies. Les trente familles de l’association en ont reçu plus qu’il n’en faut tout au long de la « mauvaise » saison. « Certains se sont même plaint qu’il y avait trop de légumes », sourient Anne-Charlotte et Laurent Hamelin, qui assurent ensemble le suivi des cultures. Cela signifie que les deux apprentis maraîchers, qui expérimentent une organisation originale de la production, ont remporté l’un de leurs paris.

Car l’objectif n’est pas seulement d’offrir un havre bucolique aux citadins du Mans. Il s’agit avant tout de produire, et de produire suffisamment pour alimenter en légumes, tout au long de l’année et à peu de frais, plusieurs dizaines de familles prêtes à s’investir dans l’association. A mi-chemin entre l’Amap et le jardin partagé, Petit à Petit reproduit le fonctionnement d’Hortega, une structure qui existe depuis dix ans à Grenade, en Andalousie, et où Laurent a travaillé quelques mois. Hortega nourrit 200 familles, emploie trois salariés et un stagiaire.

Les adhérents n’achètent pas les légumes. Ils paient une cotisation mensuelle de 25 euros pour participer aux frais, et s’engagent à donner au jardin au moins une journée de travail toutes les cinq semaines. Le système s’appuie sur une organisation rigoureuse et la création de groupes autogérés d’une dizaine de familles chacun, qui se réunissent chaque semaine chez les uns ou les autres, pour répartir les légumes, collecter les cotisations, programmer les « tours de jardin » et le covoiturage, lire ensemble le petit journal hebdomadaire rédigé par Anne-Charlotte et Laurent, poser des questions, faire des propositions qui seront transmises aux autres groupes et parfois étudiées en commission…

En tant que coordinateurs, Anne-Charlotte et Laurent assurent la continuité des travaux agricoles, la récolte, la livraison des légumes, la communication entre les groupes, et coordonnent les grands chantiers qui permettent à tous les adhérents de se retrouver. Les deux terrains cultivés sont mis gratuitement à disposition par des habitants du village. Des serres de récupération ont été installées, les jardins sont cultivés en bio et grâce à la traction animale.

Anne-Charlotte et Laurent, qui consacrent bénévolement l’essentiel de leur temps au jardin, espèrent pouvoir bientôt se verser un salaire. Ils prévoient pour cela d’atteindre le seuil de cent paniers hebdomadaires et de diversifier les activités de l’association, en organisant des fêtes et en proposant des animations pédagogiques.





Source : L’Age de faire

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