« Le programme de Syriza est beaucoup plus écolo que celui de la droite et des socialistes »

Durée de lecture : 9 minutes

27 janvier 2015 / Entretien avec Orestes Kolokouris

Syriza a gagné et s’est allié avec les Verts, qui ont pour la première fois un député au parlement grec. Pour Orestes Kolokouris, écologiste grec, Syriza s’orientera vers une politique écologique si la société civile fait pression dans ce sens.

Orestes Kolokouris fait partie de la rédaction du journal écolo Oikotrives, distribué une fois par mois en même temps que le journal officiel de Syriza. Il a été candidat sur la liste de Syriza dans la circonscription du Pirée, mais à une position non éligible. Il est membre du parti des Verts en Grèce. Un tout petit parti, le seul avec lequel Syriza avait conclu une alliance électorale.

Orestes Kolokouris estime que Syriza peut s’orienter vers une politique écologique, à condition que la société civile fasse pression sur le nouveau gouvernement dans ce sens.

- Orestes Kolokouris -

Reporterre - En tant qu’écologiste, comment réagissez-vous à la victoire de Syriza ?

Orestes Kolokouris - C’est historique, il y a une semaine encore, on n’imaginait pas qu’ils auraient une vraie majorité. Puis ces derniers jours, on y a cru. Finalement, ce n’est pas une majorité absolue, mais elle est quand même très large. C’est une victoire importante aussi pour les Verts car c’est la première fois que l’on a un député au Parlement, Georges Dimaras.

Maintenant, on attend de connaître la composition précise du gouvernement. Il y a des réactions mixtes dans notre parti [Les Verts - NDLR] car Syriza a besoin de deux sièges de députés de plus pour avoir la majorité et former un gouvernement. Il s’est allié avec le parti des Grecs Indépendants, qui sont des souverainistes de droite eux aussi opposés aux mémorandums de l’Europe [Ces textes dictés par Bruxelles au gouvernement grec, qui indiquent la politique qu’il doit mener - NDLR].

Quant au programme de Syriza, il est beaucoup plus écolo que les politiques de la droite et des socialistes de ces dernières années, notamment parce qu’il s’oppose aux mémorandums de l’Union européenne. Mais on aimerait une politique écologique beaucoup plus poussée. Par exemple sur l’extraction des hydrocarbures en mer : la majorité de la société est pour, Syriza n’est pas clair sur la question et nous on veut jouer un rôle pour que le gouvernement n’approuve pas ce genre de projets anti-écologiques.

On n’a pas parlé d’écologie pendant la campagne électorale. Cela veut-il dire que ce sujet n’intéresse pas les Grecs ?

Ce n’est pas le seul sujet que l’on n’aborde plus, on a aussi oublié la question des droits humains. On ne parle plus que d’économie et de dette...

Mais je crois que l’écologie et les droits humains font partie des centres d’intérêt de la population. Il y a eu des mobilisations très importantes contre les ventes de terres publiques, ou l’extraction d’or à ciel ouvert à Skouries. Il y a quelques mois quand le gouvernement de droite a voulu changer les lois sur le littoral et la protection de la forêt, la société civile s’est beaucoup mobilisée. Donc il y a encore une société civile qui s’intéresse à ces sujets.

Syriza a-t-il déjà montré des signes d’intérêt pour la question écologique ?

Oui, dans tous ces cas comme la loi Littoral, la loi sur la forêt : il s’y est opposé. Parmi les activistes écolos on trouve souvent des membres de Syriza. En revanche, les écologistes ne sont pas majoritaires dans le parti.

Sur ces sujets de protection des terres, des forêts, du littoral, la position de gauche est plus ou moins unanime et claire : maintenir les protections environnementales. Mais sur d’autres questions, comme l’extraction de pétrole ou l’utilisation du charbon, le parti est divisé. Car en Grèce, la majorité de l’énergie vient du charbon, et la gauche doit faire face au lobby des syndicalistes de l’entreprise d’électricité nationale.

Les chasseurs aussi ont fait une campagne il y a deux semaines contre Syriza : ils ont dit que le parti va interdire la chasse et Alexis Tsipras a été obligé de les rencontrer et d’affirmer que tout va bien avec les chasseurs.

Donc le problème n’est pas juste de savoir si Syriza est écolo. Il faut aussi qu’il soit soutenu et poussé par la société civile vers une telle politique. Surtout que s’il veut mener une politique écolo, Syriza va devoir se battre contre les lobbies. Certains ont même commencé à s’intégrer dans l’appareil du parti.

Quels lobbies ?

Les chasseurs, les syndicalistes de l’électricité, les industries de fourrure dans le nord de la Grèce aussi, qui s’intègrent parmi les cadres du parti.

Mais il y a aussi des lobbies extérieurs au parti, sans doute plus puissants et qui vont tenter de peser sur sa politique ?

Il y a les entreprises pétrolières, bien sûr, mais aussi tous les secteurs. L’agriculture avec les vendeurs de pesticides, ou l’immobilier. Par exemple il y quelques mois Syriza a gagné la région de l’Attique. Un homme d’affaires, Dimitris Melissanidis, qui est armateur et président du club de foot d’Athènes, veut construire un stade pour l’équipe. Cela a fait débat au sein de Syriza, avec certains qui étaient favorables à la construction et d’autres, poussés par le mouvement militant, qui s’y opposaient.

Cette fois, les écologistes ont gagné le débat interne. Mais il y a d’autres cas où ce sont les constructeurs de méga-projets qui gagnent. Ce débat montre que la société civile peut pousser les idées écolos dans le parti.

Des négociations sont en cours. Les Verts ont-ils une chance d’entrer au gouvernement, puisqu’ils sont le seul parti ayant conclu une alliance officielle avec Syriza ?

Ils parlent d’un secrétaire d’État ou quelque chose comme cela, mais il est trop tôt pour répondre. Notre alliance n’est pas seulement faite pour entrer au gouvernement, elle peut aussi passer par certains projets de loi.

C’est vraiment l’alliance d’un gros parti et d’un petit parti avec un seul député. On est trop faibles pour demander plus aujourd’hui.

Syriza n’est pas très clair sur ses positions sur un certain nombre de sujets écologiques. Notamment, il appuie la construction de deux centrales à charbon dans le nord du pays…

C’est l’un des principaux points sur lesquels on s’est mis d’accord quand on a conclu notre alliance avec Syriza : établir un plan sur vingt ans pour sortir du charbon. Cela reste à voir, mais Syriza s’est engagé à mener cette politique.

Il y a aussi d’autres dossiers, des luttes écologiques symboliques en Grèce, comme celle de la vente de l’ancien aéroport d’Hellinikon, ou celle de la mine d’or de Skouries, dont vous parliez. Là-dessus, quelle est la position de Syriza ?

Sur une question au centre du débat comme Hellinikon, je crois que la politique de Syriza est très claire : ils vont stopper la vente. Pour Skouries, c’est plus difficile à dire.

Et puis il y a deux ou trois autres sujets où seules quelques associations environnementales sont mobilisées et là c’est plus compliqué de dire quelle sera l’attitude du nouveau gouvernement. C’est notamment le cas pour les extractions de pétrole à l’ouest de la Grèce.

Comment l’écologie peut-elle être aussi une réponse à la crise sociale que vit la Grèce ?

On parle de transformation sociale et écologique dans tous les domaines.

En agriculture, il y a déjà des gens qui créent des produits de qualité, qui changent de mode de production, qui constituent des coopératives. Par exemple sur l’huile d’olive, il y a des organisations de producteurs qui font des produits de très bonne qualité. Il y a aussi tout un mouvement proche des AMAP, qui privilégie la vente directe.

Sur d’autres secteurs aussi comme l’industrie, il y a une innovation citoyenne très importante : des gens créent des produits et les vendent dans les marchés de manière plus solidaire. Il y a beaucoup d’initiatives comme cela en Grèce. Des groupes de jeunes qui produisent des vêtements, un mouvement de commerce équitable qui pousse des produits originaux.

Il y a même des pharmaciens qui ont créé leur propre coopérative pour produire des produits para-médicaux comme des crèmes.

Syriza s’inscrit dans la tradition de la gauche keynésienne, qui veut relancer la croissance par la consommation. N’y a-t-il pas une contradiction entre chercher la croissance pour sortir de la crise et promouvoir une politique écologique ?

Il y a des contradictions, mais on n’en est pas à se poser ces questions là. L’effondrement de la classe moyenne, la situation critique que vit la Grèce en ce moment ne nous a pas permis de penser à cela. Il faut réagir à la politique néolibérale avant tout.

Mais sinon dans Syriza il y a de tout : des néo-communistes, de la gauche alternative… Le problème est que ces nouveaux mouvements sociaux n’ont pas une influence importante en Grèce.

Nous on dit que c’est la seule façon de faire avancer les choses, mais on ne peut pas seulement imaginer notre propre paradis alternatif.

La priorité de Syriza, c’est de combattre la pauvreté, les injustices. On est tous d’accord pour cela : comme remettre l’eau et l’électricité à des gens qui ne peuvent plus payer. Ce n’est pas un projet écologiste en soi. C’est un projet humaniste, tout simplement.

- Propos recueillis pas Marie Astier


DERNIERE MINUTE

Actualisation mardi 27 janvier 2015 à 10h30

Les Verts ont un vice-ministre de l’environnement, Giannis Tsironis.

Ils ont conclu avec Syriza un accord en 22 points.
En voici quelques-uns :

1. La protection des biens communs (eau, littoral, forêt,etc.)
2. La sortie des énergies fossiles d’ici vingt ans.
3. L’orientation de l’agriculture vers une production de qualité, en bio.
4. La promotion d’un tourisme durable.
5. La rénovation énergétique des logements.
6. Une exploitation minière uniquement souterraine, avec des conditions environnementales fortes (cas de Skouries).
7. Développement du train.
8. Une réforme des plans de gestion des déchets pour aller vers la réduction, la réutilisation et le recyclage.
9. La réforme du système électoral vers la proportionnelle.
10. Une politique de pêche durable.


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Lire aussi : Grèce : l’espoir est revenu, Syriza a gagné

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. Parlement à Athènes : Marie Astier
. Plate-forme pétrolière : Daniel Sinoca
. Drapeaux Verts : Parti Vert Grec

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