Le refus de l’immigration « choisie »

Durée de lecture : 3 minutes

6 janvier 2009 / Droits devant !!

La France tente de convaincre le Mali de signer un accord de « gestion concertée des flux migratoires ». Il se ferait au détriment des travailleurs maliens en France.

Mercredi 7 janvier, à Bamako, le gouvernement français, pour la 4e fois, tentera d’arracher au gouvernement malien la ratification de l’accord dit de « réadmission », de « gestion concertée des flux migratoires », autrement dit « d’immigration choisie ».

Cette proposition d’accord, déjà signé par 7 pays africains (Sénégal, Gabon, Cap Vert, Bénin…), repose sur un chantage pervers. : le gouvernement français, dans sa grande mansuétude, accordant au docile signataire la possibilité d’exporter à minima muscles et cerveaux vers l’hexagone pour répondre aux besoins d’un patronat en quête permanente de main d’œuvre flexible et bon marché.

En échange, le Consulat du Mali en France devra satisfaire à l’obsession répressive de Sarkozy et Hortefeux en délivrant à la police française un maximum de laissez-passer afin d’expulser du territoire des sans-papiers maliens vivant et travaillant en France, pour beaucoup depuis nombre d’années. Pauvre cerise sur le gâteau de ce marchandage impudique, la régularisation de 1.200 à 1.500 travailleurs sans-papiers maliens, sur les 35.000 à 40.000 présents en France !

Le gouvernement malien ne peut et ne doit ratifier cet accord léonin pour au moins deux raisons majeures :

 - La délivrance accrue de ces laissez-passer enfoncera encore plus dans la paupérisation des milliers de familles maliennes qui survivent grâce au labeur et à l’apport financier permanent de leurs parents sans-papiers établis en France. En outre, ceux-ci sont les véritables acteurs du développement au Mali, les sommes envoyées par leurs soins permettant de construire dispensaires, puits, écoles… Et dépassant très largement les miettes octroyées par l’Aide Publique au développement française.

 - En multipliant ces laissez-passer, le gouvernement malien se rend complice du racket exercé depuis des décennies par l’Etat français sur les travailleurs sans-papiers, encaissant, via l’URSSAF, ASSEDIC, Caisses de retraites… les milliards d’euros de cotisations dont aucun d’entre eux ne bénéficiera, notamment après une expulsion.

Cet accord n’est de fait que la continuité colonialiste dans laquelle s’inscrit sans ambages le gouvernement français. Le gouvernement malien, s’il le ratifiait, irait à l’encontre de la population malienne qui n’en peut plus d’assister au quotidien à l’humiliation de parents expulsés, arrivant les mains nues à l’aéroport de Bamako, après des années de « bons et loyaux services » rendus à l’Etat et au patronat français.

Après que des centaines de travailleurs sans-papiers maliens aient, de haute lutte, arraché leur régularisation à Sarkozy-Hortefeux grâce au mouvement de grève lancé le 15 avril avec la CGT et Droits devant !!, il appartient au gouvernement malien de prolonger cette dynamique en refusant non seulement cet accord, mais en exigeant du gouvernement français la régularisation globale de ses compatriotes.

Comme en d’autres occasions de mobilisation, cet appel fait écho à celui de l’Association Malienne des Expulsés (A.M.E.) avec laquelle nous convergeons.

Quoique présenté comme impliquant « démocratiquement » deux pays, cet accord est unilatéral, perpétuant l’hégémonie de l « ex » colonisateur sur l’ « ex » colonisé.

Nos luttes sont, seront et resteront quant à elles bilatérales.


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Source : communiqué de presse de Droits Devant !!

Site : www.droitsdevant.org

Date de mise en ligne : 6 janvier 2009

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