Le secteur privé alléché par la « transition »

Durée de lecture : 3 minutes

17 février 2020 / L’Arlésienne

« Le public, le privé et les autres » est le huitième numéro de la revue trimestrielle « L’Arlésienne », le journal « gazette, enquête, anisette » de la ville bucco-rhodanienne. À noter : un dossier intitulé « À qui profite la “transition” ? ».

  • Présentation de la revue par son éditeur :

Édito - Le public, le privé et les autres

Sans autre légitimité que celle qu’ils s’autorisent à prendre, les autres sont ceux qui ne sont rien.

Ni élus ni millionnaires, ils osent se glisser entre le mur et la tapisserie. Associations investies dans une économie moins écrasante et moins salissante, habitants de quartiers oubliés au-delà des remparts ou poètes à quatre pattes. Depuis le temps qu’on ne les écoute plus, ils ont fini par se faire entendre.

Si vous voulez les reconnaître, les autres ont souvent
pour point commun de questionner le changement.
 Et le changement, c’est vraiment maintenant. « Le capitalisme non lucratif peut prendre le relais du secteur public […]. L’exécution peut parfaitement être confiée à des entreprises », pense Jean-Marc Borello, président du groupe SOS et cofondateur du mouvement En Marche. Le privé veut remplacer le public. Et il gagne du terrain
 en lorgnant les Marais du Vigueirat. Alors les autres, militants de la première heure qui portent le projet depuis vingt ans, demandent du temps. « Nous freinons le groupe SOS, mais continuons à réfléchir », temporise Jean-Laurent Lucchesi, plus habitué à convaincre les pouvoirs publics du bienfait de l’action. Mais comme une fatalité, le directeur des Marais, association de protection de l’environnement et pourvoyeuse d’emplois en zone rurale, sait qu’il faudra accepter des fonds privés et leurs intérêts. Il lui reste la négociation pour verrouiller les valeurs.

À Griffeuille, on connaît le rapport de force. En 2006 déjà,
les autres se révoltaient pour imposer à la mairie de libérer des créneaux horaires dans le gymnase pour les associations du quartier. Alors là-bas, l’implantation des œuvres de la fondation Luma se fait sous des regards sceptiques. Les habitants, loin d’être naïfs, n’ont pas envie d’être de la chair à plaquette de communication.

D’autres autres, les petites mains de la « transition », 
qu’elles soient « écologiques » ou « solidaires », s’ouvrent aux partenariats privés par nécessité, mais refusent de servir de faire-valoir. Et commencent à imposer des conditions. Pour la cantine solidaire de Griffeuille, « les recettes serviront à financer un projet collectif choisi par les habitants », a édicté Marine Buu, une travailleuse du « lien social » qui veut servir l’intérêt des autres avant tout, quel que soit le partenaire qui signe le chèque de ses fins de mois.
Quant aux poètes, ils s’autorisent tout, même l’assaut des espaces promis aux plans urbanistiques des collectivités. À Trinquetaille, de l’autre côté du fleuve, un cavalier rebaptise les Papeteries Étienne en Tapetteries de Karlo. L’artiste et ses facéties remettent en question les conventions d’occupation nécessaires à l’usage des lieux. Par la poésie, Karlo remplit l’espace et l’occupe. Propose. Comme pour rappeler une évidence trop souvent étouffée, une ville est d’abord portée par ses habitants.

La rédaction


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L’Arlésienne est édité par l’association la Rédaction (lire qui sommes nous), son histoire a commencé avec le journal le gai savoir qui est paru entre 2008 et 2015.



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