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Tribune —

Le train est par nature socialiste

”Le train c’est la grande fraternité, le véhicule collectif des émotions aventureuses. Imagine-t-on partir faire la révolution en automobile ?"


Ne conduisant pas, j’ai par la force des choses une certaine expérience des transports en commun qui devraient être, face à l’évidence climatique, gratuits. Quasi pas une semaine sans un quai de gare et un parcours en train pour une rencontre citoyenne, un débat ou une réunion, parfois dans des recoins méconnus de la Wallonie. L’esprit vagabond, toujours prêt pour un éternel départ, les odeurs des wagons, le crissement des machines, les rails qui se perdent, la démarche du contrôleur, les annonces faites aux haut-parleurs, la transhumance des voyageurs, le kaléidoscope des villes et des campagnes, le froid de l’attente, les râleries du retard, toute la mythologie si simple et si commune du nomade en chemin de fer se concentre à chaque trajet.

Plus encore. Le train c’est l’internationale. Ce qui relie les hommes et les idées, des reliefs comme des plaines. C’est la communication et l’assemblage, l’incessant va et vient de toutes et de tous qui se côtoient, se bousculent, s’interpellent, s’engueulent ou dialoguent. Le train c’est la grande fraternité, le véhicule collectif des émotions aventureuses. Imagine-t-on partir faire la révolution en automobile ?

La résistance des cheminots face à l’occupant. La flèche rouge entre Moscou et Saint-Petersbourg, vodka et accueil personnalisé à la docteur Jivago. La précision mathématique des horaires du train de nuit entre Pékin et Xian, les parcours du bourlingueur adolescent où je dormais avec mon sac de couchage sur le plancher du couloir de l’express qui filait vers Rome ou Thessalonique. Emile Zola et Jean Gabin. Toute une fantasmagorie de sons et d’images, de visages noircis, de vapeur et de fumées noires, de vécu et de rêves, qui ressurgissent même quand je monte dans le propret Thalys ou dans un vieux wagon en bois à Dinant.

Décidément le train est par nature socialiste.


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