Faire un don
25987 € récoltés
OBJECTIF : 80 000 €
32 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Les Etats-Uniens passent le pic de la viande

Durée de lecture : 3 minutes

11 mars 2012 / Audrey Garric (lemonde.fr)

Aux Etats-Unis, le boum des agrocarburants à base de maïs entraîne la hausse du prix de la viande, ce qui en fait diminuer la consommation...


Décidément, l’époque semble être aux « pics ». Après le peak oil (pic pétrolier), le peak gas (pic gazier) et le peak stuff (pic des objets), voici venu le temps du peak meat, soit le pic de viande. Aux Etats-Unis, la consommation de viande commencerait à diminuer, après avoir atteint un maximum en 2007. C’est ce que révèle l’Earth policy institute, cité par Terra Eco, mercredi 7 mars. Alors que les Américains consomment un sixième des produits carnés dans le monde, cette tendance outre-Atlantique pourrait signifier la fin du steak haché qui trône au centre de l’assiette.

Selon les chiffres du ministère de l’agriculture américain, la consommation de viande suivrait une course descendante après un pic en 2004, à 84 kg par an et par habitant. En 2011, les Américains n’auraient plus consommé « que » 78 kg. Et les prévisions pour 2012 tablent sur 75,5 kg, soit une baisse de 10 % sur les huit dernières années, comme le montre le graphique de la consommation américaine depuis le début du XXe siècle.

Quant à la consommation globale de viande dans le pays, elle chute aussi, après avoir atteint un pic en 2007, à 25 milliards de kg. En 2012, elle devrait être de 23,5 milliards, soit le niveau le plus bas depuis dix ans.

Dans le détail, par type de viande, la consommation de bœuf est celle qui a le plus diminué. Après un pic de 41 kg en 1976, elle doit s’établir à 24 kg par habitant en 2012, soit une baisse de 43 %. Les records de chaleur et de sécheresse l’an dernier dans les plaines du Sud ont achevé de réduire la taille du cheptel national de bovins, à un niveau inférieur à celui de 1962.

Cette baisse de la consommation de bœuf a été compensée par l’augmentation régulière de celle de volailles, moins chères et moins polluantes (un kilo de poulet émet 3 kg de gaz à effet de serre contre 20 kg pour un kilo de bœuf). Jusqu’en 1940, les Américains consommaient 450 grammes de volaille par personne chaque mois. En 1990, même chiffre, mais par semaine. A partir du milieu des années 90, la consommation de volaille a commencé à dépasser celle de bœuf, avant d’atteindre un pic en 2006, à 34 kg. En 2012, elle devrait avoir un peu baissé, avec un peu moins de 32 kg.

Quant au porc, sa courbe s’avère plus stable à travers les décennies. Elle devrait néanmoins baisser en 2012, avec 20 kg par personne, contre 25 kg en 1944, au plus haut historique, soit une baisse de 20 %.

Les causes de cette baisse de la consommation ? Elles sont multiples : le resserrement des budgets, moins d’animaux sur le marché et surtout plus d’exportation de viande à destination des pays étrangers. Mais la raison principale, c’est la hausse du prix des matières premières : avec 40 % du maïs américain destiné à la production d’agrocarburants, le coût de l’alimentation animale a explosé, augmentant de fait le prix de la viande et poussant les consommateurs à trouver des alternatives. Avec une population mondiale croissante et des besoins de carburants substitutifs au pétrole, cette tendance n’est pas près de changer.

En France, le « peak meat » a eu lieu plus tôt : la consommation individuelle de produits carnés, après avoir progressé chaque année de 1,6 % depuis 1970 jusqu’aux années 90, a baissé de 6,7 kg depuis 1998 pour atteindre 87,8 kg en 2009, selon FranceAgriMer.

Edit : à noter que les chiffres du ministère de l’Agriculture américain sont très inférieurs aux données de la FAO, qui parle, elle, d’une consommation de 125 kg de viande par an et par habitant aux Etats-Unis [en 2002] (contre 84 kg pour le département de l’agriculture). Ce qui ne change rien, par contre, à la tendance à la baisse de la consommation.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : lemonde.fr

Photo : Atom earth mother

Lire aussi : Soja brésilien : manger de la viande nuit à la biodiversité

9 décembre 2019
Rénovation énergétique : comment passer à la vitesse supérieure ?
Alternative
7 décembre 2019
Le Brésil est toujours en flammes, mais la police harcèle les écolos
Info
7 décembre 2019
VIDÉO - Thomas Piketty : « Il va y avoir des crises sociales extrêmement violentes »
Entretien




Du même auteur       Audrey Garric (lemonde.fr)