Les Faucheurs volontaires ont arraché près de Toulouse des OGM interdits

Durée de lecture : 7 minutes

3 mai 2014 / Grégoire Souchay (Reporterre)

Sous la pluie vendredi 2 mai, une centaine de Faucheurs volontaires et de militants de Greenpeace ont arraché du maïs transgénique cultivé illégalement dans la Haute-Garonne. Reporterre y était. Lundi, le Conseil d’Etat doit publier sa décision sur l’interdiction du MON 810.


- Saubens (Haute-Garonne), Reportage

« De toute façon, la pluie, on est habitué ». C’est peu de dire que ce vendredi 2 mai le temps n’est pas clément. Le Breton qui nous parle a roulé toute la nuit pour être là. Alors, forcément, il relativise le fait que notre carnet de notes soit trempé. Avec lui sont présents une centaine de Faucheurs Volontaires et membres de Greenpeace, associés pour l’occasion. Après la dernière action à la mi mars contre le lobby pro OGM et le procès de Colmar , ils sont venus en nombre pour cette action de fauchage. Sont présents des vieux combattants anti OGM, comme Michel, éleveur de bovins dans l’Aude, qui « fauchait déjà avec la Confédération Paysanne en 1999 quand les Faucheurs n’existaient pas », dit-il avec fierté. D’autres sont là pour la première fois, comme Victor, jeune pousse, encore au lycée, qui assure s’être « embrigadé tout seul, je m’intéresse beaucoup au brevetage du vivant ».

L’objectif du jour : la neutralisation d’une parcelle de maïs MON810. L’histoire remonte au 10 mars, lorsque deux exploitants agricoles choisissent de semer chacun 11,5 hectares de maïs transgénique MON810, importés d’Espagne, et avertissent les services de l’Etat de leur action.

À Saubens, village du sud de Toulouse, Jacques Beauville, l’un d’entre eux, l’annonce même au conseil municipal. Sauf que, le 15 mars, comme attendu, un nouvel arrêté est pris par le gouvernement pour interdire la culture du MON810 en France. Cet arrêté aussitôt attaqué en justice par le lobby pro-OGM. L’administration se retrouve paralysée et n’entame aucune démarche pour neutraliser ces plantations devenues illégales. Et ce n’est que le 30 avril, lorsque le Conseil d’Etat instruit l’affaire que l’on découvre publiquement l’existence de ces deux parcelles de maïs transgénique. Les Faucheurs décident donc d’une action contre l’un de ces agriculteurs « qui tentent de piéger l’Etat et de faire pression pour imposer les OGM », explique Jacques Dandelot, membre du collectif anti-OGM31. Il ajoute : « Nous pallions aux carences de l’Etat ».

Les voilà donc rassemblés, avec l’appui de Greenpeace pour aller faucher : « L’action est symbolique, nous ne sommes pas là pour arracher l’intégralité de la parcelle, mais pour montrer à la population ce qui se trame », assure Jacques. Malgré la pluie battante, l’action se déroule dans la bonne humeur et même en chanson. À la place des plants OGM arrachés, les activistes sèment méthodiquement des graines : « Ce sont des semences paysannes de maïs bio", précise Fernand, plombier toulousain, citoyen et consom’acteur.

Quelques figures emblématiques ont fait le déplacement pour soutenir l’action. En premier lieu, José Bové, qui avait participé en 2003 à la naissance du collectif des Faucheurs Volontaires, mais également des membres d’Europe Ecologie Les Verts comme l’ancien porte parole Pascal Durand, le conseiller régional Gérard Onesta ou encore François Simon, écologiste toulousain.

Plus loin, les militants de Greenpeace, n’arrachent, eux, rien, mais, fidèles à leur réputation, déploient de manière très organisée leur dispositif visuel et télévisuel. Marina, membre du groupe local toulousain rappelle que « Greenpeace et les Faucheurs ont souvent fait des actions conjointes et mènent la même lutte. Nous avons des modes d’actions différents mais complémentaires ». Profitant d’une éclaircie, Anaïs Fourest, chargée de campagne agriculture pour Greenpeace, réalise un test pour confirmer la présence d’OGM

Alain, faucheur bordelais, nous explique sa méthode : « Tu rentres dans le champ, tu surveilles qu’il n’y a personne. Tu cours et dépasse les dix premières rangées témoins (qui sont sans OGM). Ensuite, tu récupère des bouts de feuille à droite à gauche, sans même arracher les plants, tu fais un jus avec et pour finir tu regardes ce que dit le petit kit que nous mettons à disposition ». Effectivement, le test réalisé sous nos yeux nous s’avère positif : « Le trait rouge signifie que c’est de l’OGM, et le trait orange que le test est valide », détaille Anaïs Fourest.

Plus loin, quelques faucheurs s’échappent vers le champ voisin où ils poursuivent leur cueillette : « Ici aussi ce sont des OGM. Il y en a 11,5 hectares au total ».

De l’autre côté, trois riverains, vraisemblablement agriculteurs pro-OGM, prennent des photos et passent des coups de fil. Ils refusent de répondre à nos questions. C’est Jean-Marc Bergia, maire du village, qui nous expliquera, alors que tombe une nouvelle averse que « l’important c’est le respect de la légalité. » Il n’est « ni pour ni contre les OGM, car dans les deux camps les avis sont trop à charge, je voudrais des enquêtes objectives ». Après discussion avec les faucheurs, il se déclare favorable à la tenue d’un débat public à l’automne entre l’agriculteur incriminé et les faucheurs.

C’est finalement déjà l’heure du rappel, lancé par Alain : « On a la presse, les gendarmes, les élus et le procès, on peut rentrer ! » Car le propriétaire, bien qu’absent, a porté plainte contre les faucheurs pour cette action. Une formalité semble-t-il, chacun s’amusant à compter le nombre de fois où chacun a été mis en cause en justice. À la sortie, les gendarmes procèdent méthodiquement au contrôle des identités de chacun, qui sont données ouvertement, les faucheurs agissant toujours à visage découvert.

La journée pourrait se terminer là, avec un pique nique festif sur le parking du départ, mais voilà : « Qu’allons nous faire de ces sacs de maïs OGM ? », demande Dominique. La réponse est vite trouvée : direction le centre ville de Toulouse et les locaux de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) dans la Cité administrative. Après discussion en assemblée, Greenpeace accepte d’accompagner cette action improvisée.

Les Faucheurs, à peine entrés dans les bureaux de la DRAAF, vident soigneusement leurs sacs pleins de plants de maïs transgénique dans la salle de réunion.

Le directeur adjoint de la DRAAF, Bruno Lion, ne s’en formalise pas et accepte de répondre aux questions des Faucheurs. Ils reprochent à l’administration de ne pas avoir lancé de procédure d’arrachage officielle de ces plantations illégales. « Nous agissons dans le cadre des textes, répond M. Lion, et nous sommes suspendus au résultat du jugement en Conseil d’Etat sur l’arrêté sur 15 mars dernier. Par ailleurs, pour nous, il n’y avait pas autant urgence à intervenir étant donné que nous sommes encore loin de la période de floraison ». Le responsable de l’administration termine en rappelant que « politiquement, l’Etat est engagé dans l’interdiction des cultures OGM ».

La loi, votée a l’Assemblée le 15 avril dernier, doit encore passer au Sénat et devrait être ratifiée en mai. Or, si l’arrêté venait à être cassé, « cela laisserait une nouvelle fenêtre d’opportunité pour que les transgéniculteurs sèment de nouveau des OGM », avertit Jacques Dandelot. Le fonctionnaire répond : « Nous maintiendrons des contrôles, car les OGM devront malgré tout être signalés, mais honnêtement, je ne sais pas ce que nous ferons ». Le Conseil d’Etat rendra sa réponse sur le référé de suspension de l’autorisation du MON 810 lundi 5 mai. Le même jour, le Sénat examinera la loi d’interdiction des maïs génétiquement modifiés, , adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale.

Mais les Faucheurs ont déjà prévenu : « Si finalement, contre la volonté des citoyens et d’un très grand nombre d’agriculteurs, la possibilité de cultures GM redevenait possible, le collectif des Faucheuses et Faucheurs Volontaires reprendrait à contre cœur mais avec détermination le chemin des champs de maïs transgénique ». Vendredi soir, les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture ont annoncé que, si l’on trouvait des maïs transgéniques, « la réglementation prévoit leur destruction ».


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Source et photos : Grégoire Souchay pour Reporterre

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