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Les antilopes du désert menacées par le pétrole

Au Niger vivent les dernières antilopes sauvages du Sahara, les magnifiques addax. Mais l’exploration pétrolière rend leur vie de plus en plus précaire.


Peu de gens se soucient des addax pour la simple et bonne raison qu’ils n’en ont jamais vu et pis encore probablement jamais entendu parler. Il est vrai que pour voir un addax, il faut être sacrément motivé : il n’en reste qu’une petite poignée et ils se trouvent dans un des endroits les plus isolés de la Planète.

L’addax est probablement l’une des plus belles antilopes qu’il m’ait été donné de voir, imposante avec ses 100 kg, sa robe blanche éclatante et ses longues cornes annelées légèrement spiralées qui lui conférent une morphologie unique en son genre. Mais le plus remarquable chez cette antilope réside dans le fait qu’elle vit en plein milieu du désert du Sahara et peut se passer de boire une vie entière s’il le faut. L’addax a l’étonnante capacité de se contenter de l’humidité contenue dans les plantes remarquablement adaptées à la sécheresse. Celles-ci peuvent rester en sommeil des années dans le sol et se réveiller lorsque le ciel daigne leur accorder quelques gouttes de pluie.

Bien que la beauté de l’addax et ses caractéristiques physiologiques en fassent une espèce méritant la plus grande attention, elle est en passe de s’éteindre à l’état sauvage. L’addax a véritablement joué de malchance au cours des cinquante dernières années. Chassée depuis toujours par les peuples du désert sahariens pour la qualité de sa viande et de son cuir, l’espèce s’est vue exterminée avec l’avènement des véhicules 4x4 et la prolifération d’armes automatiques. Dans cette partie du monde, no man’s land rime avec contrebande, se combinant avec des rébellions et autres facteurs d’instabilité qui incitent les hommes du Sahara à s’armer toujours davantage.

L’addax a cependant réussi à trouver refuge dans le désert du Tin Toumma, à l’est du Niger. La centaine d’individus qui y demeurent est suivie depuis 2006 par l’équipe du projet Antilopes Sahélo-Sahariennes. Ce projet a pu voir le jour grâce à l’énergie des scientifiques regroupés autour Sahara Conservation Fund. Cette ONG a su convaincre la Convention sur les espèces migratrices et le gouvernement du Niger de mobiliser des financements auprès du Fonds Français pour l’Environnement Mondial et de l’Union Européenne en démontrant que cet endroit était de toute évidence le dernier haut lieu de la biodiversité sahélo-saharienne.

Depuis plus de quatre ans, l’équipe du projet étudie la dernière population d’addax vivant à l’état sauvage et tente de convaincre les populations locales d’œuvrer à leur côté pour conserver ce patrimoine naturel unique au monde. Seulement, cet espace auparavant vide de toute présence humaine a récemment suscité l’intérêt d’un grand groupe pétrolier chinois en raison des richesses de son sous-sol. L’addax s’est alors retrouvé face à une nouvelle pression, qui l’a contraint à se déplacer encore et encore, lorsqu’il en a la force. Ce désert, et la faune et la flore qui y ont trouvé refuge, était naguère intact ; il est aujourd’hui meurtri par les passages incessants et désordonnés des véhicules lourds des pétroliers et des militaires qui les accompagnent pour assurer leur sécurité.

Le résultat est affligeant : la population d’addax pourtant stable depuis 3 ans a cette année éclaté en plusieurs groupes partant vers le nord ou vers l’est à la recherche de pâturages et surtout de quiétude, les deux éléments nécessaires à la survie de cette espèce.

Tout ça aurait pu être évité si seulement le dialogue avait été instauré, mais les enjeux de la biodiversité font pâle figure lorsqu’ils sont confrontés à ceux des matières premières.

Il n’est peut-être pas trop tard, car cette population continue de se reproduire même si elle tend à diminuer vu les pertes encourues l’année passée. Mais sans une mobilisation nouvelle, les addax risquent de disparaître prochainement.

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Crédit photos : Rabeil/Sahara Conservation Fund.


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