Les chrétiens doivent s’engager à l’objection de croissance

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2 décembre 2011 / Chrétiens et pic de pétrole



“Le refus du sans limites matérialiste n’est‐il pas au coeur de la doctrine chrétienne ? Les chrétiens ne peuvent donc plus se taire voire être complices de cette logique de la démesure sauf à trahir les Évangiles. Ils se doivent d’être en première ligne aux côtés de tous les objecteurs de croissance."


Du 18 au 20 novembre s’est déroulé le colloque interrogeant les convergences et les divergences entre le christianisme et l’« objection de croissance ». Au terme de ces débats, un consensus se dégage pour affirmer que toutes les études environnementales conduisent au constat de la limite des ressources de la planète. Cependant, les réponses apportées, comme le développement durable ou la « croissance verte », sont très insuffisantes pour faire face à la hauteur des enjeux auxquels est confrontée notre société. Ces approches se révèlent trop souvent des mesures d’accompagnement d’une logique qui
nous mène vers l’abîme, alors que c’est cette logique elle‐même qu’il faut remettre en question : c’est d’une véritable rupture dont nous avons besoin.

En effet, nous observons que capitalisme, productivisme, croissance ou développement (fussent‐ils vert ou durable) participent d’une même
logique, celle du « sans limites » qui est au coeur des crises dans lesquelles s’enfonce notre société. Or, le refus du sans limites matérialiste n’est‐il pas au coeur de la doctrine chrétienne ? Les chrétiens ne peuvent donc plus se taire voire être complices de cette logique de la démesure sauf à trahir les Évangiles. Ils se doivent d’être en première ligne aux côtés de tous les objecteurs de croissance.

Certes, des divergences existent avec toute une frange du mouvement écologiste, mais elles ne doivent pas masquer que ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous sépare. Les chrétiens ne peuvent donc pas rester sourds aux questions que porte le mouvement de la décroissance. Au
contraire, l’importance de cette réflexion ouvre au christianisme dans les pays riches une opportunité pour s’interroger, se ressourcer et se régénérer.

Dans l’Église catholique, le Pape et les évêques en France se sont, en particulier depuis 1982 avec la publication par la Conférence épiscopale de France du document Pour de nouveaux modes de vie, prononcés avec détermination pour des modes de vie plus sobres et épanouissants face aux « modèles » promus par la société de consommation. Nous avons en effet l’espérance qu’une vie plus sobre sera meilleure, car la cause de nos souffrances actuelles est dans l’artificialisation de l’existence.

En conséquence, c’est dans la traduction collective de cette vie sobre que les tous les chrétiens, de toutes les Églises (les institutions comme les laïcs), doivent s’engager. Cela ne se fera pas sans remise en cause de la perte de responsabilité qu’engendrent la science, le néolibéralisme, le centralisme de
l’économie ou le mythe de la croissance infinie dans un monde aux ressources limitées.

C’est hors de ces illusions qu’il est urgent de trouver des solutions concrètes au chômage, à la crise financière et économique, à la montée de la précarité ou au développement des inégalités nationales comme planétaires. Regardons les choses en face, en refusant le déni des limites physiques de notre
environnement : c’est dans le cadre de la raréfaction de l’énergie et de la sortie de la croissance que nous devons, que nous le voulions ou non, trouver des réponses sociales, entrepreneuriales et environnementales, pour que chacun puisse vivre dans la dignité. Partant de cette réalité, nous
sommes obligés à une réflexion morale et structurelle sur notre société dans toutes les dimensions de la vie personnelle et collective.






Source : En manque d’Eglise

Photo : Reporterre

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