Les communes peuvent protéger la liberté informatique

Durée de lecture : 4 minutes

22 janvier 2014 / ADES (Association Démocratie Ecologie Solidarité)



Les promoteurs des logiciels libres font signer aux candidats aux élections municipales le « pacte du logiciel libre » pour défendre les « libertés fondamentales à l’ère du numérique ». Dans l’Isère, la commune de Voreppe s’est ainsi engagée.


« Le travail des acteurs du Logiciel Libre participe à la préservation des libertés fondamentales à l’ère du numérique, au partage du savoir et à la lutte contre la « fracture numérique ». Il constitue également une opportunité pour le public mais aussi pour l’indépendance technologique et la compétitivité de la France et de l’Europe ;

Le Logiciel Libre est un bien commun à protéger et à développer. Son existence repose sur le droit pour un auteur de divulguer son logiciel avec son code source et d’accorder à tous le droit de les utiliser, les copier, les adapter et les redistribuer, en version originale ou modifiée. »

Pour s’engager sur le pacte

Des élus de Voreppe se sont mobilisés depuis 2008 pour développer les logiciels libres, voici leurs réflexions :

« Le numérique s’impose désormais à tous. Que ce soit dans notre quotidien ou dans l’exercice professionnel, nul n’échappe à l’informatique. Un bien ? Un mal ? Une réalité en tout cas.

L’industrie logicielle accélère. De plus en plus de possibilités et d’usages s’offrent aux particuliers, entreprises et administrations. Et c’est pourquoi il est important de se poser la question de nos comportements, de nos usages, même en simples consommateurs si ce n’est en professionnels.

En signant en 2008 le Pacte National du Logiciel libre, nous nous étions engagés à prendre du recul sur ces usages et à favoriser une informatique durable et efficace, au bénéfice de tous.

Les enjeux du logiciel libre

Le concept de logiciel libre est né au début des années 1980 sous l’impulsion de Richard Stallman. Il considère la production logicielle comme une œuvre de l’esprit et un vecteur de partage de la connaissance. Le logiciel libre s’appuie sur quatre libertés accordées à l’utilisateur : liberté d’utiliser, de copier, d’étudier, de modifier et donc de redistribuer.

Il en découle la gratuité du logiciel et la réduction de la « fracture numérique » en permettant à tous, quel que soit son niveau de revenus, de s’équiper et d’étudier des programmes de qualité. Ces règles sont souvent mises en parallèle à la devise de notre République « Liberté Égalité Fraternité ».

Son modèle économique est basé sur le service. Les entreprises proposent de la formation, de la conception des fonctionnalités à la demande… C’est une économie en croissance malgré la crise. L’État et les collectivités s’orientent vers la réalisation de logiciels libres qui seront disponibles pour tous selon le principe que l’argent public ne doit payer qu’une fois une fonctionnalité. Tout le monde peut les utiliser et participer, au travers de communautés structurées, pour traduire, rédiger de la documentation, faire les tests d’assurance qualité,…

Pourquoi considérer le logiciel libre ?

Les récents scandales autant financiers que vis à vis de l’indépendance nationale valident ce positionnement datant des années 1980 et qui ne cesse de s’amplifier depuis.

L’évasion fiscale des géants de l’informatique est désormais portée au grand jour : les Microsoft, Apple, Google et autres Facebook font des milliards d’euros de bénéfices en France et en Europe sans s’acquitter de leur dû contrairement à nos entreprises européennes, et sans contrepartie sur l’emploi puisque tout est délocalisé. Une distorsion de la concurrence que certains appellent pudiquement « optimisation fiscale » mais que l’on peut qualifier tout simplement de vol.

L’espionnage des données économiques par des états en guerre commerciale contre notre continent est désormais avéré. Les affaires de la NSA posent non seulement la question de l’Indépendance Nationale quand tous les logiciels issus de l’industrie américaine comportent des portes dérobées permettant l’accès à tout ordinateur mais aussi celle de la survie de nos entreprises innovantes, cibles potentielles de pillage, ou des libertés individuelles des citoyens qui n’ont aucun recours face au droit étranger.

Alors que l’industrie logicielle délocalise, le logiciel libre, en tant qu’économie de service, développe l’activité de proximité, nationale ou européenne. Le continent européen, la France en particulier, est considéré comme un acteur majeur du développement du logiciel libre.

Questions de valeurs… On peut se limiter à la vision purement financière, d’économie des dépenses publiques. Dans ce cas, les collectivités auraient toutes à se fournir en Chine. Nous voyons bien les limites de cette réflexion. Il y a forcement dans l’action publique d’autres enjeux à prendre en compte : développement économique local, accès pour tous… Le mieux disant n’est pas toujours le moins disant, même si en l’occurrence les économies d’échelle que permet le logiciel libre sont autant de bénéfices pour la collectivité. »





Source et image : ADES (Association Démocratie Ecologie Solidarité)

Image : Tux le manchot, la mascotte du système libre d’exploitation Linux.

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