Les cuves des réacteurs nucléaires français sont-elles sûres ?

Durée de lecture : 3 minutes

20 août 2012 / Denis Baupin



Les fissures découvertes sur les cuves de réacteurs belges obligent à se poser la question de la sûreté des cuves des réacteurs français.


Défauts sur les cuves des réacteurs nucléaires, qui dit vrai ? L’Autorité de Sûreté Nucléaire Belge ou l’Autorité Française ?

Les cuves des réacteurs français sont-elles vraiment plus sûres que celle de Doel 3 ?

Mardi 7 août, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) belge a mis en évidence des fissures potentielles sur la cuve du réacteur numéro 3 de la centrale Doel. Ces «  défauts » risquant d’affecter 22 réacteurs à travers le monde, une réunion s’est tenue le 16 août à Bruxelles, en présence de représentants des agences de contrôle nucléaire des Etats-Unis, France, Suisse, Suède, Pays-Bas, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni.

D’après l’AFP, à l’issue de cette réunion, le directeur de l’AFCN aurait mis en évidence une différence significative entre les fissures constatées sur le réacteur de Doel 3 et celles constatées préalablement par l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire française) sur les réacteurs français : « Contrairement à celles détectées en France, elles sont parallèles à la paroi de la cuve et présentent donc en principe moins de risques de fragiliser cette structure qui accueille le coeur de la centrale ». En effet, toujours selon Willy De Roovere, directeur de l’AFCN, les « contrôles effectués en 2004 sur l’un des réacteurs de la centrale de Tricastin (sud de la France) ont révélé des indications de fissures, perpendiculaire à la surface, soit celles qui sont dangereuses ».

Cette déclaration jette une lumière sensiblement différente sur la note publiée la semaine passée par l’ASN. Le ministère de l’Ecologie l’avait rendue publique le 11 août, suite à la question écrite que j’avais adressée à la ministre, sollicitant son avis sur les incidences des défauts constatés sur les cuves des réacteurs nucléaires français.

Dans sa note, en effet, l’ASN précisait que les réacteurs français ne « montraient pas d’anomalies similaires » à celles des cuves des réacteurs belges. Un peu rapidement, semble-t-il, le message avait été relayé selon lequel, donc, les cuves des réacteurs français ne comportaient « aucun défaut », ou en tous cas l’idée que les risques courus par les cuves françaises étaient beaucoup moins importants que ceux des cuves belges. A en croire le directeur de l’AFCN, c’est exactement l’inverse : les cuves les plus fragilisées seraient les cuves des réacteurs français, en particulier celui de Tricastin.

Cette question apparaît d’autant plus préoccupante, que M. de Roovere a réaffirmé hier son scepticisme quant à la réouverture de la centrale de Doel 3 : « Il faudra qu’Electrabel puisse prouver à l’AFCN et à un panel d’experts internationaux que ces défauts ne menacent pas l’intégrité du réacteur. Cela va être difficile à prouver. Si on considère que ça ne passe pas, alors on arrête définitivement le réacteur », a-t-il expliqué.

A l’aune de ces déclarations, la question mérite donc d’être reposée aux autorités françaises : existe-t-il deux conceptions différentes de la sûreté nucléaire, que l’on soit d’un côté et de l’autre de la frontière franco-belge ? Les défauts constatés sur les cuves des réacteurs français sont-ils plus préoccupants que ceux constatés sur les cuves des réacteurs belges, comme semble l’estimer M. de Roovere ? Quelles conséquences entend-on tirer de ce côté-ci de la frontière, sachant que du côté belge on a mis à l’arrêt le réacteur fragilisé, et qu’à l’inverse côté français l’exploitant a pour objectif de prolonger la durée de vie de ses réacteurs jusqu’à 60 ans ! ?






Source : Denis Baupin

Photo : L’Usine nouvelle

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