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Les défenseurs de l’aéroport passent à l’offensive

Durée de lecture : 5 minutes

1er décembre 2012 / Olivier Razemon


La pièce, meublée comme un intérieur bourgeois, contient à grand peine les quelques dizaines d’hommes en costume sombre qui y ont pris place. Dans le bâtiment de la questure de l’Assemblée nationale, ce mercredi 28 novembre, des élus et chefs d’entreprise de Bretagne et Pays-de-la-Loire ont convié les journalistes pour défendre « le projet d’aéroport du Grand-ouest ».

Pendant une heure, onze hommes - et une seule femme - prennent la parole, chacun leur tour, pour expliquer leur soutien à l’aéroport de Notre-Dame des Landes. A la fin de chaque intervention, les élus présents dans la salle applaudissent, comme dans une réunion politique. Inédit pour une conférence de presse à l’Assemblée nationale.

Ces élus se sentent incompris. Ils en ont « un peu ras-le-bol », comme l’exprime Philippe Grosvalet, président (PS) du conseil général de Loire-Atlantique. Députés, maires, présidents de département ou de région, ces hommes de gauche ont conquis des territoires autrefois ancrés à droite et estiment avoir contribué, pendant plusieurs décennies, au développement économique de leur région.

Le débat sur l’opportunité du transfert de la plateforme de Nantes, qui s’est imposé dans la boue du bocage depuis plusieurs semaines, les agace.

« Domestiques bretons »

Les manifestations qui se succèdent, week-end après week-end, seraient l’expression d’une minorité d’agitateurs. Face aux excès de certains militants et au déferlement médiatique, les orateurs plaident pour « la majorité silencieuse », comme l’affirme Hacène Zitouni, un entrepreneur nantais qui se dit « contraint de passer à chaque fois par la région parisienne » pour rencontrer ses clients.

Jean-Louis Tourenne, président (PS) du conseil général d’Ille-et-Vilaine joue un air connu, « les provinciaux » incompris contre « Paris » qui soutiendrait en sous-main « une poignée de manifestants dont c’est le fond de commerce ».

L’élu croit reconnaître un mépris séculaire contre « ces Bretons qui peuvent bien se contenter d’un petit aéroport » et convoque l’histoire des « domestiques bretons » qui débarquaient gare Montparnasse pour servir dans les bonnes maisons de la capitale. « On nous prend pour des bécassines », résume Patrick Rimbert, maire (PS) de Nantes.

L’aéroport, à entendre tous les intervenants, constituerait un atout économique majeur, même si la région a su s’en passer depuis 1965, date des premières études. « Notre obsession, c’est l’emploi », martèle Jacques Auxiette, président (PS) du conseil régional des Pays-de-la-Loire.

M. Rimbert établit pour sa part un lien entre la nouvelle infrastructure et la croissance démographique de sa ville. « C’est concret ; nous gagnons des habitants. La population reste plus longtemps, les jeunes ne partent pas et le territoire est fécond », lance-t-il.

Les équipements nouveaux seraient donc réservés aux territoires prospères ? L’assertion risque de décevoir les élus de Soissons (Aisne), Pézenas (Hérault) ou Privas (Ardèche), où l’on attend d’une zone logistique, d’un centre commercial ou d’un McDrive le pouvoir de redresser l’économie chancelante et d’enrayer le chômage de masse.

« Agriculteurs bien traités »

La main sur le cœur, nos hommes des Landes s’aventurent aussi sur le terrain environnemental. Pas question de laisser le monopole de la défense des terres agricoles et des « zones humides » aux farfelus qui s’agitent à moitié nus dans la forêt.

Pour Dominique Boschet, président de l’Association contre le survol de l’agglomération nantaise, l’aéroport, qui aurait le mérite d’éloigner les nuisances sonores, est « un choix de développement durable ». D’ailleurs, « je ne comprends pas que les Verts soient contre », affirme-t-il.

Nathalie Appéré, députée (PS) d’Ille-et-Vilaine, évoque « des arguments économiques, mais aussi écologiques ». M. Rimbert explique même que la nouvelle infrastructure est un instrument contre « l’étalement urbain » puisqu’il permettrait de loger des habitants sur le terrain de l’actuel aéroport, à Bouguenais, tout près de Nantes.

Gilles Rétière, président (PS) de Nantes métropole et maire de Rezé, assure que « les agriculteurs sont bien traités » et que les propriétaires des terres expropriés seront « reclassés dans un périmètre de 5 kilomètres à la ronde ».

Un autre orateur (j’ai oublié lequel, ça allait très vite) explique que les deux pistes qui seront construites à Notre-Dame des Landes réduiront « le temps de roulage des avions » et contribueront ainsi à des économies de kérosène. Le maire de Nantes assure enfin, sans citer de chiffres, que « le bilan carbone est positif ».

Justement. Le bilan carbone d’un aéroport ne se calcule pas seulement à partir des émissions de CO2 liées au décollage et à l’atterrissage des avions, mais en prenant en compte l’ensemble des activités générées par l’infrastructure. Et comment se rendra-t-on à Notre-Dame des Landes ?

« Nous menons des études sur les dessertes ferroviaires », répond M. Auxiette. Pour l’heure, en fait, rien n’est décidé. Les collectivités concernées hésitent entre deux projets de « tram-train » mais ne se sont pas résolues à le financer, peut-on lire dans La Gazette des communes.

Le trafic attendu ne semble pas justifier un tel investissement. Les travaux préparatoires au « barreau routier » destiné à desservir la plateforme demeurent en revanche prévus pour le début de l’année prochaine.

Le contre-exemple angevin

Étalement urbain, tout-voiture, projets démesurés et mal financés. La contradiction avec les objectifs de réduction de la dette publique et de préservation des ressources affichés partout en Europe n’effraie pas nos-hommes-des-Landes (ni la femme).

« Tout l’espace ligérien a besoin de cet aéroport », décrète Jean-Claude Antonini, ancien maire (PS) d’Angers. Mauvaise pioche. Dans la ville que cet ancien élu a dirigée de 1998 à 2012, l’aéroport fonctionne à 10% de sa capacité et a accueilli seulement 5300 passagers l’an dernier.

NB : A propos du choix de société consistant à créer un nouvel aéroport à Nantes, voir ici



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Source : L’interconnexion n’est plus assurée (Blog Le Monde.fr)

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