Les gros méchants, c’est nous

Durée de lecture : 5 minutes

8 février 2011 / Pierre-Emmanuel Neurohr

« Vous n’êtes pas une pauvre victime, il y a quelque part un gros méchant pollueur et, en l’occurrence, c’est vous »


Les actions de distribution de tracts du Parti de la Résistance (PR) ne sont pas anodines, pour trois raisons.

Premièrement, d’habitude, un tract est distribué à quelqu’un pour lui dire, en substance, "vous êtes une pauvre victime, il y a quelque part un gros méchant (être humain ou entité telle qu’une entreprise) qui vous menace, rejoignez-nous pour le combattre". Par contre, j’ai beau y réfléchir, et même si je suis bien conscient que ça doit se trouver en cherchant bien, je n’ai pas souvenir d’avoir jamais vu un tract distribué à des citoyens disant, en substance, "vous n’êtes pas une pauvre victime, il y a quelque part un gros méchant pollueur et, en l’occurrence, c’est vous". Mine de rien, ce n’est pas banal.

De cette manière, on sort du jeu stérile auquel se livrent la majorité des écologistes, et qui consiste à toujours désigner le mal ailleurs, sous la forme d’entités impersonnelles telles que des multinationales, sans piper mot sur les millions de citoyens-adhérents-potentiels qui choisissent délibérément d’utiliser les machines polluantes de ces multinationales. On imagine aisément que pour trouver des adhérents, dire aux gens qu’ils sont responsables de leurs actes, ce n’est pas "vendeur".

Deuxièmement, ces tracts prennent au sérieux ce que disent les scientifiques travaillant sur les questions climatiques. Quand on lit leurs études, et qu’on traduit ces connaissances déjà solides en plan d’action politique, on en arrive par exemple à la conclusion suivante : il ne faut pas dépasser 500 kg de CO2 par personne et par an. Un seul trajet moyen-courrier en avion crache plus de 1000 kg de CO2 ? Il faut donc interdire l’avion. L’utilisation d’une voiture crache plus de 1600 kg de CO2 par an ? Il faut donc interdire la voiture.

Personne n’ose dire ces évidences, par peur de passer pour fou. Non parce que ces conclusions ne tiennent pas la route du point de vue de l’argumentaire, qui plus est scientifiquement référencé, mais bien parce que l’instinct grégaire est plus fort, pour l’instant, que la raison. Ceux parmi nous qui ont déjà distribué un tract pour l’interdiction de l’avion à l’intérieur de l’aéroport Charles-de-Gaulle savent à quel point il est difficile de surmonter cet instinct et de faire face à nos concitoyens pour leur dire de telles choses.

Les distributions de tracts ont pour ambition de rapprocher le moment où la raison fera voler en éclats l’instinct grégaire, individuellement... et collectivement (cette dernière étape n’étant pas dépourvue d’ironie, lorsqu’on parle d’instinct grégaire !).

Enfin, dernière caractéristique des tracts du Parti de la Résistance, ils nomment ce qui est en train de se passer. Nous ne sommes pas en face d’un "problème environnemental", de la même manière que l’extension du camp d’Auschwitz à Birkenau n’était pas un "problème environnemental". La destruction du climat est un génocide, puisque les choix "rationnels" et planifiés d’une partie minoritaire de la population mondiale ont pour conséquence scientifiquement prévisible la mort par famine de millions d’autres êtres humains, au moyen de la destruction du climat.

Samedi, j’ai distribué dans les 200 tracts pour l’interdiction de la voiture, dans mon quartier du XXe arrondissement de Paris. Stressant au début, l’exercice est vite devenu libérateur. J’ai commencé par mettre le tract bien en vue sur des rangées de machines génocidaires. C’était génial, ensuite, de voir le gros titre "Les Talibans aiment la voiture", trôner, clairement visible, sur toutes ces horreurs, à tel point que des gens dans la rue prenaient le tract de dessous l’essuie-glace même lorsque ce n’était pas leur tuture. A un moment, un couple s’est arrêté et a essayé de lire le tract en se penchant au-dessus du pare-brise, et je suis revenu sur mes pas pour leur donner un exemplaire. J’ai également donné des tracts aux passants, qui les ont pris très facilement, et j’ai même expérimenté la distribution aux personnes positionnées à l’intérieur de leurs boîtes de métal, et qui étaient coincées par un embouteillage. A part une voiture, ils ont tous baissé la vitre pour prendre le tract. On fera une photo d’une rangée de tutures agrémentées du tract sur leurs pare-brises samedi prochain.

Dimanche, Béatrice et moi avons distribué pratiquement 500 tracts dans l’aéroport Charles-de-Gaulle. Il y a eu quelques réactions intéressantes, entre autres, une jeune femme s’apprêtant à passer le check-in qui m’a répondu qu’elle n’avait pas besoin de lire le tract car « "je travaille pour l’écologie" ». Je lui ai répondu que « "si vous travaillez pour l’écologie" et que vous prenez l’avion, il faudrait réfléchir un petit peu... ». Encore une fois la langue française malmenée, la personne s’apprêtant à détruire la nature de la manière la plus extrémiste qui soit (plus d’une tonne de CO2 en quelques heures) dit qu’elle "travaille pour l’écologie". Et un homme s’est arrêté pour dire à Béatrice que ce que nous faisons est très bien, et qu’il voudrait arrêter de prendre l’avion pour son travail. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

A ce propos...

- samedi 12 février : distribution de tracts pour l’interdiction de la voiture... aux utilisateurs de tutures ;
- dimanche 13 février : distribution de tracts pour l’interdiction de l’avion... aux utilisateurs d’avions.




Source : Courriel à Reporterre.

Contact : contact (at) parti-de-la-resistance.fr

Texte du tract pour l’interdiction de l’avion

Texte du tract pour l’interdiction de la voiture

Lire aussi : Un socialiste veut une autoroute... pour réduire la place de la voiture !

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