Les nucléaristes oublient du plutonium à Cadarache

Durée de lecture : 3 minutes

15 octobre 2009 / Greenpeace

Areva et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) avaient égaré plusieurs kilogrammes de plutonium.


Alors que le stockage de déchets nucléaires français en Russie défraie la chronique, Greenpeace accuse Areva et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) d’être incapables de gérer le plutonium, matière dangereuse issue de l’activité des réacteurs nucléaires.

« Nous estimons que la découverte, à Cadarache, de plusieurs kilos de plutonium ayant échappés à tout inventaire constitue une des situations les plus graves et les plus critiques que l’on ait pu rencontrer dans une installation nucléaire depuis longtemps. C’est tout simplement hallucinant, déclare Yannick Rousselet, responsable de la campagne Énergie/Nucléaire à Greenpeace France. Uranium de retraitement abandonné en Russie, kilos de plutonium oubliés à Cadarache : comment l’industrie nucléaire ose-t-elle prétendre qu’elle gère ses déchets ? »

Quel est le problème ?

Mercredi 14 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a exigé l’arrêt des opérations de démantèlement de l’usine ATPU (atelier technologie plutonium) de Cadarache (Bouches-du-Rhône), estimant que « la situation présente un risque grave et imminent ». L’ASN affirme qu’Areva, qui exploite ce site, « n’est pas en mesure de démontrer l’exactitude des inventaires comptables des inventaires de matières fissiles présentes ».

Alors que le site de l’ATPU est en plein démantèlement, le CEA vient d’avouer avoir découvert l’existence de plusieurs dizaines de kilos de plutonium perdus dans l’usine. Selon l’ASN, « évalués à environ 8 kg pendant la période d’exploitation de l’installation, les dépôts récupérés à ce jour sont, selon le CEA, de l’ordre de 22 kg et le CEA estime que la quantité totale pourrait s’élever à près de 39 kg ».

« En clair, cela signifie qu’Areva et le CEA reconnaissent leur incapacité à gérer leur plutonium qu’ils laissent traîner par kilos, alors qu’il s’agit d’une matière si dangereuse qu’elle doit être réglementairement mesurée au gramme près !, reprend Yannick Rousselet. Comment est-il imaginable qu’on découvre dans un vieil atelier fermé depuis six ans de quoi faire environ 5 bombes nucléaires ? »

Qu’est-ce que le plutonium ?

Le plutonium représente 1 % des déchets nucléaires, c’est-à-dire des combustibles irradiés issus du fonctionnement des réacteurs. Séparé du reste des déchets à La Hague, ce plutonium est, pour une petite partie, réutilisé dans la fabrication du combustible Mox.

Le plutonium est un matériau fissile classé catégorie 1 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), car il peut être directement utilisé pour fabriquer des bombes nucléaires. Seuls quelques microgrammes suffisent à déclencher un cancer mortel des poumons ou des voies respiratoires. 7 à 8 kg de plutonium permettent de confectionner une bombe nucléaire de la puissance de Nagasaki.

Qu’est-ce que cette installation Atpu ?

L’usine ATPU, mise en service par le CEA en 1964 et exploitée par Cogema, rebaptisée ensuite Areva, a fabriqué jusqu’en 2003 du combustible Mox (Mixed Oxyde), un mélange d’uranium appauvri et de plutonium, tous deux issus de l’activité des réacteurs nucléaires et considérés par l’industrie comme des déchets valorisables. Compte tenu du risque de séisme inhérent à la région de Cadarache et des faiblesses présentées par l’ATPU face à ce risque, l’Autorité de sûreté nucléaire a demandé dès 1998 à Areva de fermer cet atelier. Chose faite en 2003, le démantèlement effectif de l’installation n’ayant commencé qu’en mars dernier.



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