Les océans s’acidifient plus rapidement que jamais depuis 300 millions d’années

Durée de lecture : 3 minutes

13 mars 2012 / Maxisciences

Selon des scientifiques, les océans n’ont jamais été aussi acides que maintenant. Ils continueraient même à s’acidifier à un rythme inquiétant, au risque de détruire définitivement les récifs coralliens et d’autres formes de vie animales et végétales..


C’est une découverte préoccupante que vient de révéler une étude publiée dans la revue Science. Celle-ci concerne l’acidification des océans, un phénomène qui se produit lorsque la présence de carbone augmente dans l’atmosphère et que les eaux se mettent à en absorber de plus en plus. Or, si une première acidification avait déjà eu lieu il y a des millions d’années, celle qui se déroule depuis les temps préindustriels serait anormalement marquée.

« Bien que des similarités existent, jamais au cours de cette période les taux d’acidification n’ont représenté, dans leur évolution, un tel impact potentiel sur la chimie organique des océans, conséquence des émissions sans précédents de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère », explique un des auteurs de cette étude, Andy Ridgwell, professeur à l’Université de Bristol, au Royaume-Uni. En effet, alors que l’augmentation se faisait à raison de 0,008 pH par siècle en période de réchauffement atmosphérique, elle est passée à 0,1 unité de pH au XXe siècle. Selon le Groupe d’experts sur l’évolution du climat (Giec), le pH des océans pourrait ainsi baisser de 0,3 unité de plus d’ici la fin du siècle pour s’établir à 7,8.

« Cela représente un rythme au moins dix fois plus rapide que depuis 56 millions d’années », souligne Bärbel Hönisch, une paléocéanographe de l’observatoire terrestre Lamont-Doherty (université de Columbia). Or, « une telle acidification accroît le risque que les océans subissent bientôt des bouleversements comparables à ceux observés durant le Maximum thermique du passage du Paléocène à l’Eocène », période à laquelle les températures mondiales avaient augmenté de 6°C en 5.000 ans, avec une montée correspondante des océans. Suite à ces changements, il est estimé que de 5 à 10% des espèces marines ont disparu au cours des 20.000 années suivantes, des taux très élevés.

Une situation qui devient rapidement difficile à inverser

« Nous savons que durant les périodes passées d’acidification des océans - résultat alors d’un fort accroissement du CO2 atmosphérique provenant de gigantesques éruptions volcaniques - la vie n’a pas été entièrement anéantie mais de nouvelles espèces ont évolué pour en remplacer d’autres qui se sont éteintes », commente Bärbel Hönisch citée par l’AFP. « Mais si les émissions de CO2 industrielles continuent au rythme actuel nous pourrions perdre des organismes marins auxquels nous tenons comme les récifs coralliens, les huîtres et les saumons », prévient-elle.

Le problème est qu’une trop forte absorption du CO2 par les océans est capable d’épuiser le carbonate dont les coraux, les mollusques et certains planctons pour leur coquillage ont besoin, entrainant ainsi leur disparition. Mais d’autres conséquences en découlent également : si les coquilles de phytoplancton se dissolvent, les résidus se déposent sur les fonds marins et y forment une couche de boue qui détruit les foraminifères, des organismes unicellulaires.

Auteur d’une précédente étude publiée dans Nature, Christopher Langdon, biologiste océanographe de l’Université de Miami pointe « combien il est difficile de rapidement inverser une telle situation ». « Une fois que des espèces se sont éteintes c’est pour toujours », ajoute-t-il jugeant que « nous jouons un jeu très dangereux ».



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Maxisciences

Lire aussi : L’invasion des océans par les microplastiques proviendrait des machines à laver

25 juillet 2019
Aux Rencontres de la photographie d’Arles, les murs séparent, la nature relie
À découvrir
25 juillet 2019
Éradiquer les punaises de lit, une véritable guerre des nerfs
Enquête
17 septembre 2019
Huit trucs pour se passer de téléphone portable
Tribune




Du même auteur       Maxisciences