Les sociologues préparent l’opinion à accepter la biologie de synthèse‏

Durée de lecture : 4 minutes

6 décembre 2012 / John Kaltenbrunner

Un colloque a réuni des chercheurs en sciences sociales sur la biologie de synthèse : "l’anticipation facilite l’acceptation, affaiblit
les résistances et prépare l’invasion de la dernière innovation dont
nous n’avons ni besoin, ni envie. "


« Avec la biologie de synthèse, vous avez un avantage,
c’est que le grand public pour le moment ne connaît pas. »

D. Raoul, Sénateur, Vice-président de l’Office parlementaire
d’évaluation des choix scientifiques et techniques - Annexe au Rapport de février 2012, Les enjeux de la biologie de
synthèse
.

« LA BIOLOGIE DE SYNTHÈSE ENTRE SCIENCES ET SOCIÉTÉ »
Préparer l’acceptabilité des « OGM de demain », dès aujourd’hui au
CNAM

Ce mardi 4 décembre 2012, se tenait au CNAM une conférence
organisée
par le Génopole, centre de recherche en génomique qui
vise à « favoriser l’essor des biotechnologies », et l’Institut
Francilien Recherche Innovation Société (IFRIS), qui réunit plus de
mille chercheurs en sciences sociales qui étudient les sciences, les
technologies et leur contestation.

Cette bande de tristes lurons a passé la journée à mijoter le
prochain ravage bio-industriel : la biologie de synthèse. Ce mariage
transgénique entre monde biotech et sciences sociales profitera du
soutien de Geneviève Furioso, « Miss(nistre) Dollars » [1] de la
recherche. La pasionaria du nucléaire et des nanotechnologies ajoutera
toute son ardeur personnelle à ces cogitations de synthèse qu’ils nous
régurgiteront d’ici peu. Mais, à 120 euros l’entrée, la recette est
encore bien gardée.

« Biologie de synthèse », de quoi s’agit-il ?

On sait qu’avec les OGM, l’industrie a appris à intervenir sur le code
génétique d’un organisme existant pour le doter d’une fonctionnalité
donnée - rendre un maïs résistant à un pesticide par exemple.

On sait qu’avec les développements conjoints de l’informatique et des
nanotechnologies, elle se dote de moyens toujours plus puissants pour
agencer la matière, construire des objets et traiter des informations
à l’échelle du nanomètre.

La suite logique, pour aller vite, c’est la
biologie de synthèse, soit rien de moins que ce que son nom indique :
par croisement de l’ingénierie génétique, des nanotechnologies et de
l’informatique, ingénieurs et techniciens peuvent maintenant
synthétiser ex nihilo un code génétique entièrement nouveau.

Autrement dit : programmer un ordinateur pour donner vie à des choses
artificielles, des organismes vivants qui n’ont rien à voir avec ce que
crée la nature. Et puisqu’ils le peuvent, ils le font. Oublions la
référence romantique au monstre de Frankenstein.

Ceux du XXIe siècle
seront innombrables et minuscules, et sans doute bien plus réels :
virus synthétiques, bactéries-machines, nano-robots à hélice
d’ADN [2]. Avec les promesses d’un « progrès » techno-écolo, les
profits seront juteux et les ravages certains.

Arrivent les nouveaux OGM
et la privatisation du vivant, les bactéries génétiquement modifiées
relâchées dans la nature comme pseudo-solution environnementale aux
saccages industriels, et le tout avec des codes ADN nouveaux pour nous
assurer que ces organismes-machines ne se mélangeront pas avec les
autres êtres vivants. « Et si ça se mélange quand même ? »,
demandez-vous. Oui, ça fait peur. Mais, comprenez la logique : les
dégâts, c’est la ressource du progrès de demain.

Vous ne connaissez pas encore la biologie de synthèse ? C’est normal,
ses promoteurs nous y préparent très en avance.

N’ayez crainte, ils sont quelques dizaines réunis aujourd’hui à
veiller à votre ignorance. Car si ces machines-vivantes n’ont pas
encore envahi nos vies biologiques et politiques, les sociologues de
l’IFRIS préparent déjà leur acceptabilité sociale. Parce qu’ils ont
échoué avec les OGM, cafouillé avec les nanos, il serait terrible
pour nos techno-furieux de reculer à nouveau sur la biologie de
synthèse.

Et, c’est bien pourquoi le gratin techno-scientifique se
réunissait mardi : l’anticipation facilite l’acceptation, affaiblit
les résistances et prépare l’invasion de la dernière innovation dont
nous n’avons ni besoin, ni envie.

Cette canaille interdisciplinaire
étudie les précédentes oppositions aux technologies, afin de repérer
leurs failles et de les exploiter pour nous faire avaler le poison. Ils
nous préparent une fois de plus des pseudo-débats publics dans le seul
but de nous acclimater à la biologie de synthèse.

Ils nous diront
évidemment qu’il n’y a pas de risque-zéro (mais, bien sûr, « sans
risque, pas de progrès »
) et nous barbouilleront d’éthique. Avec un
peu de chance, ils nous offriront même un atelier de « biologie de
garage »
 : des bactéries synthétiques ludiques et participatives pour
nous faire oublier que demain, c’est celles de Monsanto qui nous seront
imposées.

Vous, là-dedans ! Nous n’avons ni question, ni incertitude. Notre
position est déjà figée : nous n’acceptons pas.

........................................

[1] La ministre confiait au Journal des Entreprises en octobre 2009 : « À un moment, ils m’appelaient Miss dollar, s’amuse-t-elle. C’est vrai. Ça ne sert à rien de chercher à faire le top du top si on ne le
vend pas ».

[2] Je tire cette présentation d’un texte récent de Frédéric
Gaillard, à lire pour qui voudrait en savoir plus : « Innovation
scientifreak : La biologie de synthèse »




Source : Pièces et main d’oeuvre

Photo : Actu Environnement

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