Faire un don
54315 € récoltés
OBJECTIF : 80 000 €
68 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Les vélos ont pris l’Etoile, mais la Vélorution attendra

Durée de lecture : 5 minutes

24 septembre 2013 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Les vélorutionnaires ont investi la place de l’Etoile, à Paris, dimanche soir. Enfin, ont tenté d’investir, car ils n’étaient pas bien nombreux. Reporterre pédalait avec eux.


- Reportage, Paris

Pas de ceinture de sécurité, encore moins d’airbag, mais le cœur bien accroché. Lorsqu’à 18h30 précises, dimanche 22 septembre, les premiers militants de la vélorution s’insèrent à bicyclette sur le grand carrefour automobile de la place de l’Etoile, il ne faut pas avoir froid aux yeux ni la tête trop dans le guidon. Pour un deux-roues non motorisé, le rapport de force est pour le moins déséquilibré parmi la danse frénétique des voitures.

Pourtant, en quelques minutes seulement, la trentaine de cyclistes parvient à s’imposer dans le trafic. Formant un groupe compact qui élargit peu à peu son espace sur la route pavée, le peloton ralentit rapidement la circulation. La ronde des cyclistes peut alors commencer : pendant vingt minutes, les vélos vont faire le tour de l’Arc de Triomphe, comme dans un manège grandeur nature. La trentaine devient vite une cinquantaine, puis une centaine, et vers 18h50, ce sont près de 150 cyclistes qui se positionnent en haut des Champs-Elysées, pour descendre vers la place de la Concorde. Alignés sur tout le long de la voie, bloquant les véhicules derrière eux, ils ont descendu tranquillement la grande avenue, sous le regard intrigué des touristes japonais et au son rythmé de : « Une seule solution, c’est la vélorution », scandé par les participants.

La Vélorution ? C’est la promotion du vélo comme moyen de transport et plus seulement comme un sport ou un loisir. Être vélorutionnaire, c’est dénoncer les privilèges des transports motorisés, critiquer l’aménagement urbain excessivement favorable aux voitures et lutter contre les pollutions et les particules fines dues à leur omniprésence. L’association éponyme, Vélorution, porte depuis plusieurs années ce combat de « libération de l’emprise de la bagnole ».

Elle a monté, en partenariat avec l’association Mieux se Déplacer à Bicyclette, la Maison interassociative du Vélo à paris, en septembre 2011. Elle y organise des ateliers coopératifs de mécanique permettent à chacun d’apprendre à réparer son vélo. Et elle organise chaque premier samedi du mois un grand rassemblement de cyclistes qui font ainsi entendre leur revendication lors d’une grande virée à deux-roues dans la capitale. C’est le concept de « masse critique ».

Sur la place de la Concorde

Faire contrepoids aux voitures

L’idée, importée de San Francisco où se sont tenues les premières critical mass au début des années 1990, consiste à créer un phénomène de masse pour faire contrepoids aux voitures et mieux revendiquer le droit des vélos à circuler en ville. « Lorsque vous êtes seuls à vélo, au milieu des voitures, le danger est réel. Or, dès lors que vous créez un petit groupe, vous vous sécurisez, car vous êtes plus visibles et vous imposez votre propre rythme aux voitures. C’est l’exemple parfait d’une union qui fait la force », explique Camille Carnoz, membre actif de Vélorution. La masse critique réduit donc l’exposition aux violences routières tout en renversant le rapport de force : celui qui imprime la candence, c’est le vélo, non plus la voiture.

Ce n’est pas toujours du goût des automobilistes, mais ce dimanche, l’ambiance était bonne. Certains excités du volant lancent certes quelques noms d’oiseaux à travers la vitre, mais la majorité des voitures prend patience et semble accepter cet autre rapport au temps de transport. La maréchaussée elle-même donne l’exemple en se montrant particulièrement tolérante. Pourtant la manifestation n’était pas déclarée auprès de la Préfecture. La Vélorution, un acte de désobéissance civile ?

Pas du tout, selon Camille Carnoz : « Il n’y a pas de désobéissance, car nous respectons le Code de la route. Au contraire, nous cherchons à démontrer toute notre légitimité à circuler sur cet espace public. Notre action est légale : nous avons le même droit que les voitures à constituer le trafic routier en ville ».

Pour faire passer ce message, les organisateurs avaient misé sur le symbole. Celui du lieu, d’abord : la place de l’Etoile, « c’est probablement le paroxysme de la folie automobile, l’endroit où les débutants ont le plus peur de s’insérer, un des lieux les plus hostiles au vélo. Et les Champs-Elysées, qu’on dit être la plus belle avenue du monde, n’est rien d’autre qu’une autoroute à six ou huit voies... ».

Celui de la date, ensuite : le 22 septembre est historiquement la journée mondiale sans voiture. Sauf en France, où l’initiative « En ville sans ma voiture » lancée en 1998 par Voynet a officiellement été remplacée par une semaine de la mobilité. En célébrant toujours, à leur manière, le 22 septembre, le collectif Vélorution appelle ainsi à faire vivre ce combat pour une autre mobilité.

Peu nombreux, mais toujours plus

L’action avait d’autant plus de valeur pour les acteurs que l’association fêtait ce week-end ses dix ans d’existence. L’occasion de faire un bilan sur l’évolution des consciences. Le rassemblement de dimanche participe à la note positive, tout du moins au constat d’amélioration ; l’année dernière, les forces de l’ordre avaient mis fin rapidement à la manifestation non-déclarée. Pis, en 2009, la soixantaine de participants s’était faite arrêtée puis embarquée, récupérant plus tard à la fourrière leur moyen de transport... La vélorution progresse... lentement.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre.

Photos : Alexandre Devos (compte twitter : @DevosAlexandre).

Lire aussi : Vélorution fête ses dix ans !


Pour soutenir Reporterre :

14 décembre 2019
Les gaz lacrymogènes exposent-ils au cyanure ? Un biologiste l’assure
Enquête
13 décembre 2019
Face au changement climatique, des jardiniers et maraîchers cultivent les semences paysannes
Alternative
13 décembre 2019
EN BÉDÉ- Une journée à la rédaction de Reporterre
Édito




Du même auteur       Barnabé Binctin (Reporterre)