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Les voûtes nubiennes : la nouvelle vie d’une technique de construction ancestrale

18 juillet 2016 / Servane Philippe et Anaïs Dombret (Reporterre)



Une association franco-burkinabé redonne vie à une technique pluriséculaire de construction, dites des voûtes nubiennes. Matériaux locaux et peu coûteux, adaptation au climat sahélien, simplicité de mise en œuvre… les avantages sont nombreux.

- Boromo et Ouagadougou (Burkina Faso), reportage

Dans le village de Boromo, situé au centre du Burkina Faso, à 200 kilomètres au sud de Ouagadougou, sa capitale, poules et porcs se croisent dans les rues. Une montagne de déchets de plastique s’est amoncelée au carrefour de quatre rues sableuses. Un ensemble de bâtiments atypiques attire l’œil. Il s’agit de maisons rectangulaires en terre avec un toit-terrasse et des ouvertures en voûte.

L’association (franco-burkinabé) La voûte nubienne (AVN) a construit son siège à l’image du mode de construction qu’elle met en avant, celui des « voûtes nubiennes ». Cette technique de construction existe depuis des millénaires mais elle a été popularisée dans les années 1960 par l’architecte égyptien Hassan Fathy, récipiendaire du prix Nobel alternatif en 1980 pour son action en faveur du développement d’une architecture pour les pauvres. L’Association la voûte nubienne la promeut depuis les années 2000, d’abord au Burkina Faso puis dans plusieurs pays du Sahel.

« Ici, on a pas d’argent mais on a du temps et des bras »

Le procédé architectural originel a été simplifié pour le rendre encore plus accessible. Les formations orales se font à l’aide de photos et de dessins que les membres de l’association montrent dans les villages, certains parfois très reculés. Les voûtes s’appuient sur des contreforts, sur lesquels repose un toit-terrasse. Globalement, ce type d’habitat nécessite un outillage basique et des matériaux disponibles sur place. Les briques sont faites d’eau et de banco (une sorte de pisé obtenu en mélangeant de la terre, de la paille et des cailloux). Une bâche en plastique est utilisée pour l’isolation du toit et un enduit (souvent fait d’eau de karité, d’un peu de goudron et de sable) recouvre les murs.

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Des formateurs de l’association et leur outil pédagogique.

Séri Youlou, le cofondateur du programme national de l’AVN, nous reçoit dans les locaux de l’association, à Boromo. En plus des bureaux, le siège de l’association propose des chambres aux touristes. Des maçons s’affairent sur le toit. « Tu sais, ici, on a pas d’argent mais on a du temps et des bras », explique Séri, en montrant les garçons qui s’activent. Séri Youlou est présent depuis le début de l’association, cofondée avec le Français Thomas Grenier, le directeur général de l’AVN. « L’idée de Thomas était d’essayer de faire quelque chose avec les matériaux locaux, poursuit Séri. Nous sommes dans une région agricole et quand les hommes ne sont pas aux champs, ils peuvent travailler sur les maisons. »

« Une voûte de 8 mètres peut être construite en une semaine »

Au départ, au début des années 2000, la population locale ne cachait pas son scepticisme. « Les gens nous prenaient pour des fous et ne voulaient pas vraiment habiter dans des maisons en terre », sourit Séri. Un jour, ce dernier a fait monter 40 personnes sur les 5 mètres de terrasse de sa bâtisse, histoire de dissiper les craintes.

En plus d’être solide et accessible, la voûte présente de nombreux avantages. Elle évite l’utilisation de matériaux coûteux, comme le bois (qui se raréfie en raison de la déforestation) et la tôle. Plus respectueux de l’environnement, ce type d’habitat présente aussi un confort thermique adapté aux conditions climatiques sahéliennes. « Quand il fait froid dehors, il fait bon dedans et tu n’entends pas le bruit », explique Bizéni Stémi, 29 ans, un maçon formé par l’association mais désormais à son compte.

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La construction en voûtes nubiennes nécessite de la main d’œuvre et du temps.

Le jeune homme vit dans une voûte depuis 5 ans. Toutefois, ce maçon convaincu propose encore à ses clients des constructions dans d’autres matériaux. « J’ai totalement confiance car les voûtes ne peuvent pas tomber ni être emportées par le vent. Mais il faut quand même avoir du courage pour la construire », admet-il. En effet, les briques sont longues à faire et lourdes à porter. Bizéni estime que, une fois les briques réalisées et la totalité du matériel réuni, avec la présence de plusieurs hommes, « une voûte de 8 mètres peut être construite en une semaine ».

Ouaga 2000, le quartier résidentiel huppé de la capitale burkinabée

Les étages sont apparus en 2005. À deux rues des bureaux de l’association se situe une autre réalisation, plus impressionnante : il s’agit d’un hôtel avec un étage. Pour le confort des touristes, les équipements de ce second établissement ont été modernisés. La cour intérieure est un oasis de verdure grâce à un bougainvillier qui court sur une des façades, des manguiers plantés au niveau du patio et d’autres arbustes qui couvrent les parterres. Portes et volets ont été peints en bleu, accentuant la sensation de fraîcheur alors que le mercure dépasse les 36 °C.

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L’hôtel de Boromo (et son jardin) construit selon le principe des voûtes nubiennes.

À plusieurs centaines de kilomètres de Boromo, la chaleur étouffante ne décourage pas les six maçons qui travaillent ce matin-là sur un chantier de voûtes. L’engouement pour ce type de construction a gagné Ouaga 2000, le quartier résidentiel huppé de la capitale, Ouagadougou. Au départ, le procédé architectural était destiné à ceux qui n’avaient pas les moyens de s’offrir une construction en dur. Mais, devant les améliorations et les nombreux avantages que proposent les voûtes, des franges beaucoup plus aisées de la population ont décidé d’en construire, à l’image de l’ancien Premier ministre du pays Luc-Adolphe Tiao.

Le succès des voûtes dépasse depuis longtemps les frontières du Burkina Faso. De nombreux édifices ont été créés au Bénin, au Ghana, au Sénégal, au Mali… il s’agit de mosquées, d’écoles, de centres culturels. Mais Séri n’est pas du genre à se reposer sur ses acquis. L’avenir de l’association ? Sa grande bouche dessine un sourire confiant. « Il n’y a pas de guide papier que nous suivons à la lettre, rappelle-t-il. Il faut donc continuer à récolter les idées pour améliorer la technique. »

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Une ouverture en voûte.



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Source : Servane Philippe pour Reporterre

Photos : © Anaïs Dombret/Reporterre

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