Lettre à un ancien camarade devenu Président

Durée de lecture : 7 minutes

1er novembre 2012 / Patrick Warin

"Monsieur le Président je vous l’affirme avec la conviction d’un
sympathisant socialiste de longue date, vous êtes face à un
nouveau Larzac !"


De la part de Patrick Warin, ancien élève de l’ENA, Promotion
Voltaire, ancien Directeur à la Caisse des Dépôts et Consignations,
Professeur associé aux Universités, membre de Démocratie 2012.

Monsieur le Président, mon cher camarade, cher François,

J’ai décidé de vous adresser cette lettre, écrite ce matin du 30
octobre, alors qu’une nouvelle opération de police de grande
envergure se déroule à quelques dizaines de kilomètres d’Angers, mon
lieu de résidence, ville et région qui vous sont également
familières.

Sur le territoire prévu pour accueillir le futur aéroport de Nantes
/Grand Ouest, des hommes et des femmes qui, pour l’écrasante majorité
d’entre eux ont voté pour vous, doivent se confronter une nouvelle
fois à un déploiement de forces de police dépêchées par un
gouvernement de gauche, dirigé par l’ancien maire de Nantes.

Alors que depuis des années ces femmes et ces hommes, tous non violents, tous soutenus par une solidarité locale, régionale et nationale demandent simplement à être entendus au-delà des procédures légales et
formelles dont ils estiment à juste titre qu’elles ont été menées
de manière tronquée et trompeuse, la seule réponse que votre
gouvernement leur apporte est celle de l’emploi de la force.

Cette attitude, Monsieur le Président, cher camarade, est inacceptable.

Parmi bien d’autres je me suis engagé pour assurer votre élection,
puis vous garantir une majorité solide. Dans notre circonscription du
Maine et Loire tenue par la droite depuis plusieurs dizaines d’années
nous avons failli à 86 voix près envoyer l’ancien ministre Marc
Laffineur à une retraite bienvenue.

Nous sommes fiers d’avoir mené ce combat et de nous retrouver dans cet Ouest déjà largement conquis par la gauche en terre de futures conquêtes en compagnie de nos alliés écologistes.

Cher François, la manière dont le pouvoir que vous incarnez gère le
projet Notre Dame des Landes va totalement bouleverser ces positions
politiques chèrement acquises, car vous n’imaginez pas l’immense
potentiel de sympathie, de soutien militant, de soutiens politiques à
la base dont bénéficient ces personnes en lutte, alors que la
technostructure du Parti socialiste et des grands élus régionaux est
en train de s’isoler.

Monsieur le Président je vous l’affirme avec la conviction d’un
sympathisant socialiste de longue date, de tradition enracinée auprès
de mes proches, mon père Jacques Warin, qui collabora avec Pierre
Mauroy au moment de l’alternance en 1981, vous êtes face à un
nouveau Larzac !

Déjà au moment de votre élection, je vous avais alerté discrètement,
par l’intermédiaire de nos amis communs de Démocratie 2012, dont
Pierre René Lemas, pour éviter qu’en pleine campagne la situation ne
provoque des conséquences électorales néfastes. Il me semblait avoir,
avec bien d’autres qui avaient intercédé, été entendu.

Aujourd’hui il est temps que vous ne vous contentiez plus de répondre
aux lettres qui vous sont adressées à ce sujet par des formules
standards qui renvoient à votre ministre Monsieur Cuvillier le soin de
traiter le dossier.

Outre que cette attitude peu respectueuse de l’écoute citoyenne ne vous ressemble pas, vous êtes face à une situation qui exige une attitude d’homme d’Etat.

La révision du Schéma national des infrastructures de transport,
l’emploi parcimonieux de la dépense publique, le souci de la
transition écologique, l’application loyale de la Loi sur l’Eau,
dans sa dimension universelle et a fortiori européenne, sont autant de
motifs pour rouvrir le dialogue et éviter que votre quinquennat ne soit
entaché par un abcès de fixation politiquement désastreux.

Cela vous fait courir, compte tenu de la manière utilisée aujourd’hui, des
risques sérieux de dérapages, de provocations dont vous porterez seul
la responsabilité face à des personnes dont la conviction s’exprime
de manière pacifique, non violente, respectueuse de la loi
républicaine dès lors que celle-ci s’exerce elle aussi dans le
respect du dialogue citoyen.

Monsieur le Président, cher camarade, j’ai eu le privilège de vivre
un parcours professionnel dont tous ceux qui furent mes supérieurs,
collaborateurs, collègues, partenaires s’accordent à dire qu’il
fut toujours ouvert à l’innovation, à l’adaptation au monde
changeant, à la recherche de nouveaux paradigmes et à la réalité de
la concurrence globalisée.

Je continue en tant qu’enseignant universitaire à stimuler la créativité de mes étudiants, dans le monde entier, tout en leur transmettant mon expérience de dirigeant du service public puis d’homme d’entreprise. Je ne suis pas un
nostalgique, ni un tenant de la décroissance, ni un « illuminé anti
progrès »
.

Ces traits de caractère sont partagés par les personnes
que je côtoie lors des réunions d’information sur le projet Notre
Dame des Landes. En vérité, c’est nous qui incarnons la modernité
et l’ouverture au 21e siècle.

En effet, qui peut croire que les opérateurs aériens vont implanter
dans le Grand Ouest des infrastructures aéroportuaires renforcées et
surdimensionnées, au moment où nous atteignons le pic de l’énergie
fossile, et alors que leur modèle économique est de ramener les
passagers vers quelques hubs majeurs soit par des avions qui rallient
Nantes à Orly, ou Charles De Gaulle, ou Francfort ou Londres, ou
Amsterdam ou Madrid… ?

A partir de ces plateformes le modèle est alors de procéder au remplissage maximum de très gros porteurs économes en carburant. Sauf à souffrir d’une mégalomanie ridicule, qui peut croire qu’un Grand Ouest aujourd’hui déjà bien relié par TGV aux plates formes parisiennes en cours de modernisation a besoin
d’un équipement nouveau, coûteux, détruisant plusieurs milliers
d’hectares de terres agricoles, déracinant aux propre et au figuré
paysages et hommes attachés à leur territoire ?

Nantes a déjà deux aéroports qui figurent dans les codes internationaux
de l’IATA, Nantes Atlantique qui croît sans que cela permette de
justifier le transfert coûteux et… la gare SNCF de Nantes qui est
utilisée dans la tarification aérienne pour acheminer les passagers
vers les plateformes parisiennes et retour.

Nantes Atlantique va devoir de toutes façons être conservé pour les besoins logistiques de la fabrication d’Airbus sur l’usine nantaise, et la gare de Nantes me
parait être une bonne solution pour les voyageurs de notre région pour
leur transfert vers les hubs parisiens. Posons donc la question à Air
France sur sa vision du transport aérien au 21 ème siècle et
remettons-nous autour d’une table pour réexaminer les prévisions de
trafic utilisées pour justifier le transfert !

Monsieur le Président, cher camarade, vous qui êtes aujourd’hui
soucieux, que vos hautes fonctions et votre agenda ne vous coupent pas
de la réalité que vivent nos concitoyens,
vous, qui vous entourez des avis et opinions issus de la société civile, comme en témoigne la mission confiée à votre proche Bernard Poignant (qu’en dit-on à
Quimper ?), je vous conjure d’écouter ce qui se vit dans notre
région auprès de personnes qui vous soutiennent, qui partagent vos
valeurs, qui se mobiliseront autant qu’il le faudra et aussi longtemps
qu’il le faudra pour que leurs argument soient écoutés une fois que
les gaz lacrymogènes de ce matin se seront dissipés.

Cher François, le Larzac a rencontré son homme d’Etat, le magnifique
film qui a retracé cette lutte rend hommage à des Français
ordinaires, femmes et hommes de conviction, mais aussi à l’homme
d’Etat qui les a entendus.

Ceux de Notre Dame des Landes et ceux du Larzac sont de la même trempe
de Français, nous serons des millions à les soutenir pour qu’on les
écoute.

Monsieur le Président, cher François Hollande, nous attendons de vous
que vous soyez à notre rendez-vous citoyen comme l’a été François
Mitterrand.

Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux et
de mon cordial souvenir,

Patrick Warin

..................................

ENA Promotion Voltaire

Copie : Monsieur Jean Marc Ayrault, Monsieur Pierre René Lemas,
Monsieur Michel Sapin, Monsieur Jean Pierre Jouyet, Monsieur Bernard
Poignant, Monsieur le Préfet de la Région Pays de la Loire.

Copies adressées par courrier électronique : élus de la région Pays
de la Loire, divers collectifs au sein d’ACIPA.




Source : Acipa

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