Leur « démocratie » ? Des salades à la con

Durée de lecture : 6 minutes

17 février 2012 / Alain Ravayrol



A Clermont l’Hérault, le maire PS veut bétonner 70 hectares de vergers et de vignes pour un entrepôt géant de Système U. Une parfaite illustration des méthodes utilisées pour s’assoir sur la démocratie et la justice...


De la démocratie participative au discours de la piscine : des salades (à la con)

Fin 2011 le tribunal administratif de Montpellier n’a pas retenu l’urgence à stopper les travaux pour la création d’une ZAC de 70 hectares sur la plaine de la Salamane à Clermont L’Hérault. Les mégas engins de chantier se sont dès lors mis à l’oeuvre et s’activent fébrilement. La communauté de communes du Clermontais et Système U procèderaient-ils autrement s’ils ne voulaient pas ainsi griller la politesse à la justice administrative qui ne s’est pas encore prononcée sur la légalité de la révision simplifiée du PLU, sur le permis de construire, sur l’expropriation, sur la déclaration d’utilité publique ? Que se passera-t-il si les décisions de ce même tribunal reconnaissent l’illégalité des démarches qui font avancer ce projet au pas de charge ? Ou bien le système est-il conçu ainsi, pour qu’une décision contestée par les citoyens leur soit imposée par un bétonnage gigantesque construit à toute vitesse et qui rendrait quasi impossible un retour en arrière dans le cas d’une décision juridique qui reconnaîtrait l’illégalité des démarches de la collectivité ?

A la toute nouvelle piscine communautaire, lors de ses voeux début janvier, le président de la Communauté de Communes du Clermontais [Alain Cazorla, PS], a insulté les membres du collectif de la Salamane en les traitant de Khmers verts. Il citait ainsi un philosophe, ancien ministre de l’Education nationale. Il y a visiblement perméabilité des idées entre ceux qui nous gouvernent et ceux qui veulent nous gouverner et le vocabulaire Sarkozyen a semble t-il décomplexé au-delà de sa majorité. Monsieur Cazorla bénéficie dans la foulée du soutien appuyé de son opposition de droite (Alain Mora, « Expression libre de l’opposition municipale », Journal de la ville de Clermont l’Hérault, janvier 2012).

Fin janvier une action symbolique organisée par le collectif de La Salamane et la Confédération paysanne a été menée sur les pelouses du siège de la Communauté de Communes et a consisté en la plantation de rangées de pieds de vigne et de salades d’une variété locale. A cette occasion, le maire président est à nouveau sortit de ses gonds et a dû être retenu par un gendarme alors qu’il voulait en venir aux mains suite à une interpellation d’un membre du collectif qui lui demandait de s’expliquer sur ses insultes. Il terminait sa sortie en parlant de « nos salades à la con » !

Mais pourquoi donc s’acharner sur les opposants du projet de la Salamane alors qu’on les considère comme un groupuscule ?

Parce que les faits démentent les propos, ressasser ce genre de propos permet de se convaincre du contraire, et on peut ainsi diviser par deux même quand ce n’est pas si difficile de compter (20 manifestants selon le communiqué de presse de la Communauté des communes du Clermontois, 40 selon Midi Libre).

Mais, n’en déplaise à nos élus locaux, le soutien est très large. Nombreux sont ceux qui vont dans le sens des arguments du collectif. Du préfet qui souligne la nécessité de limiter le changement de destination des terres agricoles (Séminaire préservation des terres agricoles, décembre 2009) aux conseillers généraux du département de l’Hérault qui déplorent l’étalement urbain dont sont victimes les terres agricoles (Colloque du 14 octobre 2011, conseil général de l’Hérault). Un conseiller général a même souligné que « ce ne sont pas les collectivités qui font avancer, mais plutôt des petits groupes sociaux qui ont envie de faire autrement, de faire bouger les cadres référentiels » (Journal du CAUE, décembre 2011).

Puis la Chambre d’agriculture et les services de l’Etat qui, en cohérence avec les enjeux régionaux et nationaux, émettent un avis défavorable au projet de modification du PLU de Clermont l’Hérault. Enfin, la population locale qui a largement signé une pétition, participé à nos débats et nous a encouragé lors des tractages.

Peut-être aussi parce que les arguments sont minces et que les promesses d’emploi ne coûtent pas cher, tandis que l’invective raccourcit le débat pour mieux l’éviter ? 80, 100, 500 emplois qui dit mieux ?

Est-il encore temps pour nos élus de s’interroger sur la sincérité du concept de démocratie participative qui les a brièvement chatouillé en début de mandat ? Et surtout des méthodes qui il est vrai ne concernent pas uniquement notre territoire mais ressemblent de plus en plus à une crispation autocratique.

On a déjà remarqué la distance du discours aux actes :

- Du Préfet qui s’inquiète de la disparition des terres agricoles tout en validant la modification du PLU et déclarant le projet d’utilité publique en passant par les Conseillers généraux qui s’inquiètent eux aussi, l’écrivent, tout en subventionnant ce projet et en s’empressant d’afficher leur logo sur le site.

- De ces sous-préfets qui ne se préoccupent plus du bien public mais voient leur mission comme la mise à exécution des désidératas des pouvoirs politique en place délaissant le contrôle de légalité des actes administratifs.

- Des agents des collectivités qui parlent de l’élu comme de LEUR patron !

- Des enquêtes publiques qui ignorent les arguments contraires au projet institutionnel.

- Des moyens de la collectivité mis au service exclusif du pouvoir en place (personnel municipal surveillant l’enquête publique, n°14 de Clermont au quotidien, etc).

La vassalité qui veux que le pouvoir se consolide par l’échange de bons procédés (tu votes pour mon projet, je vote pour ta subvention).

Surtout, cette violence de notre édile paraîtrait cacher une certaine culpabilité, les choix politiques et économiques n’étant pas réellement en phase avec leur couleur de moins en moins dogmatique. Et puis quoi de mieux que d’anticiper sur un désastre en ayant des soi-disant extrémistes comme bouc émissaires ?

Et pour nous, comment expliquer à la population que ce projet n’est peut-être pas juridiquement valide alors que les bulldozers font leur boulot au pas de charge ? Voyons ils ne feraient pas ça s’ils n’en avaient pas le droit ?

Ben si. Ils veulent une justice plus rapide, mais pas la justice administrative. La justice, c’est juste un truc pour que les citoyens puissent embêter les puissants ! Et qu’est-ce que tu veux faire contre les bulldozers ? Et si le tribunal disait par erreur que l’acte n’est pas valable ? Ben, on interrompra peut-être les travaux le temps de recommencer la procédure.

Allez, nous racontez pas des salades, vous savez comment il faut s’y prendre pour être un élu moderne ? Il faut prendre de vitesse le système que l’on construit soi-même.






Source : Association Salamane.

Illustration : linksunten.indymedia.org

Lire aussi : Fête à la Salamane, pour fêter la première victoire

27 novembre 2020
« Black Friday » : comment dénoncer sans culpabiliser ?
Info
27 novembre 2020
Jérôme Laronze, le paysan tué par un gendarme, avait subi des contrôles « irréguliers »
Info
9 novembre 2020
Dans le Morbihan, le projet de centre d’aide aux animaux vire à la bataille judiciaire
Enquête




Du même auteur       Alain Ravayrol