Liberté de la presse : la France recule

Durée de lecture : 5 minutes

22 octobre 2009 / Reporters sans frontières



Le classement annuel sur la liberté de la presse voit la position de la France se dégrader : la presse y est moins libre qu’en Uruguay ou au Ghana.



« La liberté de la presse doit être défendue partout dans le monde, avec la même force et la même exigence »
, a déclaré Jean-François Julliard, à l’occasion de la publication du huitième classement mondial de la liberté de la presse par Reporters sans frontières, le 20 octobre 2009.

« Il est inquiétant de constater que des démocraties européennes comme la France, l’Italie ou la Slovaquie continuent, année après année, de perdre des places dans le classement. L’Europe doit faire preuve d’exemplarité dans le domaine des libertés publiques. Comment dénoncer les violations commises dans le monde si l’on n’est pas irréprochable sur son territoire ? L’effet Obama, qui a permis aux Etats-Unis de regagner 20 places, ne suffit pas à nous rassurer. Dans le bas du classement, nous sommes particulièrement préoccupés par la situation en Iran. Le pays se rapproche dangereusement du trio infernal pour la liberté de la presse, constitué depuis des années par l’Erythrée, la Corée du Nord et le Turkménistan », a ajouté le secrétaire général de l’organisation.

Le classement mondial de la liberté de la presse est établi comme chaque année par Reporters sans frontières, grâce aux centaines de journalistes et experts des médias qui ont répondu à son questionnaire. Il prend en compte les violations de la liberté de la presse commises entre le 1er septembre 2008 et le 31 août 2009.

La fin du modèle européen ?

L’Europe a longtemps été exemplaire en matière de respect de liberté de la presse, mais cette année, plusieurs pays européens reculent très nettement. Même si les treize premières places restent occupées par des Etats européens, d’autres tels que la France (43e), la Slovaquie (44e) ou l’Italie (49e), continuent leur descente, perdant respectivement huit, trente-sept et cinq places. Ils se font distancer par de jeunes démocraties africaines (Mali, Afrique du Sud, Ghana) ou latino-américaines (Uruguay, Trinidad et Tobago). Des journalistes sont encore menacés physiquement, en Italie, en Espagne (44e), mais aussi dans les Balkans, notamment en Croatie (78e) où le 23 octobre 2008 le propriétaire et le directeur marketing de l’hebdomadaire Nacional ont été tués dans un attentat à la bombe. Mais la principale menace, plus grave à long terme, vient des nouvelles législations en vigueur. De nombreuses lois promulguées depuis septembre 2008 viennent remettre en cause le travail des journalistes. En Slovaquie (44e), elle a permis d’introduire la notion dangereuse de droit de réponse automatique et accroît fortement l’influence du ministre de la Culture dans les publications.

Israël : opération chape de plomb sur la presse

L’opération militaire "Plomb durci" menée par Israël contre la bande de Gaza a eu également des répercussions sur la presse. Israël perd quarante-sept places et se retrouve au 93e rang du classement. Cette chute libre fait perdre à Israël son statut de premier pays du Moyen-Orient, en le faisant passer derrière le Koweït (60e) et les Emirats arabes unis (86e). Sur son territoire, Israël commence à appliquer les mêmes méthodes qu’à l’extérieur. Reporters sans frontières a ainsi pu recenser cinq arrestations, parfois en dehors de tout cadre légal, et trois emprisonnements de journalistes. La censure militaire appliquée à tous les médias fait également planer une menace sur la profession. En dehors de son territoire, Israël atteint la 150e place. Le bilan de la guerre est très lourd : une vingtaine de journalistes ont été blessés dans la bande de Gaza par les forces armées israéliennes et trois ont péri alors qu’ils couvraient le conflit.

L’Iran aux portes du trio infernal

Les journalistes ont souffert plus que jamais cette année dans l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad. La réélection contestée du Président a plongé le pays dans une véritable crise et instauré une paranoïa à l’égard des journalistes et blogueurs. Censure préalable et automatique, surveillance des journalistes par l’Etat, mauvais traitements, journalistes obligés de fuir le pays, arrestations illégales et emprisonnements, tel est le tableau de la liberté de la presse cette année en Iran. Déjà proche de la fin du classement les années précédentes, l’Iran est arrivé aux portes du trio infernal, toujours composé par le Turkménistan (173e), la Corée du Nord (174e) et l’Erythrée (175e), où la presse a été tellement bâillonnée qu’elle y est aujourd’hui inexistante.

L’"effet Obama" ramène les Etats-Unis parmi les vingt premiers pays

En un an, les Etats-Unis sont remontés de 20 places, passant du 40e au 20e rang. L’arrivée du nouveau président Barack Obama et son attitude moins belliqueuse que celle de son prédécesseur à l’égard de la presse y est pour beaucoup. Mais cette forte remontée ne concerne que l’état de la liberté de la presse sur le territoire américain. Si Barack Obama a obtenu le Nobel de la paix, son pays reste engagé dans deux guerres. Malgré une légère amélioration de la situation, l’attitude des Etats-Unis à l’égard des médias en Irak et en Afghanistan est préoccupante. Plusieurs journalistes ont été blessés ou détenus par l’armée américaine. L’un d’eux, Ibrahim Jassam, est toujours détenu en Irak.






Source : http://www.rsf.org/fr-classement100...

Lire aussi : Le Nouvel Observateur, à la botte http://www.reporterre.net/spip.php?...

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