Ligne THT du réacteur de Flamanville : les riverains se rebiffent

Durée de lecture : 4 minutes

16 février 2012 / Stop THT // AFP

Alors que François Hollande a réaffirmé son soutien à l’EPR de Flamanville et laissé entendre qu’on pourrait relancer celui de Penly, les opposants à la ligne électrique chargée d’évacuer le courant de Flamanville réaffirment leur détermination. Début février, une action de déboulonnage s’est produite.


Communiqué de l’association des riverains, des élus et des organisations regroupées au sein de Stop-THT, le 15 février.

RTE et l’Etat ont imposé le projet de ligne THT Cotentin-Maine malgré la contestation des riverains, des associations et des élus…, malgré les réserves de la commission d’enquête publique…, malgré les recommandations de l’AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire et de l’Environnement)…

Le retard dans la construction de l’EPR, seule justification invoquée lors des débats et de l’enquête publique, aurait dû permettre à l’Etat et RTE d’entreprendre une étude épidémiologique sous les lignes THT existantes, principale revendication des riverains. Mais à la place, dédain, mépris, achat des élus, intimidation des récalcitrants… et propagandes sur l’avancée des travaux ont répondu à leurs inquiétudes.

Comment s’étonner, dans ces circonstances, que certaines personnes exacerbées par ces méthodes indignes d’une démocratie, entrent en résistance et empêchent la construction de cette ligne…

L’entêtement de l’Etat à promouvoir le nucléaire et le gaspillage de l’énergie électrique entraine, par grand froid, les situations aberrantes actuelles. Et plutôt que de remettre en cause cette politique énergétique, l’Etat préfère colmater les plaies par une surproduction annuelle, favorisant surtout l’exportation. Et bien sûr cette surproduction entraine forcément un réseau de transport d’électricité surdimensionné avec un maillage du territoire par des lignes THT pour évacuer le surplus dans toute l’Europe (voir schéma décennal de développement du réseau RTE 11/2011).

Il est donc primordial pour RTE de nier toutes nuisances engendrées par ces lignes THT. Et l’argent distribué (PAP entre autre) permet, en général, d’anéantir toute tentative de défense des riverains.

Les actions d’opposition (blocage des travaux, déboulonnage…) sur la ligne THT Cotentin-Maine sont donc ressenties par les riverains comme un soutien et un espoir de se faire entendre.

Il n’est quand même pas pensable que RTE et l’Etat envisagent de protéger tous les pylônes en construction ou déjà construits en France par des forces de l’ordre ! Le prix d’un tel dispositif est tellement disproportionné par rapport aux revendications premières des riverains, qu’il doit inciter l’Etat et RTE à revoir cette politique insensée, préjudiciable pour l’avenir.

Arrêtons les constructions de la ligne THT Cotentin-Maine et le gouffre financier qu’est l’EPR.


Déboulonnage d’un pylône de la ligne THT Cotentin-Maine : RTE portera plainte, AFP, le 1 février.

RENNES - Réseau de transport d’électricité (RTE) va porter plainte pour dégradations de biens après le déboulonnage d’un pylône de la future ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, qui doit acheminer l’électricité du futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche), a-t-on appris mercredi auprès de RTE, chargé du chantier.

Des boulons ont été démontés dans la nuit de lundi à mardi sur un pylône en cours d’assemblage au sol à Montaudin (Mayenne), a expliqué à l’AFP Jean-Michel Ehlinger, directeur des travaux de la THT Cotentin Maine.

Il s’agit d’un acte de sabotage, dangereux pour ceux qui l’ont commis et pour les ouvriers qui travaillaient le lendemain, a-t-il souligné, en expliquant que les pièces qui n’étaient plus attachées entre elles risquaient de tomber sur quelqu’un.

Avec un budget de 350 millions d’euros, 163 km de ligne, 420 pylônes, jusqu’à 40 entreprises et 800 à 900 salariés mobilisés au plus fort de l’activité, la construction de la future ligne est un des plus gros chantiers jamais mené par RTE, selon la filiale d’EDF qui s’occupe des réseaux.

Ses opposants redoutent les effets sur la santé des ondes émises par la THT et demandent que soit menée une étude épidémiologique sur le sujet avant construction.

Après de multiples et vains recours en justice, la THT fait encore l’objet de six recours devant le Conseil d’Etat, selon RTE. L’un d’entre eux a été déposé par le député UMP Pierre Méhaignerie au nom de la communauté de communes de Vitré (Ille-et-Vilaine) que préside l’ancien Garde des Sceaux.

Quatre départements sont concernés par le chantier (Manche, Ille-et-Vilaine, Mayenne, Calvados).



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Sources :
- Communiqué : Rennes Info
- Article sur le déboulonnage : AFP

Photo : Action de déboulonnage en avril 2011, Nantes Indymedia

Complément di’nfos : Stop THT.

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