Marché du carbone : il patauge toujours. Et si on le fermait ?

Durée de lecture : 3 minutes

22 novembre 2012 / ATTAC France




Sept ans après son lancement, le Système communautaire d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (SCEQE ou UTS) n’a pas réussi à atteindre ses objectifs. La Commission européenne elle-même en est arrivée à cette conclusion, puisqu’elle propose différentes options pour résoudre les problèmes survenus. Pourtant, une option importante est absente du document de la Commission : la suppression du SCEQE après 2020.

« Le SCEQE n’est pas adapté et ne fonctionne pas. Il a produit des
bénéfices exceptionnels pour les entreprises polluantes, il a
repoussé la transition nécessaire et l’abandon des combustibles
fossiles, maintenant l’Union Européenne (UE) dans la production
d’énergie à base de combustibles fossiles. Ces faiblesses
structurelles demeurent sans réponse de la Commission »
, a déclaré
Maxime Combes d’Attac France.

La Commission propose exclusivement des options visant à stabiliser les
prix des permis d’émissions de CO2 qui sont échangés sur le SCEQE. En
raison de l’effondrement du prix de la tonne carbone, le SQECE ne
fournit aucun signal prix adéquat pour des investissements dans les
technologies à faible intensité carbone et les infrastructures
nécessaires que les partisans du marché carbone avaient pourtant
promis.

« Ceci prouve les contradictions existantes au sein même de la vision
de l’UE concernant le SQECE : un mécanisme de marché peut-il fournir
un signal-prix fiable alors que le quota maximum d’émissions est basé
sur les projections futures établies par les industriels et que les
prix sur le marché dépendent des anticipations des fonds financiers ? L’expérience montre que non »
, selon Geneviève Azam d’Attac
France.

La proposition de la Commission laisse un autre inconvénient structurel
sans réponse : le quota maximal d’émissions peut être transgressé et
dépassé, notamment à travers l’introduction dans le SQECE des
certificats de réduction d’émissions provenant des mécanismes
internationaux de compensation.

Les projets de compensation dans le Sud n’ont pas généré le développement soutenable qu’ils étaient censés permettre. En outre, les dispositifs de compensation carbone ne réduisent pas les émissions mais elles les déplacent, et tout système de marché permettant l’utilisation des dispositifs de
compensation retarde la véritable réduction des émissions.

Plutôt que de permettre la transition vers des sociétés faibles en
carbone, le SQECE est un mécanisme bloquant toute possibilité de
décisions politiques courageuses qui pourrait mettre fin à notre
actuel modèle énergétique basé sur les énergies fossiles.

Dans son
dernier rapport (le World Energy Outlook 2012 du 12 novembre 2012),
l’Agence internationale de l’énergie a averti que deux tiers des
réserves prouvées de combustibles fossiles devraient rester dans le
sol afin d’éviter une élévation de température au delà des 2
degrés Celsius. Une forte volonté politique, et non des mécanisme de
marché, est nécessaire pour mettre en oeuvre ces recommandations...

« Plutôt que prendre leurs responsabilités, les gouvernements ont
volontairement mis leur principal instrument de lutte contre les
dérèglements climatiques dans les mains des marchés financiers. Comme
nous le savons, les mécanismes de marché ont leur propre logique.

Réaliser des profits sans lutter contre les dérèglements climatiques
est devenu l’objectif primordial des acteurs impliqués dans le commerce
du carbone. C’est une illusion de croire que quelques mesurettes comme
celles présentées par la Commission Européenne seraient en mesure
d’améliorer significativement le SCEQE »
conclut Maxime Combes.

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* Les organisations signataires : Attac France, Carbon Trade Watch,
Corporate Europe Observatory, Counter Balance, FERN, Re : Common






Source : Courriel à Reporterre de Attac France

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