Martine Aubry pas claire sur la sortie du nucléaire

28 mars 2011 / AFP // Marianne2">AFP // Marianne2



La position de la première secrétaire du Parti socialiste sur la sortie du nucléaire semble varier d’un média à l’autre.


M. Aubry : le nucléaire est "dangereux", il faut préparer "l’après-Fukushima"

AFP

La première secrétaire du PS, Martine Aubry, a déclaré lundi 28 mars que le "nucléaire est une énergie dangereuse" s’interrogeant sur une sortie de la France du tout-nucléaire pour préparer "l’après-Fukushima", alors que cette question est un atome de discorde entre le PS et Verts.

"Je pense qu’il y aura un avant et après Fukushima", a déclaré Mme Aubry en réponse à un auditeur de France Inter habitant près de la centrale de Fessenheim. "Je fais partie de ceux qui sont les plus allants pour préparer cet après-Fukushima".

"Je pense que le nucléaire est une énergie dangereuse et qu’il faut le prendre en compte", a ajouté Mme Aubry, rappelant que le PS avait demandé un audit des centrales après la catastrophe nucléaire au Japon.

"A quelle rythme doit-on sortir ? Doit-on sortir ?", s’est-elle interrogée à voix haute, alors que la question du nucléaire divise les deux partenaires de gauche, le PS, traditionnellement pro-nucléaire, et les Verts, qui veulent en sortir en 25 ans.

"Même les Verts allemands disent qu’il faut 30 ou 35 ans pour sortir du nucléaire", a-t-elle dit, rappelant qu’il s’agit de "l’énergie la moins ennuyeuse" pour le réchauffement climatique.

"Je ne crois pas vraiment que nous pourrons remplacer l’énergie nucléaire par le solaire dans cinq ou dix ans, même s’il y a un énorme effort à faire", a-t-elle dit, s’interrogeant : "Comment démanteler les centrales ? Enfouir les déchets ?"

"Contrairement à ce que dit le président de la République, la France doit très vite passer à un autre "mixte énergétique", c’est-à-dire ne pas garder ce tout-nucléaire qui produit 70% de notre électricité, mais faire monter rapidement les énergies renouvelables et notamment le photovoltaïques que le gouvernement a abandonné", a-t-elle ajouté.

"Nous devons encore encore en débattre au sein du PS", selon elle.


Sur Canal Plus, mardi 21 mars, Martine Aubry dit : « Je crois qu’il faut sortir du nucléaire ».

Hervé Nathan (Marianne 2)

C’est une petite phrase jetée comme par négligence sur le plateau du Grand Journal, mardi 21 mars. Face à Jean-Michel Aphatie, Martine Aubry prononce les mots suivants : « Je crois qu’il faut sortir du nucléaire », et de préciser très vite : sur une période de 25 ans à trente ans. Aphatie ne relance pas, c’est dommage, car il vient de passer au travers d’une annonce politique de la plus grande importance.

Sortir du nucléaire sur une période de plusieurs dizaines d’années, ce n’est pas un programme anodin : c’est presque au mot près la position des Verts. Le mot, en moins, c’est le référendum ! Car c’est bien la première fois qu’un (une) premier (première) secrétaire du Parti socialiste énonce une telle orientation sur la question. C’est quasi historique. Jusqu’à présent le PS c’était le troisième pilier (après le RPR-UMP, et le PCF) de l’industrie nucléaire en France. Pour dire simple : le nucléaire, jusqu’à présent faisait consensus chez les socialistes, sauf quelques écolos égarés comme Aurélie Filipetti. Beaucoup d’élus ont des centrales EDF ou des usines Areva dans leur circonscription. Et l’énergie nucléaire a toujours été analysée au PS comme une branche majeure de l’industrie tricolore. Last but not least, c’est une proche de François Mitterrand qui préside Areva, et l’avant dernier président d’EDF était un ami de Lionel Jospin.

Dans le PS, la position de Martine Aubry est bien ressentie comme une rupture. Juste après le désastre de Fukushima, le groupe socialiste à l’Assemblée avait déjà fait un effort considérable en demandant un « débat loyal » sur la sortie par étapes du nucléaires en France, et un audit « pluraliste » des centrales françaises. Ouvrir un débat - certes quasi interdit en France jusqu’à présent -, cela ne mange pas de pain. Un audit non plus. Il y a deux ans, le PS était encore plus éloigné : il posait simplement des « conditions » au nucléaire en France, comme par exemple la renationalisation totale d’EDF et de ses 58 réacteurs.

On voit bien que le chemin que Martine Aubry diverge, si on ose le terme. Alors quelle mouche a piqué la première secrétaire ?

D’abord, ce n’est pas une lubie. Renseignement pris auprès de l’entourage de Martine Aubry, la phrase a bien été prononcée sciemment, et on s’étonne qu’aucun journaliste (sauf à Marianne…) s’y soit intéressé jusqu’à présent.

Ensuite, « Fukushima, cela change tout » explique Laurence Rossignol à Marianne. La secrétaire nationale à l’environnement est assez étonnée elle-même de la position d’Aubry. Mais elle assure que le PS est mûr pour une transition écolo. « La catastrophe japonaise a levé le mythe de l’infaillibilité du nucléaire, et montré aussi notre trop grande dépendance au nucléaire », explique-t-elle. Interrogé à son tour, le député François Brottes, qui a toujours soutenu le nucléaire, tente de minimiser : « On ne sort pas du nucléaire comme cela. On ne peut pas laisser cette filière s’éteindre à petit feu. Le sujet c’est de consommer moins d’énergie ».

Une personnalité se réjouit, c’est Yves Cochet : « Elle a vraiment dit ça ! C’est énorme ! », s’exclame le député vert. En fait, les écologistes se préparaient à négocier avec les socialistes un « contrat de législature », comprenant une « loi de sortie du nucléaire en 25 ans ». Yves Cochet précise : « Cet engagement pour nous est bien plus important que la tenue d’un référendum. » Le voici donc comblé par la première secrétaire avant même toute discussion… Laurence Rossignol trouve le référendum inutile : « Il aura lieu en 2012, lors du scrutin présidentiel. Les Français auront à choisir entre deux programmes très clairs : celui de la droite pour le tout nucléaire, puisque c’est la position réaffirmée de Nicolas Sarkozy, et celle de la gauche, pour une sortie progressive et programmée. » Et chez les socialistes, on a bien remarqué un sondage IFOP pour les Verts, réalisé le 14 et 15 mars, selon lequel 51% des Français sont pour une sortie en 25 ans, et 19 % pour une sortie plus rapide….





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Sources :
- De l’AFP
- De Marianne2

Complément d’information : Laurence Rossignol, « Le nucléaire et le PS »

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