Notre Dame des Landes : « Je n’ai rien dit, mais je me suis senti humilié »

4 février 2013 / Thierry Pradier

Elu EELV au conseil régional des Pays de Loire, Thierry Pradier a démissionné de son poste de vice-président de la commission des Finances, afin de protester contre le projet de Notre Dame des Landes. Le conseil l’a empêché d’expliquer en séance les motifs de sa démission. Voici ce qu’il voulait dire.


Voici l’intervention que Thierry Pradier souhaitait faire devant l’assemblée du conseil régional mais qu’on lui a refusé. Il y explique les raisons de sa démission de la vice-présidence de la commission finances. Déjà annoncée, il y a quelques jours, cette démission plonge dans l’embarras les élus EELV (Europe écologie les verts) au sein du conseil régional.

On notera que Thierry Pradier use, non sans humour, de l’épiphore (répétition d’un mot ou groupe de mots en fin de phrase)“je me suis senti humilié”, référence assez flagrante à l’anaphore (répétition d’un mot ou groupe de mots en début de phrase) de François Hollande“Moi, président de la République”.

Ce que souhaitait dire l’élu

Suite à ma décision de démissionner de la vice-présidence de la commission finance, j’avais fait part de ma volonté de pouvoir expliquer mon acte devant l’hémicycle des conseillers régionaux des Pays-de-la-Loire lors du vote sur le budget 2013.

Dès jeudi matin [31 janvier] le président de groupe EELV me fait savoir que je peux faire mon intervention vendredi matin ou en début d’après-midi au moment du vote sur le budget global. Le groupe écologiste envoie l’information au cabinet du président le jeudi matin comme convenu. Je prends donc la décision d’attendre le lendemain pour donner mon explication sur ma démission de la vice-présidence de la commission finance. Même si cette procédure est peu logique car je vais devoir voter avant sur les budgets de commissions et donner mon explication après (les budgets se votent d’abord par commission, il y en a 9, selon les textes de loi sur le fonctionnement des Conseil Régionaux).

Je vote durant la session conformément avec ce que j’avais décidé et dis.

Le vendredi vers midi, les groupes de l’opposition de droite reviennent sur les bancs de l’hémicycle pour donner leur vote sur le budget général (ils avaient boycotté les votes précédents de la matinée du vendredi). Lorsque le Président du Conseil Régional annonce le passage au budget général, j’appuie donc sur le bouton de demande d’intervention. Le président annonce alors que l’on passe au vote. Il n’y a donc pas de débat, je ne peux donc pas m’exprimer. Je lève alors la main espérant pouvoir au moins donner mon explication : il clot en un temps record la séance, alors que le repas était initialement prévu vers 13h00 : il est autour de 12h20. Nous avions donc le temps pour qu’opposition et majorité s’expriment. Je suis stupéfait ! Il est clair que le Président lui-même ne souhaitait pas que je puisse lire mon texte.

Voici donc le texte complet qui fait l’objet de ces évènements :

Monsieur le Président, merci de me donner la parole : ce que je dirai, je le dirai en mon nom propre. Ma décision résulte d’une longue réflexion et n’a pas été facile à prendre, mais ma démission de la vice-présidence est tout sauf le fruit du hasard.

Le 8 mai 2012 un accord entre opposants au projet de Notre Dame des Landes (NDDL) et le président F. Hollande avait été acté : il concernait les expulsions sur site de NDDL jusqu’à expiration judiciaire des procès en cours signé avant la date du 4 mai 2012.

Quand l’accord a été moralement rompu de facto par l’intrusion des forces de l’ordre sur le site, je n’ai rien dit, mais je me suis senti humilié.

Quand il fut évident que les responsables de l’État adoptaient en novembre dernier des mesures débouchant sur des violences policières avec la volonté manifeste de criminaliser le mouvement de résistance à NDDL, je n’ai rien dit, mais je me suis senti humilié.

Quand sont parues dans la presse des menaces explicites concernant les postes et responsabilités exécutives dévolus aux membres d’EELV du Conseil Régional, je n’ai rien dit, mais je suis senti humilié.

Quand la communication régionale est devenue une machine de propagande mise au service du projet d’aéroport, sans concertation et sans recherche de compromis avec les membres écologistes de la majorité et quand les finances régionales mobilisées sur cette communication n’ont fait l’objet d’aucune discussion ou accord au sein de la majorité régionale, je n’ai rien dit, mais je me suis senti humilié.

Quand ont été nommés les membres de la commission de dialogue, sans concertation et sans information préalable avec EELV, pourtant partenaire du PS au sein du gouvernement, je n’ai toujours rien dit, mais je me suis encore senti humilié.

Quand il y a moins d’une semaine une maison a été détruite au lieu-dit Saint-Jean-du-Tertre (la quatorzième depuis l’opération César), au moment même où la commission de dialogue travaillait, je n’ai rien dit, mais je me suis senti humilié.

Quand les quelques dizaines d’écologistes de ma propre famille et celle de ma compagne, de Loire-Atlantique ou d’ailleurs, émettent des doutes, des critiques ou des sarcasmes à propos de NDDL, je ne dis rien, mais comme eux je me sens offensé, méprisé dans mes convictions et humilié.

Quand je mesure la considération dans laquelle on tient l’écologie au niveau national à l’aune des décisions prises par le gouvernement actuel, quand des électeurs et des militants écologistes m’interpellent en colère sur ces sujet et plus particulièrement sur Notre-Dame-des-Landes, quand ils sont des dizaines à le faire, comme eux je me sens bafoué dans mes engagements, méprisé et humilié !

Alors quand on me demande de prendre mes responsabilités politiques de simple élu du Conseil régional des Pays-de-la-Loire, je choisis de ne plus accepter ni l’intimidation ni l’humiliation. J’ai toujours été favorable au compromis quand il résulte d’une discussion d’égal à égal. Certains dossiers portés dans cette majorité régionale méritent toute mon attention et celle de mes collègues écologistes. Mais personne ne peut m’obliger à abdiquer mes convictions. Et ce serait le cas si je soutenais le projet d’aéroport à NDDL !

C’est par solidarité avec tous les paysans et habitants encore présents sur le site qui risquent d’être expulsés de chez eux cette année, du fait de ces presque 2 000 ha de terres bocagères non remembrées qui forment un milieu environnemental exceptionnel et pour protester contre l’aberration économique que constitue ce projet pharaonique d’aéroport, que j’ai symboliquement remis ma démission du poste de vice-président de la commission finance.

Pour cette session du Conseil Régional, je ne souhaite pas modifier mon vote : je voterai favorablement les budgets des commissions Emploi et Education présidées par les élus écologistes et je refuse de prendre part aux autres votes sur le budget des commissions et sur le budget global. Le refus n’étant pas admis par notre règlement intérieur du Conseil Régional, mon vote sera transformé de fait en abstention.

Sachez bien que quelles que soient les difficultés, désaccords, compromis et décisions pris au sein de la majorité actuelle, s’il n’y avait pas eu cette fracture au sujet de NDDL, j’aurais voté l’ensemble des budgets des commissions et le budget général. Mais je ne puis me résoudre à renier 28 années de militantisme sur une question où la dignité de l’écologie et des écologistes est engagée.





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Source et photo : Le Petit Courrier

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