Nous sommes tous des bénis wifis

Durée de lecture : 4 minutes

29 mai 2013 / Frédéric Wolff (Reporterre)



"On est à cran sans nos écrans

Sans notre i-phone on est aphones

Quand ça vibre on est sur les dents

Au garde à vous quand on nous sonne

On veut chacun son chloroforme

Son grill’pain à cramer l’cerveau

Son droit à dev’nir spongiforme

Ses neuronn’s qui font des grumeaux"


Après la papamobile, la téléphonie mobile s’empare du religieux. Les clochers de nos églises accueillent, ici et là, des flèches très smart pointées vers les cieux : les antennes-relais.

La messe est dite : chacun doit être joignable urbi et orbi, le père, le fils, le saint-esprit et tutti quanti. Quoi de plus normal, dans ces conditions, que les églises participent à cette transe collective ? Il faut être moderne, l’injonction ne souffre aucune exception.

Déjà que les fidèles se défilent, si en plus le sans-fil est excommunié des lieux saints, vous imaginez le drame ?

Seulement voilà, on commence avec une antenne au plus haut des édifices et allez savoir où l’on va s’arrêter. Bientôt le wifi dans la maison de Dieu le père, si ce n’est déjà fait ?

« Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, veuillez sortir vos tablettes de la loi, connectez-vous au Très-Haut débit… Et voici venue l’heure d’envoyer un message au seigneur. Je vous rappelle que, pour obtenir une réponse certifiée divine, un forfait « Eternel » est en vente libre à l’entrée de notre église… »

Le commerce des ondes bénites va-t-il fusionner avec le commerce des âmes ? On a connu les temps héroïques du sabre et du goupillon ; va-t-on assister à la sainte alliance du cash et du carillon ?

A quand le cyber-caté ? La messe virtuelle à domicile ? Les prières en langage texto ? Les confessions publiques sur les réseaux sociaux ?

Difficile d’échapper à la béatitude générale. La secte des adorateurs du sans-fil est partout. Le racket de ses adeptes fait des ravages, mais ce n’est pas là le pire, notez bien. Ce qui se trame dans l’ombre du malin est des plus inquiétants : un suicide collectif d’une ampleur inégalée. Elucubrations obscurantistes ?

Prenez la peine de lire les études scientifiques sur les dangers des ondes pulsées. C’est toute une génération de cacochymes pratiquants qui se profile et qui peut préparer son testament 3.0.. D’enfer, le numérique ! Après la foi, les foies…

Mais « chut », répètent en chœur les gourous officiels, en brandissant leurs dogmes comme d’autres des missels. De nouvelles études indépendantes doivent être menées par les industriels, ainsi qu’au bon vieux temps de l’amiante et du tabac. C’est l’esprit saint-glinglin !

« N’écoutez pas ces prophètes de malheur et leurs peurs irrationnelles. Dormez tranquilles sous nos antennes et récitez chaque soir votre catéchisme de la croissance économique. » Ainsi s’expriment la sacro-sainte industrie et son clergé ministériel parlementeur.

Et nous, dans tout ça ? Serions-nous des bénis wifi ?

On a inventé le silex

A fair’ les croquett’s de mammouth

Les signaux d’fumée les télex

Les pistes de neige au mois d’août

On a trimé du ciboulot

Pour se formater l’bourrichon

De poudre à laver les cerveaux

De puc’s à fliquer les moutons

Mais il manquait un nom

A la galerie d’l’évolution

Les bénis-wifi les bénis-wifi

On est à cran sans nos écrans

Sans notre i-phone on est aphones

Quand ça vibre on est sur les dents

Au garde à vous quand on nous sonne

On veut chacun son chloroforme

Son grill’pain à cramer l’cerveau

Son droit à dev’nir spongiforme

Ses neuronn’s qui font des grumeaux

Chacun dans notr’ boui-boui

Espère un jour finir méchoui

De béni-wifi de béni-wifi

Heureus’ment y’a les gens d’là-haut

Pour veiller à notr’ bonn’ santé

Les vendeurs de merde à gogos

Les malfaiteurs d’l’humanité

On bénit dans les ministères

Les ratatineurs de cervelles

On décor’ le mond’ des affaires

Les chefs du crime industriel

Viv’ les baratineurs

La défonc’ des consommateurs

Des bénis-wifi des bénis-wifi

Faut qu’on s’adapte on n’a pas l’choix

Ba voui c’est la loi du marché

Et pis si c’est bon pour l’emploi

Ça vaut l’coup de s’ratatiner

Ainsi va l’mond’ ma pauv’ madame

Faut bien qu’on viv’ avec not’ temps

Y’a pas d’quoi en fair’ tout un drame

Ni d’gueuler à contre-courant

Bienv’nue dans l’four à micro-ondes

Dans le plus parfait des i-mondes

Pour bénis wifi pour bénis wifi

Depuis qu’y a l’wifi dans l’métro

Tout l’monde a retrouvé l’bonheur

Y a qu’à voir nos tronch’s de mégot

De cobay’s en apesanteur

Vous allez voir qu’un jour pardi

On va brancher nos macchabées

Sur les ond’s du Très Haut débit

Gogol-phon’s de la tête aux pieds

Réservez dès maint’nant

Vot’ caveau prévu sang pour sang

Pour béni-wifi pour béni-wifi






Source : Courriel à Reporterre

Photo : Libération.fr

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