Nous transhumons contre le puçage électronique

14 janvier 2013 / Collectif des éleveurs drômois contre l’obligation de puçage électronique

Une transhumance aura lieu dans la Drôme du 28 janvier au 1 février pour protester contre l’obligation de puçage électronique des moutons. « Les animaux sont autre chose qu’un objet industriel permettant de faire de l’argent »


Nous sommes des collectifs de différents départements, regroupant essentiellement des éleveurs mais aussi des non-agriculteurs. Chaque collectif est indépendant et ne se revendique d’aucun syndicat ni parti politique.

En tant qu’éleveurs, nous sommes soumis à des contraintes de plus en plus fortes qui nous obligent à accepter les normes de l’élevage industriel.

Considérant que ce mode d’élevage est une impasse, alors même que d’autres voies existent, nous refusons de nous y soumettre et nous revendiquons le droit des paysans à rester maîtres de leur pratiques. Pour ce faire, nous organisons une transhumance de plusieurs jours à travers la Drôme pour attirer l’attention de la population et des pouvoirs publics sur deux mesures qui s’opposent à notre vision de l’élevage et qui contribueront à fragiliser un grand nombre de fermes : l’identification électronique des ovins et caprins et l’obligation d’acheter des reproducteurs mâles « certifiés » pour tous les ruminants.

L’identification électronique des ovins et des caprins, c’est-à-dire la pose d’une boucle munie d’une puce RFID à l’oreille des animaux, est obligatoire depuis juillet 2010. Les arguments avancés par l’administration sont l’amélioration de la traçabilité et la facilitation des conditions de travail des éleveurs, deux arguments que nous réfutons.

En effet, le système actuel d’identification (une boucle classique à chaque oreille) assure une traçabilité amplement suffisante et notre travail se verra alourdi d’une contrainte informatique inutile et coûteuse. Si nous ne croyons pas à l’intérêt de cette mesure pour l’élevage, nous ne doutons pas qu’imposer l’usage de gadgets électroniques à toute une profession ouvrira un marché fort intéressant à l’industrie des nanotechnologies, particulièrement bien implantée en France.

Les éleveurs qui ne posent pas cette boucle électronique sont passibles de sanctions financières très lourdes. Un couple d’éleveurs de la Drôme s’est ainsi vu supprimer ses aides PAC au titre de la conditionnalité des aides équivalant à 8.000 €.

Nous acceptons d’autant plus difficilement cet empressement de la France à imposer la mesure qu’elle va totalement à l’encontre d’un rapport parlementaire européen de 2008, signé par notre actuel ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll. Nous sommes donc en droit de nous interroger sur un tel retournement de situation...

Enfin, nous avons de profondes inquiétudes sur l’avenir d’une société qui puce de plus en plus largement les êtres vivants et qui ne voit de salut que dans toujours plus de technologie.

Autre facette de l’industrialisation de l’élevage, promise pour 2015, l’obligation de se fournir en reproducteurs mâles certifiés, c’est-à-dire issus de centres de sélection. Autrement dit, il s’agit d’interdire aux éleveurs les échanges de mâles entre les fermes, comme cela s’est toujours fait.

Les mâles ne seront donc plus sélectionnés que sur des critères propres à l’industrie. Exit les multiples critères paysans qui assurent diversité génétique, rusticité, résistance aux maladies, etc. La seule chose que l’élevage risque de gagner avec une telle mesure, c’est la dégradation du capital génétique existant et l’apparition de nouvelles maladies. Mais soyons rassurés, l’industrie saura inventer les remèdes et vaccins nécessaires !

La transhumance que nous organisons a pour objectif de faire connaître le plus largement possible notre situation et nos positions. Nous souhaitons que la population soit consciente de ce que signifierait la disparition totale des élevages non industriels pour l’environnement, le bien être animal et la santé des hommes et des femmes. Nous pensons que les animaux sont autre chose qu’un objet industriel permettant de faire de l’argent et que les éleveurs doivent rester libres de leurs pratiques pour faire perdurer la notion du vivant dans leurs rapports avec les animaux.

Quant à l’administration, et donc à l’Etat, nous souhaitons lui signifier notre refus catégorique de nous plier à des exigences qui ne servent que l’industrie. Après avoir déjà rencontré à plusieurs reprises différents représentants locaux de l’administration qui nous disent ne pas être en mesure de répondre à nos revendications, nous sollicitons une rencontre avec Monsieur Le Foll, Ministre de l’Agriculture, lors de notre arrivée à Valence pour lui demander la levée de l’obligation de l’identification électronique et la suppression du projet de mâles certifiés.


Complément d’info

Les bergers et les chevriers de la Drôme ont décidé de mener une fausse transhumance au départ de Mornans ce 28 janvier et jusqu’à l’arrivée prévue le 1er février à la Préfecture de Valence, en guise de protestation contre de nouvelles législations dont ils ne saisissent pas la légitimité : celle de poser des puces RFID à l’oreille des brebis et des chèvres premièrement, et celle de se conformer à des exigences génétiques pour tous les animaux d’élevage qui se profile deuxièmement.

(...)

Nous concevons notre action (qui met en jeu très directement la survie de certaines exploitations) comme allant au-delà de préoccupations personnelles ou professionnelles : nous pensons que ces problèmes regardent l’ensemble de la société.

Nous sommes attachés au jeu démocratique qui vise à laisser place au débat, à l’échange contradictoire, à la rencontre, et bien sûr à la protection du vivant tant pour la santé des bêtes que largement pour celle des "consommateurs". Nous faisons de l’"élevage" et non de la "production animale".

Il nous semble enfin qu’il y a un aussi enjeu d’humanisme à s’opposer à ce que les animaux et l’agriculture en général soient sans cesse considérés uniquement comme de nouveaux marchés pour tous les invendus des industries techniques, bancaires, chimiques, génétiques, nanotechnologiques... "innovantes" : c’est le vivant, celui-ci ne peut être réduit au statut de Marché, avec lequel nous n’avons pas signé de pacte démocratique.

Nous souhaitons donc que ce moment soit avant toute chose un moment de fraternité et de partage autour du questionnement démocratique qui nous anime.

Pour ouvrir son sens, nous souhaitons le partager avec tout un chacun.
C’est pourquoi nous invitons tous les Habitants à venir simplement marcher avec nous, pendant une demi heure, une heure, un jour, assister et participer à une soirée film dans les villages traversés, une pause repas, ou l’arrivée à Valence. Les bergers attendent la rencontre, et souhaitent expliquer leur engagement.




Source : Transhumance festive

Ecouter aussi : Pourquoi s’opposer au puçage des moutons ?



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