Nous voulons la terre !

Durée de lecture : 2 minutes

12 novembre 2009 / Morgan Ody


« Faute d’opposer à cette grisaille quelque chose de rayonnant et de fort, quelque chose qui soit la promesse d’un recommencement dans des lieux entièrement nouveaux, nous sommes perdus, perdus pour de bon et pour toujours » (1). Le sentiment d’urgence qui poussait Etty Hillesum à écrire ces lignes en 1942 résonne aujourd’hui d’une actualité fracassante.

J’ai trente ans et chaque matin, en écoutant les nouvelles, je vois l’étau se refermer. Précarité, fichage génétique, privatisations, militarisation, destruction de la biosphère : voyez le bel avenir auquel nous sommes promis !
Alors nous avons commencé à chercher. Je dis nous, parce que, très vite, je me suis aperçue que nous étions des tas, à 20, 25, 30, 35 ans et plus, à chercher QUOI FAIRE ? Quoi faire pour ne pas se noyer dans la colère, la peur ou le désespoir, quoi faire pour ne pas sombrer dans le vide sidéral du non-sens qu’on nous propose comme seule perspective de vie ?

Certains sont allés dans les pays du Sud, et là on nous a dit « Rentrez chez vous, c’est de là que viennent nos plus grands problèmes, c’est vos sociétés qu’il faut changer ! ». Nous avons lu des livres, sommes allés à des conférences et à des forums sociaux, avons participé à des manifestations. Et puis nous en avons eu assez de toute cette impuissance.

Nous avons décidé de devenir paysans et paysannes. Nous voulons reprendre en main nos destinées individuelles et notre avenir collectif. Nous voulons vivre, enfin, prendre à bras le corps cette responsabilité d’êtres humains qui mangeons et buvons, qui façonnons le paysage, qui nourrissons la terre pour qu’en retour elle nous nourrisse.

Cette perspective est pour nous ce « quelque chose de rayonnant et de fort ». Elle est, à l’heure où chacun de nos gestes et de nos gènes tendent à être contrôlés, brevetés, expropriés et privatisés, une entrée en résistance.

Ce faisant, nous nous engageons avec vous dans les luttes pour la souveraineté alimentaire et la réforme agraire, dans la réappropriation de nos territoires et la reconstruction de sociétés plus solidaires.

« Reclaim the fields » est notre mouvement ! Nous voulons la terre ! Nous voulons devenir paysan-ne-s pour changer le monde, pour reconstruire, avec tous ceux et celles qui eux-aussi étouffent sous l’engrenage capitaliste, un espoir pour le futur.

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(1) Etty Hillesum (Pays-Bas 1914 – Auschwitz 1943), in Une vie bouleversée, coll. Points, 1995




Source : http://www.confederationpaysanne.fr...

Morgan Ody est paysanne en cours d’installation dans le Morbihan.

Lire aussi : Les paysans sans terre se rassemblent dans l’Hérault http://www.reporterre.net/spip.php?...

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