OGM : si on leur appliquait les mêmes critères qu’à l’étude de Séralini, les autres études devraient être annulées

16 décembre 2013 / Hartmut Meyer et Angelika Hilbeck

Une analyse comparative des études d’alimentation d’OGM avec les rats a été menée. Elle montre que, si l’on appliquait aux autres études les critiques portées contre l’étude de Gilles-Eric Séralini, la majorité d’entre elles, dont celles de Monsanto, devraient aussi être rejetées. Il y a bien eu, en l’espèce, une décision arbitraire contre celle de M. Séralini, critiquée par l’EFSA et retirée


Une controverse récente a porté sur la validité de l’étude publiée par Séralini et al. en tant que preuve suffisante pour remettre en cause la sécurité du maïs NK603 et de sa technologie d’accompagnement à base de glyphosate.

Cette étude de deux ans sur des rats nourris avec le maïs NK603 génétiquement modifié a suscité un débat scientifique et public international, ainsi que des réponses réglementaires de la Commission européenne. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), appliquant de façon rétroactive ses récentes recommandations sur les études d’alimentation de quatre-vingt dix jours, a rejeté l’étude de Séralini comme présentant des lacunes conceptuelles et méthodologiques.

Notre analyse comparative des trois études concernant le NK603, dont une étude de Monsanto sur quatre-vingt dix jours, a montré qu’elles souffrent de lacunes comparables, et qu’aucune n’est conforme aux critères d’évaluation de l’EFSA. Le rejet d’une seule de ces études est donc injustifié scientifiquement.

Nous montrons également que, dans vingt-et-une autres études d’au moins douze mois sur l’alimentation des rats, les critères de l’EFSA ne sont pas appliqués couramment. L’examen révèle qu’il y a donc deux poids, deux mesures dans l’évaluation des études d’alimentation présentées comme des preuves de sécurité pour obtenir l’approbation réglementaire de l’EFSA.

La principale différence entre l’étude du groupe français et celle de Monsanto réside dans la présentation des données finales. En janvier 2013, le groupe français a déposé ses résultats bruts chez un notaire et mis comme condition d’accès la possibilité d’avoir accès également aux données brutes de Monsanto sur la sécurité du NK603 et du glyphosate. Peu après cette annonce, l’EFSA a permis le libre accès aux fichiers NK603 sur sa page web. Mais les données des tests de sécurité avec le glyphosate sont restés confidentiels, comme c’est généralement la règle pour les données sur les pesticides.

En ce qui concerne le choix des rats, nous concluons que Monsanto, Hammond et al. et également Séralini et al. ont tous une approche pragmatique. Le choix de l’espèce de rat était approprié puisque Séralini voulait répéter l’étude d’alimentation de quatre-vingt-dix jours de Monsanto, mais pendant plus longtemps et avec des paramètres mesurés différents. Nous concluons également que la souche de rats SD utilisée est standard pour les tests de toxicité et de cancérogénicité.

Un rejet de la validité de l’étude Séralini sur la base du choix de rats montrerait un manque de familiarité avec le domaine scientifique. Ou alors ces critères de critique devraient s’appliquer à tous les essais de cancérogénicité menées à ce jour avec cette souche de rats et nous laisserait donc avec très peu d’études de cancérogénicité valides. La critique de l’étude Séralini sur la base de l’absence d’une explication scientifique du choix de la souche de rat s’appliquerait de manière similaire aux publications de Monsanto et Hammond.

Nous soutenons ainsi que l’approche actuelle qui est de considérer comme « biologiquement non pertinentes » des différences statistiquement significatives entre les organismes génétiquement modifiés et leurs parents, sur la base de contrôles de référence supplémentaires, manque de rigueur scientifique et de justification juridique selon le système de l’Union européenne (UE).

Nous constatons que depuis vingt-trois ans, la réglementation européenne des évaluations des risques engendrés par des cultures génétiquement modifiées et leurs approbations, se développe en un corpus réglementaire qui se constitue selon des exigences réglementaires états-uniennes, lesquelles sont fondées sur des principes tout à fait différents de ceux de l’UE.

Ce n’est que récemment que les autorités de l’UE ont commencé à construire une réglementation d’application qui leur soit propre, basée sur la mise en œuvre de sa propre législation et conforme à l’approche de l’UE en matière d’évaluation des risques.

Tant que ces problèmes ne seront pas résolus, nous ne prévoyons pas que le débat public ou scientifique s’apaise.



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Source : Adaptation pour Reporterre par Elisabeth Schneiter de l’article signé par Hartmut Meyer et Angelika Hilbeck, et paru dans Environmental Science Europe le 1 décembre.

Photo : Suite 101.

Lire aussi : OGM : une nouvelle offensive est lancée contre l’étude de l’équipe Séralini.


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