Obama et la fin du festin

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4 mars 2009 / Hervé Kempf




Barack Obama, le nouveau président des Etats-Unis, a prononcé le 24 février, devant le Congrès, le discours définissant concrètement la politique qu’il entend mener, précisée le 26 février par la présentation de son projet de budget.

Cette politique est-elle écologique ? Répond-elle à la question qui dominera les prochaines décennies ?

On ne pouvait certes pas faire pire que George Bush en matière d’environnement. Mais M. Obama va plus loin qu’une simple correction du désastre : il regonfle les moyens de l’Agence pour l’environnement (EPA), il relance l’efficacité énergétique dans le parc des bâtiments de l’administration, il prépare un marché des émissions payantes qui générera des revenus utilisés à aider les ménages modestes, il stimule la production d’énergie renouvelable, il investit dans les « technologies propres ».

Changement fort ? Incontestablement. D’orientation ? Oui. Radical ? Que les foudres des obamaniaques s’abattent sur ce chroniqueur ! La réponse est : non. Dans son discours, M. Obama mentionne la question écologique presque en passant, en la réduisant au changement climatique. Il avait annoncé en d’autres occasions que son objectif était de réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) de son pays en 2050. Ce choix majeur est oublié dans le discours du 24 février. Seul reste l’objectif de développer les énergies renouvelables, surtout motivé par le désir de réduire la dépendance aux importations, et l’annonce du marché du CO2. « Nous doublerons en trois ans la production de la nation en énergie renouvelable. » Pour autant que la réalité économique permette une telle évolution, elle ferait passer la part de l’énergie renouvelable (non hydraulique) dans la production d’énergie par les Etats-Unis de 6 % (dont l’essentiel en agrocarburants) à 12 %. C’est important, mais ne change pas vraiment la donne.

M. Obama n’a pas dit, ni même suggéré, à ses concitoyens - premiers émetteurs au monde de GES - qu’il fallait réduire considérablement leur consommation d’énergie. Peut-être n’est-il pas encore possible à un responsable politique de dire que l’heure est à la sobriété. En fait, la très grande majorité de ces responsables semblent croire qu’en remplaçant le pétrole par des plaques solaires et des éoliennes, l’« american way of life » pourra se perpétuer. C’est oublier et le coût de l’énergie et la crise écologique.

M. Obama conduit une politique sociale aussi audacieuse que l’état des choses le permet. En corrigeant les inégalités, en investissant dans l’éducation et dans la santé, il permet à sa société de s’orienter vers des activités à moindre impact environnemental. La crise économique lui impose d’agir à court terme, par une relance budgétaire massive pour éviter l’écroulement, et en allant vers un système financier libéré de l’excès d’endettement. Il reste à ce grand pédagogue à préparer son peuple à la réalité de l’avenir : le festin énergétique s’achève.






Source : Article publié dans Le Monde du 1-2 mars 2009.

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