Obama pas clair sur le nucléaire

7 novembre 2008 / Laure Noualhat



Sénateur de l’Etat le plus nucléarisé des Etats-Unis, l’Illinois, Barack Obama a vu sa campagne financée pour une petite part par l’industrie nucléaire.

Comment Obama va-t-il orienter la politique énergétique de son pays ? Beaucoup attendent qu’il replace les USA au cœur du dispositif de Kyoto. Nous verrons bien à Poznan début décembre, lors de la réunion internationale sur le climat. D’autres préfèreraient qu’il réduise la dépendance du pays au pétrole. On a les attentes qu’on peut. Moi, Obama, c’est sur le nucléaire que je l’attends. Avant d’être président, il était sénateur de l’Illinois, l’état le plus nucléarisé des Etats-Unis. Alors, forcément, je me dis qu’il connaît un peu le dossier.
Il doit le connaître d’autant mieux que l’électricien Exelon, premier opérateur nucléaire du pays, est le premier employeur de son état. Au fil de sa carrière politique démarrée en 1998, Obama a touché des centaines de milliers de dollars de l’industrie nucléaire américaine. A chaque campagne réussie ou ratée qu’il a entreprise, il a reçu des sous. Ce qui est chouette aux USA, c’est qu’on peut obtenir facilement le nom, l’adresse du donateur, le montant de son chèque, et même le nom de son employeur. Les employés d’Exelon sont nombreux à avoir contribué à la campagne d’Obama. De petites en grosses donations, à mi-parcours en juillet 2008, ils formaient le 4e contributeur avec 269000 dollars. Vous me direz, sur plus de 600 millions de dollars, c’est peanuts.

Sénateur de l’état le plus nucléarisé du pays, Obama ne pouvait pas éviter les grandes largesses de l’industrie. Et il a bien fallu qu’il renvoie un peu l’ascenseur... C’est ce qu’il fit lorsque ce fut nécessaire. En 1996, 1998, 2000 et à d’autres dates restées inconnues, la centrale de Braidwood située à 80 km de Chicago, a rejeté des effluents radioactifs qualifiés d’inoffensifs. Ils ont tout de même contaminé les nappes phréatiques du coin avec du tritium. On ne l’a appris qu’en 2005. Alors les habitants en ont eu marre et ont réclamé une loi imposant aux électriciens d’informer le public des dépassements des normes de rejets. Barack n’a pas réellement voté en faveur de cette loi, préférant retravailler les termes du texte : d’obligatoire, la déclaration d’incident est devenue volontaire. L’Etat de l’Illinois poursuit Exelon en justice depuis 2006.

Au Etats-Unis, 104 réacteurs fournissent 21 % de l’électricité du pays. Dans un avenir proche, aucun projet de construction de centrale n’est en cours. Trois dossiers sont néanmoins à l’étude, mais le processus est long et la crise financière a peut-être refroidi les ardeurs des énergéticiens (Exelon, Constellation Energy, …). Ces entreprises privées soumises à des obligations de résultat n’aiment guère flirter avec le risque depuis Three Miles Island. C’est empêchant un accident nucléaire : ça s’incruste dans la mémoire de la population comme une aventure extraconjugale s’installe à jamais dans un couple. Donc, aux USA, la relance du nucléaire n’est pas gagnée. Pourtant, Obama la souhaite ardemment. "Je suis pour la construction de nouvelles centrales, à condition qu’il existe une technologie sûre pour les déchets" déclarait-il en aout dans l’état du Nevada. Que va-t-on faire des déchets ? Début 2004, 49000 tonnes de combustible usé patientaient au fond des piscines des réacteurs avant d’être temporairement stockées dans des châteaux à sec à côté des centrales. En 2025, il s’agira de 90000 à 100000 tonnes.

Yucca Mountain (Nevada) est pressenti pour être le site d’enfouissement de ces déchets. Prévu pour accueillir 60000 tonnes de combustible usé, il n’existe pas encore qu’il est déjà plein. Peu fiable d’un point de vue géologique, le site peine à s’ouvrir et les retards accumulés coûtent 11 milliards de dollars par an au DoE : c’est le prix à payer pour conserver les déchets sur les sites des centrales, et c’est au DoE –donc aux Américains- de l’acquitter.
Moins d’une semaine avant l’élection américaine, le 31 octobre, Areva publiait un discret communiqué de presse annonçant l’obtention d’un contrat de 2,5 milliards de dollars pour la gestion du futur site de stockage de combustibles nucléaires usés de Yucca Mountain (Nevada). Le problème, c’est que Yucca Mountain n’existe pas.
Plus exactement, Yucca est en stand-by depuis des années. Le département de l’énergie américain a déposé sa demande de licence en juin 2008 seulement, soit 4 ans plus tard que prévu. Mais cela ne l’empêche pas de confier la gestion de ce centre par anticipation à USA Repository Services LLC, composé d’AREVA, Shaw Group et URS Washington Division. Ce contrat, d’une durée de cinq ans avec une option pour cinq années supplémentaires, s’élève à 2,5 milliards de dollars.

C’est pratique pour Obama. Lui qui ne s’est jamais clairement exprimé au sujet du site – que les démocrates du Nevada refusent obstinément – n’aura même pas besoin d’accorder le contrat puisque c’est déjà fait. En 2005, il a tout de même voté deux fois le financement de programmes à Yucca. Pour un montant global d’un milliard de dollars. Hillary Clinton, elle, s’était clairement prononcé contre Yucca. Elle avait même accusé Obama de n’avoir jamais assisté aux discussions sur le dossier au Sénat. Si elle avait été élue, qu’aurait-elle pu faire ?

J’aurais bien voulu me réjouir plus longtemps de l’élection de cet homme à la tête de l’empire en déclin. Mais quand je regarde ses états de service via le prisme nucléaire, je frémis. Il voulait le changement et nous retombons dans les mêmes travers : lobbying, élections, décisions politiques téléguidées.




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Source : le blog de Laure Noualhat : http://environnement.blogs.liberati...
Journaliste à Libération, Laure Noualhat prépare un reportage télévisé de longue haleine sur les déchets nucléaires à travers le monde.

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