Obsolescence : on peut l’éviter !

Durée de lecture : 4 minutes

25 septembre 2012 / Serge Clavéro



Organiser la réparabilité des objets limiterait l’énorme gaspillage que génère la société de consommation


L’article récent sur l’iPhone 5 et les graves conséquences pour l’environnement de l’obsolescence programmée mérite que nous réfléchissions avant de jeter téléphones ou ordinateurs portables. Les matières premières mobilisées pour ces objets seront pour certaines comme l’or, l’étain voire le cuivre épuisées d’ici 10 à 20 ans. D’autres ressources comme le coltan (et les terres rares) sont non seulement rares mais extraites dans des conditions inhumaines. De plus elles feront défaut pour nos éoliennes, véhicules électriques et panneaux solaires.
Raison de plus en cette période d’austérité prévisible pour militer en faveur d’objets durables. Ce progrès est doublement possible : par la qualité et par la maintenabilité.

La baisse de durabilité n’est en rien une fatalité. La robustesse de nos voitures dont nous n’avons plus conscience mais qui parcourent 3 ou 400 000 km n’a plus rien à voir avec celle de nos fragiles 4CV des années 50 et Dauphines des années 60.

Quant à l’obsolescence on peut y voir deux sources. L’une est psychologique – pression de la publicité, bien sûr, mais aussi démission de notre esprit critique et de nos repères philosophiques - perte de respect pour la nature et pour le travail des hommes. L’autre obsolescence vient de l’impossibilité de réparer les objets usuels – lesquels deviennent aussi de plus en plus complexes.

Comment palier cette invasion d’aliens technologiques ? Comme toujours : par la connaissance et la communication. La guerre de 39-45 a été gagnée au prix d’innombrables sacrifices humains, mais aussi par un suivi extraordinairement moderne et précis du matériel, un dispositif de gestion des pièces détachées et des procédures de réparation qui ont donné naissance en particulier à toute la maintenance aéronautique

Nous ne pouvons pas forcer les fabricants d’électroménager et encore moins Apple à fournir la documentation technique détaillée et les pièces détachées pour leur matériel. Pourtant, pour beaucoup d’équipements, les pièces les plus fréquemment défaillantes sont des pièces standard : les roulements à bille pour les machines tournantes (aspirateurs, robots ménagers, machine à laver) , les condensateurs (écrans plats) et surtout les batteries et chargeurs (téléphones portables, outillage électro portatif). Dans d’autres cas les écrans des téléphones sont à la fois fragiles, chers et complexes.

Dans l’intérêt des consommateurs il suffirait de rendre disponibles (et démontables) un nombre limité de pièces non standard comme les écrans à des coûts raisonnables. Ensuite un effort de standardisation des batteries notamment permettrait à la fois d’abaisser les coûts et de faciliter les réparations. Enfin des manuels techniques détaillés devraient être rendus disponibles sur Internet par le constructeur. Par exemple, avez-vous essayé de réparer un simple robinet mitigeur de cuisine ? Un joint torique de quelques euros évite la mise à la casse ou l’achat de sous-ensembles hors de prix – mais vous ne trouvez nulle part la procédure technique.

Le coût de l’ensemble de ces dispositifs reste dérisoire. Les appareils les mieux en conformité pourraient faire l’objet d’un label – basé sur la présence d’une documentation montage/démontage et un taux de réparabilité (rapport prix des pièces/prix de l’appareil). Ce label ouvrirait la voie à une saine émulation commerciale en lieu et place d’une intoxication addictive.

Le revers de la médaille ? Dans les pays développés l’amélioration des automobiles fait que, en dépit de l’effet rebond, on vend moins de voitures. Pour l’aéronautique, le suivi rigoureux du « coût moyen de possession » et du MTBF (mean time between failures, temps moyen entre pannes) a considérablement réduit les frais de maintenance… et mis en difficulté de nombreux réparateurs.

Des machines plus robustes, réparables et durables se traduisent par une production en baisse. Combiné à l’accroissement de la productivité dans le monde entier et à la démographie qui provoque un phénomène en ciseaux entre consommateurs producteurs (les premiers augmentant moins vite leur consommation que la capacité de production cumulée des seconds) nous rejoignons les conclusions de nombreux écologistes : travaillons moins pour ne pas produire plus et la planète vous dira « merci ».






Source : Courriel à Reporterre

Image : Quiet environmentalist

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