Tribune —
On est tous des Holsteins
Hier, dans le bocage et les alpages, montbéliardes, tarines,vosgiennes ou normandes pâturaient librement à la recherche de fleurs et graminées. A chacune sa spécialité pour dénicher ce qui ferait l’arôme et la richesse du comté de Marguerite, de la tomme de Câline, du munster d’ Harmonie ou di livarot de Princesse.
Puis vint le jour où leur costume comme leur morphologie devirent le frein au progrès. On décréta dorénavant que la norme serait le costume officiel, blanc et noir avec matricule poinçonné sur la boucle d’ oreille plastifiée, que la surcharge pondérale était un obstacle à l’ amélioration de leur performance.
Les experts décidèrent que seule la HOLSTEIN répondait au critère de productivité : moitié moins lourde que ses cousines , prisonnière de son unité de production, sélectionnée pour sa docilité et sa vitesse de traite, chargée à la farine animale , elle pissait du lait et du lait et encore du lait…. au moindre signe de baisse de production sur sa courbe informatisée son destin était scellé…..direction Hamburger.
Et l’ homme dans tout cela ? Il travaillait dans son village, son canton ou son département pour un salaire que vint bientôt lui disputer un producteur contraint de produire moitié moins cher, lui-même remplacé par un autre producteur cette fois optimisé , plus petit ,moins gourmand, captif de son unité de production…..
Une seule fois, il exista un producteur, moins coûteux, sans revendication ni espérance qui s’ interrogea sans trouver la réponse au slogan qu’ on lui imposait : le travail rend libre – arbeit macht frei.
He oui, pour certains, l’homme n’est pas plus qu’une Holstein, mais il n’est pas politiquement correct de le dire, on ne peut que le penser : on est tous des Holsteins.