PMA et mariage homosexuel : Jacques Testart prend position

Durée de lecture : 3 minutes

12 janvier 2013 / Jacques Testart

« Je résiste à la perspective de l’assistance médicale à la procréation pour les homosexuels comme je me suis opposé au don anonyme de gamètes. »


En me présentant comme un fervent technophile, Michel Sourouille oublie mon combat ancien (L’oeuf transparent, 1986) contre les dérives de l’AMP.

Il faut d’abord convenir qu’une PGM [plante génétiquement modifiée] est plus « artificielle » qu’un bébé fivète, ou alors le bébé né après chirurgie réparatrice des trompes de sa mère est aussi un bébé « artificiel » ! J’ai défendu l’AMP [Assistance médicale à la procréation] qui réalise le même bébé que celui que ses parents auraient conçu s’ils n’étaient pas stériles, et c’est dans cet esprit qu’il faut lire les phrases qui me sont attribuées hors contexte.

C’est pourquoi j’ai défendu la procréation aléatoire contre
la reproduction normative (Des hommes probables, Seuil, 1998) ma conviction étant que le plus grave problème induit par l’AMP est la sélection des humains avec le DPI [diagnostic pré-implantatoire].

Pour le reste, est-ce un a priori que de vouloir « combattre la stérilité » ? Résister à l’emprise technologique consiste t-il à refuser toute technique ? L’auteur peut-il me montrer une personne qui y aurait réussi ?

J’ajoute que je résiste aussi à la perspective de l’AMP pour les homosexuels
comme je me suis opposé au don anonyme de gamètes.

Pour poursuivre la réflexion induite par Illich, « l’effet de seuil » en AMP
se situe pour moi dans son recours soit hors stérilité (GPA pour les homos
mais aussi « gardiennage » des ovules de jeunes femmes pour plus tard), soit pour calibrer l’enfant à naître (DPI). En deçà, l’AMP ne crée pas un
besoin puisque celui-ci préexiste et disparaît dès satisfaction, contrairement à l’automobile. Au-delà, les atteintes sont graves et irréversibles.

La nuance de Kaczynski entre techniques cloisonnée ou systémique est
pertinente mais comment adopter une position théorique sans s’interroger sur les réalités ? Pour faire un pontage coronarien, où est la technique
cloisonnée ?

Si on veut être réaliste il faut assumer une grande partie des techniques
déjà considérées comme des acquis par nos contemporains (même au delà des pays riches) et poser la question : veut-on en inventer d’autres ? C’est
exactement ce que j’écrivais il y a 28 ans, et que je ne renie pas. Mais
peut-on sérieusement revenir en arrière, par exemple sur la fivète (qui
n’est pas toute l’AMP) ?

Poser démocratiquement des limites et les faire respecter partout est un enjeu plus modeste que l’effacement du possible mais il semble déjà illusoire, non seulement parce qu’on peut faire ailleurs ce qui est interdit ici (voir la GPA, l’achat de gamètes et embryons dans les pays limitrophes) mais aussi parce que « les gens » en veulent plus jusqu’à la catastrophe qui peut les rendre raisonnable mais bien tard.

On pourrait interdire les PGM (elles sont sans avantage pour les
consommateurs) et limiter l’AMP à la stérilité (déjà des millions d’enfants
nés de fivète), mais ces propositions exigent des combats argumentés et un
jugement démocratique (conventions de citoyens) plutôt qu’un refus global
théorique.

La dernière phrase introduit une équivalence entre AMP et artifice inutile,
comme si tous les patients de l’AMP étaient naturellement fertiles

Je suis d’accord avec la proposition : « Cette idée de lier durabilité et
simplicité nous semble favorable à une perception raisonnable qui donne aux générations futures des chances de perdurer au moindre mal. Le choix social, si ce n’est éthique, reposerait alors sur des bases plutôt objectives : un avenir qui se veut durable »
.

C’est le thème du bouquin que je viens de commencer...




Source : Courriel à Reporterre

Photo : Reporterre

Complément d’information : Jacques Testart, « La procréation surmédicalisée »

Lire aussi : Le mariage homosexuel est-il soluble dans l’écologie ?

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