Par solidarité, on arrondit à l’euro supérieur

Durée de lecture : 4 minutes

9 octobre 2013 / Christophe Carmarans (RFI)

L’arrondi solidaire consiste à arrondir à l’euro supérieur vos courses en magasin, la différence étant reversée à des associations caritatives. Après des débuts timides, cette opération, qui en appelle à la générosité du public, entre dans une nouvelle phase, en partenariat avec la grande distribution.


Faire simple et efficace, tel est l’objectif de l’arrondi solidaire, démarche caritative inspirée d’ « el arondeo », une pratique née au Mexique il y a une quinzaine d’années qui s’est ensuite propagée en Amérique du Sud puis dans certains pays d’Europe. Le principe est très simple : il consiste à arrondir à l’euro supérieur le montant d’un achat lors d’un passage en caisse. La différence est ensuite reversée à une cause d’intérêt général.

Exemple type : vous avez acheté pour 45,83 euros de courses dans votre supérette habituelle, qui a eu l’excellente idée de s’associer à l’opération. L’employé(e) de caisse vous demande alors si vous souhaitez participer à l’arrondi. Si vous acquiescez, elle appuie alors sur un bouton de sa caisse spécialement configurée (grâce à un logiciel) et vous êtes alors facturé 46,00 euros tout rond. Les 0,17 euros de différence vont directement à une association de proximité, sans que vous ayez à faire un geste de plus.

C’est la société d’économie solidaire microDON qui est à l’origine de ce projet. Pierre-Emmanuel Grange et Olivier Cueille, ses deux fondateurs, tentent de la mettre en place depuis quatre ans déjà en France, mais ce n’est que cette année que leur initiative prend réellement forme avec le concours des enseignes Franprix, une chaîne de supérettes qui appartient au groupe de grande distribution Casino. Le Franprix de la rue Réaumur, en plein centre de Paris, sert depuis juillet de magasin pilote mais, début 2014, ce sont plus de 300 Franprix (sur les 900 que compte la chaîne) qui doivent être associés à l’arrondi.

« Je ne peux pas encore communiquer de chiffres mais les résultats sont très encourageants », confiait mercredi 18 septembre Pierre-Emmanuel Grange lors du lancement officiel de la campagne, au Franprix de la rue Réaumur, en présence de Benoît Hamon, le ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire. Même s’ils naviguent un peu à vue pour le moment, les fondateurs de microDON tablent sur une moyenne oscillant entre 60 et 120 euros par jour dans les Franprix parisiens où des animations sont prévues pour faire connaître le procédé.

« Quand je propose l’arrondi et qu’il y a une animation autour comme aujourd’hui, près de la moitié des gens acceptent », s’étonne Wahiba, l’une des caissières en poste ce jour-là rue Réaumur. Elle précise au passage que cette petite mécanique ne lui impose aucune charge de travail supplémentaire. « Moi, je donne à chaque fois », assure pour sa part Serge, un habitué du magasin qui vient y faire ses courses deux fois par semaine. « C’est comme laisser un pourboire au café. Et c’est pour une bonne cause, alors… », conclut-il dans un sourire. Selon un responsable de l’enseigne, environ 7% des clients ont donné depuis le début de l’opération.

L’exemple du Téléthon

Désormais bien informés, les clients du Franprix hésitent d’autant moins à donner qu’ils savent exactement où vont leurs centimes : à la Croix-Rouge et au Secours Populaire, les deux seuls organismes que microDON a pour le moment associés à l’arrondi solidaire. « Il y a un reporting quotidien : on sait jour par jour, magasin par magasin, combien d’arrondis ont été effectués par les clients », clarifie Olivier Cueille. « Et le reversement aux associations se fait périodiquement par virement à un fonds de dotation ». En l’occurrence, ce sont des associations de quartier, le IIe arrondissement de Paris, qui vont recevoir les dons.

En discussion avec d’autres groupes de la grande distribution comme Carrefour, Leclerc ou Cora, Olivier Cueille pense que l’émulation va jouer et inciter les concurrents de Franprix à se joindre au mouvement, question d’image de marque. « On rêve de conquérir quatre ou cinq enseignes de grande distribution alimentaire. Si on arrivait à faire participer 1% des Français, c’est plusieurs dizaines de millions d’euros qui seraient collectés chaque année », assure-t-il. « L’arrondi, espère-t-il, peut se hisser rapidement au troisième ou quatrième rang des événements de collecte majeurs en France, juste derrière le Téléthon qui, rappelons-le, collecte 80 millions d’euros par an ».


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : RFI.

Photo : Pierre-Emmanuel Grange, initiateur en France de l’Arrondi (RFI).

Lire aussi : Le crowdfunding - ou financement participatif - se développe.

13 novembre 2019
En Alsace, le village de Muttersholtz montre la voie de l’écologie
Reportage
12 novembre 2019
Qu’est-ce qu’un nano-plastique ?
1 minute, 1 question
12 novembre 2019
Près d’Orléans, les citoyens défendent la forêt contre les bulldozers
Reportage