Partout dans le monde et en France, des centaines de milliers de manifestants pour le climat

30 novembre 2015 / Camille Martin (Reporterre)

De Berlin à Toulouse, de Tokyo à Rennes, des manifestations multiples pour le climat.

Environ 600 000 personnes ont manifesté dans le monde

- A Berlin, contre le charbon

« Protéger le climat, arrêter le charbon », scandait dimanche la foule en passant devant la Chancellerie à Berlin. Ici, on marchait pour le climat, mais on marchait surtout contre l’énergie fossile. Dans le sillage des organisations de défense de l’environnement, 10 000 à 17 000 personnes ont ainsi rallié la Porte de Brandebourg avec un message clair : il est urgent d’agir.

Pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’Allemagne doit, selon Martin Hausding de Greenpeace, « immédiatement et très rapidement sortir du charbon. Les centrales, dans la Lusace ou dans la Ruhr, émettent beaucoup de CO2 et sont les plus polluantes d’Europe. La première étape, c’est de les fermer ».

La coalition au pouvoir a bien voté cet été la mise en sommeil de cinq centrales, mais Lara Dovifat, de l’ONG Campact, fustige, elle, la « décarbonisation XXS d’Angela Merkel et les subventions accordées aux grands groupes énergétiques pour qu’ils continuent à construire des centrales ».

Parti de la gare centrale à la mi-journée, le cortège comptait aussi dans ses rangs des Allemands qui avaient initialement prévu d’aller manifester à Paris, avant que la marche ne soit interdite. Des pancartes « We march together » marquaient la solidarité des Berlinois avec ceux qui n’ont pas pu défiler dans la capitale française.

La foule témoignait de son espoir que la Conférence de Paris aboutisse à un accord contraignant, mais n’oubliait pas que les précédents sommets sur le climat n’avaient pas tenu leurs promesses.

- Le Brésil mobilisé

Récemment touchés par une des plus graves catastrophes écologiques de leur histoire, les Brésiliens ont, eux aussi, participé à la Marche mondiale pour le Climat, ce dimanche 29 novembre, à la veille de la Conférence de Paris pour le Climat, à travers 19 villes du pays. À Rio de Janeiro, c’est entre les plages d’Ipanema et Copacabana que les 500 manifestants ont marché, vêtus de costumes bariolés, fidèles à la tradition du carnaval. Des hommes-arbres ont ainsi réclamé l’arrêt complet de la déforestation en Amazonie.

La protection de la forêt tropicale est l’une des préoccupations majeures des sympathisants écologistes, une question liée de très près à celle des ressources en eau. Le Brésil souffre à la fois de la sécheresse dans plusieurs régions, notamment dans le Nordeste, et d’épisodes pluvieux violents, par exemple dans le Sud, où plusieurs villes ont connu de graves inondations le mois dernier. à São Paulo, c’est d’ailleurs sous la pluie que 400 marcheurs se sont retrouvés pour parcourir sur l’Avenida Paulista, la plus célèbre avenue de la ville, récemment rendue aux piétons le dimanche, pour réclamer la fin de l’utilisation des énergies fossiles, et le renforcement d’une politique favorable aux énergies solaires et éoliennes. Les manifestants ont demandé par ailleurs la tenue d’une enquête approfondie après le désastre industriel qui a contaminé un fleuve et une région entière avec des déchets miniers, début novembre. Le Centre Brésil pour le Climat est l’un des organisateurs de la manifestation au niveau local. Son directeur exécutif, Alfredo Sirkis, présent à la Marche de Rio, ira dans les prochains jours à Paris. Il souligne que le Brésil est plutôt un bon élève relativement aux autres pays, mais qu’il faudrait faire plus en termes de réduction des émissions carbones face au défi du climat. Plusieurs artistes ont aussi soutenu le mouvement en offrant aux Paulistes une soirée de concerts dans le parc Ibirapuera, l’un des plus grands parcs urbains au monde.

- A Washington, timide marche pour le climat

Les Etats-Unis n’ont pas échappé aux marches pour le climat ce week-end, avec des rassemblements à Austin, Los Angeles, New York, et dans la capitale, Washington. Sous un ciel gris et presque pluvieux, entre 200 et 300 personnes en anorak, bonnets et capuches étaient réunies à la Maison Blanche dimanche après-midi. C’est peu, mais toujours un peu plus que la cinquantaine de participants qu’espérait Deirdre Shelly, une des organisatrices de 350.org. "Notre objectif est de mettre la pression sur Barack Obama, explique-t-elle en désignant la résidence du président américain, gardée par les agents du Secret Service. Et notre mobilisation est très largement axée sur l’appel à mettre fin aux énergies fossiles." "Hey hey, ho ho, fossil fuels have to go !", est donc l’un des refrains de cette (petite) marche dans la capitale américaine.

Lorsqu’un militant s’arme d’un microphone pour rappeler une première victoire remportée il y a quelques semaines, la suppression du projet de l’oléoduc Keystone XL, les applaudissements fusent. L’ambiance s’éteint quelques secondes plus tard quand l’organisateur appelle à une minute de silence pour tous les morts liés au changement climatique. Parmi la foule, Laurie avance avec sa petite fille de cinq ans, Sarah : "Je suis là parce qu’on peut tous faire quelque chose pour le climat." Evoquant la responsabilité écrasante des Etats-Unis dans les émissions de gaz à effet de serre, elle dit se sentir "particulièrement responsable en tant qu’Américaine".

Un peu plus loin, en tête de la marche, trois étudiants sont venus ensemble. Si Colleen admet n’y "connaître pas grand chose" en matière d’environnement, elle dit participer à la marche pour en savoir plus. Pour son ami Willie, plus militant, "la vie est sacrée : la terre doit donc être protégée au même titre que les êtres humains". En commençant par "lutter contre le gaspillage", pour lequel les Américains sont champions. Mais le jeune homme de 21ans semble peu convaincu par un accord à Paris : "Malheureusement je pense que je serai encore là dans deux semaines, pour dénoncer les décisions qui seront prises." Un nouveau rassemblement à la Maison Blanche est en effet déjà prévu par les Amis de la Terre. Il aura lieu le 12 décembre, au lendemain du dernier jour de la COP21.


A Ottawa, au Canada, 25 000 personnes se sont retrouvées pour affirmer que les solutions au changement climatique existent.

De Welligton aux plus petites îles de Nouvelle-Zélande, près de 15 000 personnes ont manifesté afin de réduire la pollution.

En Australie, les nations des îles du Pacifique ont rejoint les manifestants de Sydney, totalisant 40 000 personnes. Environ 50 000 personnes se sont rassemblées à Melbourne. Au total 140 000 habitants de l’Océanie sont sortis dans la rue ce week-end.

Un millier de Mexicains se sont réunis à Mexico pour rendre hommage à « la tierra madre », la Terre mère. Le gouvernement a promis de baisser de 22% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

5 000 personnes se sont rassemblées à Dacca, au Bangladesh, avec des fleurs dans la main.

Environ mille personnes ont défilé au Japon, à Tokyo. Le Japon, touché par l’accident de Fukushima, lutte aujourd’hui pour les énergies renouvelables.

3 000 personnes se sont rassemblées à Manille dans les Philippines, touchés par de nombreux cyclones. Les Philippines sont les îles les plus menacées par le réchauffement climatique.

1 500 militants écologistes se sont retrouvés dans la ville du Cap, en Afrique du Sud.

Partout en France des marches pacifiques

A Toulouse, le cortège était sous haute surveillance policière. Plus de mille personnes ont défilé dimanche aux cris de "État d’urgence, État policier. On ne nous empêchera pas de manifester" et "Dictature pour trois mois, ça ne changera pas le climat".

Lyon et Marseille ont organisé une chaîne humaine ce dimanche de midi à 13 heures, en même temps que celle de Paris. A Lyon, Alternatiba Rhône affirme avoir réuni plus de 800 personnes. A Marseille, la chaîne faisait plus d’un kilomètre sur le vieux port.

A Lille, dimanche, c’est une marche qui a eu lieu. Pour braver l’interdiction de manifester, les Lillois étaient invités à "se retrouver par hasard, entre 14h30 et 16h, quelque part à Lille". Ils se sont rejoints grâce aux réseaux sociaux. Deux mille personnes ont déambulé joyeusement dans le centre ville, la police n’est pas intervenue.

En Normandie, samedi, quelques rassemblements ont eu lieu. Une soixantaine d’habitants du Havre ont affronté les rafales d’un vent glacial, et se sont réunis à proximité des jardins de l’Hôtel de Ville avec banderoles et affichettes. A Caen, 300 personnes environ ont formé une chaîne humaine. A Rouen, quelques centaines de personnes se sont aussi rassemblées.

Côté Bretagne, à Rennes, 400 personnes se sont réunies place de la mairie. Encerclées par la police, elles ont marché en rond... A Brest, une chaîne humaine s’est également formée. A Quimper, des guirlandes de chaussures ont été accrochées sur les berges de l’Odet, en remplacement de la marche. A Hédé-Bazouges, au nord de Rennes, une particulière a elle réussi à réunir une trentaine de voisins pour une « marche » dans son jardin.

A Bordeaux, les organisateurs avaient opté pour une chaîne humaine. Des centaines de personnes se sont donnés la main place de la Victoire et sur les quais de la Gironde.

Dès samedi, à Chambéry, cinq cents personnes se retrouvaient pour former une chaîne humaine sur la place Genève.

A signaler également un rassemblement à Dijon, place de la Libération dimanche

Même à Jaujac, en Ardèche, une petite marche était organisée par le collectif stop gaz de schiste du département.

A Monaco, dimanche, la marche pour le climat était en revanche autorisée. La Fondation Albert II de Monaco elle-même appelait à défiler aux côtés de la famille princière, qui a fait venir l’Archevêque de Monaco, le gouvernement Princier ou encore les maires des communes limitrophes.

A Montpellier, même scénario dimanche. Un millier de personnes environ se sont donné la main puis ont marché pour le climat.

A Nantes, c’est samedi qu’une chaîne humaine s’est formée dans le centre-ville.

A Vichy, 130 personnes ont défilé pour le climat.



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Source :
. A Berlin, Sébastien Millard pour Reporterre
. A Sao Paulo, Mathilde Dorcadie pour Reporterre
. A Washington, Yona Helaoua pour Reporterre
Et pour le reste, la rédaction, soit Camille Martin.

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