Tribune —
Paysans boliviens et français : la rencontre
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Promouvoir la réappropriation de la vie économique par les peuples : un objectif commun à 8 000 km de distance.
MINGA, fédération d’acteurs engagés dans le commerce équitable, a organisé à la demande de l’ambassade de Bolivie, une rencontre entre travailleurs de terrain œuvrant pour une économie respectueuse des hommes et du vivant.
La Bolivie a inscrit le « vivre bien » pour le peuple dans sa nouvelle constitution. Vivre bien, qui s’oppose au « vivre mieux en consommant plus », dominant pour beaucoup notre système actuel.
C’est donc en Bolivie, plus précisément à Villa Tunari dans le département de Cochabamba, qu’ont eut lieux ces rencontres fin novembre 2009. L’occasion pour une trentaine de paysans, transformateurs et distributeurs de partager leurs savoirs, leurs idées et leurs expériences. Nature et Progrès était aux côtés de MINGA et des associations et syndicats partenaires de ce projet (dont le film verra le jour à la fin du premier trimestre 2010).
De la mise en commun des expériences boliviennes et françaises ont également émergés des réflexions et des propositions (que vous pouvez lire dans la déclaration commune ci-dessous). Promouvoir la réappropriation de la vie économique par les peuples - aux échelles locale, régionale, nationale et internationale- est une des grandes ambitions née de ces journées d’échange. Tous les acteurs sont tombés d’accord pour faire perdurer et concrétiser les propositions formulées, à travers des engagements concrets tels que l’interpellation des responsables politiques, la coopération entre travailleurs et enfin le développement de systèmes participatifs d’évaluation des pratiques, véritables alternatives au monopole des organismes de certification.
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Rencontre Franco-Bolivienne pour une économie équitable et solidaire
DECLARATION FINALE
Nous, petits paysans producteurs, transformateurs et commerçants, représentants de diverses organisations, sommes présents pour échanger nos pratiques et les valeurs qui nous guident dans nos relations humaines et avec la nature.
Ces valeurs culturelles, économiques, sociales et politiques sont le fondement même d’une économie populaire et équitable au service de l’être humain. On est arrivé à la conclusion commune que les problématiques sont partagées par tous les participants à la rencontre et que les luttes et résistances doivent s’organiser collectivement.
1- LE CAPITALISME, UNE SOCIETE DESTRUCTRICE DE LA NATURE ET DES ETRES HUMAINS
La mauvaise répartition de la richesse mondiale et l’uniformisation d’un modèle économique et culturel sont génératrices des inégalités post-coloniales à l’échelle planétaire. L’économie mondialisée favorise un productivisme sans limites, avec l’utilisation des produits chimiques, des semences hybrides et autres OGM. La surexploitation des ressources naturelles bouleverse les équilibres environnementaux tandis que les inégalités sociales s’accroissent. La crise globale a réactivé le débat autour des préoccupations alimentaires et du rôle nourricier des paysans. Les négociations agricoles doivent sortir de l’agenda de l’Organisation Mondiale du Commerce pour permettre aux peuples de retrouver leur souveraineté dans leurs choix politiques.
L’orientation du « bien vivre » inscrite dans la nouvelle constitution bolivienne est une voie à suivre. L’environnement économique participe à la destruction des solidarités et à la perte d’identité accentuée par l’homogénéisation d’un modèle culturel basé sur des valeurs individualistes et consuméristes.
Le débat autour de la préservation de la planète est largement récupéré par les multinationales du « capitalisme vert ».
Le changement climatique est la plus forte manifestation de la non-durabilité des modèles de développement économique. Nous devons participer à la construction d’un projet politique universel basé sur la justice environnementale, par la reconnaissance de la dette écologique, en luttant contre la marchandisation de la nature et des fonctions vitales de l’homme (eau, alimentation). Nous devons aussi participer à la maîtrise démocratique et collective des biens publics mondiaux (santé, éducation) afin de construire un monde meilleur pour tous sans aucune discrimination quelles qu’elles soient.
Les discussions à Copenhague (Décembre 2009) autour de la réduction des gaz à effet de serre (aménagement du protocole de Kyoto) doivent prendre la mesure des bouleversements climatiques qui impactent en premier lieu les pays du Sud et les populations paysannes des deux cotés de l’Atlantique.
2- PROPOSITIONS
- Soigner et préserver la Terre Mère contaminée pour obtenir une nourriture saine dans une perspective de santé publique et éducative
- développer une économie au service de l’être humain dans le respect des générations futures et qui encourage la sobriété en lien avec la finitude des ressources naturelles
- sauvegarder et transmettre les savoir-faire traditionnels
- protéger et sauvegarder les semences et favoriser la biodiversité
- encourager une agriculture respectueuse de l’environnement et de ses paysans par la promotion de la souveraineté alimentaire
- avoir une éthique de comportement envers la nature, des êtres humains et de leur diversité culturelle
- promouvoir les échanges entre producteurs locaux, nationaux et internationaux dans la perspective de rapports non marchand et de partage des connaissances
- encourager et pratiquer les circuits courts de distribution en participant au rapprochement des mondes urbain et rural par l’autonomie alimentaire de chacun dans la proximité
- promouvoir les échanges directs en s’organisant entre producteurs, transformateurs, distributeurs, usagers en limitant les intermédiaires et en assurant une transparence sur toute la chaîne
- contrôler les effets nuisibles de la technologie en la mettant au service de l’homme
- encourager la gestion autonome et les pratiques autogestionnaires
- participer à la conscientisation des jeunes sur la nécessité de la promotion de l’agriculture biologique à travers l’éducation et la formation de l’être humain
- participer à des recherches socioculturelles avant de proposer un projet de développement
- conserver et multiplier les exploitations agricoles à taille humaine de type familial
- chercher un nouveau modèle de certification sur la base de systèmes participatifs de garantie
3- ENGAGEMENTS DES SIGNATAIRES
Créer un comité de suivi et d’animation franco-bolivien pour coordonner les actions suivantes :
- Envoyer cette déclaration à d’autres organisations dans le monde et nos deux pays, afin d’élargir notre coopération et de fédérer nos différents réseaux
- Rédiger un document sur les conclusions de cette première rencontre
- Élaborer un site internet (avec un annuaire des organisations et des acteurs économiques, des documents, photos, forums de débats, etc.)
- Interpeller et soumettre des propositions concrètes aux responsables politiques
- Expérimenter des systèmes participatifs d’évaluation et de certification contrôlés par les acteurs eux- mêmes
- Soutenir des coopérations concrètes entre des travailleurs de Bolivie et de France
- Développer des banques de semences et des mesures de protection de la biodiversité
- Renouveler et renforcer les rencontres par un second rendez-vous co-organisé en mai 2010 par la Communauté d’Agglomération d’Aubagne et de l’Etoile (France) et les organisations signataires de cette déclaration.
Fait à Yapacani, le 21 novembre 2009