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Tribune —

Perdre le nord

Le « plan nord » envisagé au Québec conduit à une conclusion : les pays développés n’ont plus besoin de se développer.


Quand arrête-t-on de se développer ? La réponse habituelle à cette question est : vous ne pouvez pas refuser aux pays du Sud d’échapper à la pauvreté et de rejoindre, tant bien que mal, le niveau de confort des pays du Nord. Certes. Que donc se développent les pays du Sud.

Mais quand les pays du Nord doivent-ils, eux, arrêter ? Cette question s’y pose très concrètement quand se présentent les projets d’autoroute, zone industrielle, grande surface, lotissement, parking, etc. La raison devrait, dans la quasi-totalité des cas, conduire à en refuser la réalisation. La logique des intérêts économiques, qui camoufle sous les promesses de création d’emplois l’appétit du lucre, impose le plus généralement la coulée du béton. Le résultat de cette logique est l’aggravation constante de la crise écologique dans laquelle nous sommes engagés.

Ce mouvement général est presque insensible du fait qu’il résulte d’une myriade de décisions locales. Le Québec pose aujourd’hui le dilemme de manière très visible. Son premier ministre, Jean Charest, représentant des milieux d’affaires, a annoncé le 10 mars dernier [2009] devant l’Assemblée nationale de la Belle Province un « plan Nord » destiné à exploiter la région du Québec située au nord du 49e parallèle - un territoire grand comme le double de la France.

Le plan consiste à créer des grands barrages hydroélectriques et de vastes exploitations minières. De nouvelles routes seraient ouvertes. On peut supposer que l’industrie forestière demanderait à participer à la fête. Le Québec augmenterait ainsi ses exportations vers les Etats-Unis. Il va sans dire, comme l’a souligné le premier ministre, que « c’est un projet dont nous ferons un exemple de développement durable ».

Il va en le disant que ce projet générera indubitablement une pluie de dollars, mais incontestablement un torrent d’émissions de gaz à effet de serre, des pollutions de lacs et autres forêts, un appauvrissement de la faune lié au désenclavement de ces zones jusqu’à présent oubliées des hommes. Un ou plusieurs parcs nationaux seront certainement installés pour faire accroire à des citoyens volontiers crédules qu’au fond, le développement du Nord est une mesure de protection de l’environnement.

Ramenons le problème à sa brutale simplicité : s’il est vrai que le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution chimique sont des problèmes majeurs, il ne faut pas développer le Nord. Le Québec en a-t-il besoin ? D’après l’Institut statistique de cette province, le revenu disponible personnel par habitant y est sensiblement égal à celui de la France ou du Japon. On peut considérer que, comme dans ces pays, cela est suffisant et qu’il n’y a pas nécessité d’enrichissement. A la société québécoise de décider si, en l’occupant, elle veut perdre le nord. Mais la situation suggère une évidence valable pour tous les pays riches : les pays développés n’ont plus besoin de se développer.


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