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Peugeot s’en sortira par le gaz naturel plutôt que par le diesel

31 juillet 2012 / Jean-Claude Marcus




Les médecins de Molière ressuscitent au chevet de PSA : saignons les salariés, tentons la cure chinoise, attendons l’héritage du terrain, choisissons le paralytique pour guider l’aveugle, abandonnons le mourant pour aller concevoir ailleurs, etc.


En réalité PSA s’est entêté dans les moteurs Diesel qui sont mortifères et condamnés à disparaître, à commencer dans les zones où la pollution de l’air est trop forte. Les moteurs Diesel sont nocifs par leur fonctionnement même (taux de compression élevé) et leur carburant (gazole). Toutes les études mondiales le prouvent depuis plusieurs années et l’OMS s’est résolue à le faire savoir. 


La recherche technique chez PSA n’ignore rien des méfaits du Diesel. Elle a même alerté sur les dangers des filtres à particules qui laissent passer les plus fines qui sont les plus dangereuses. Elle a aussi étudié la nocivité des rejets par les pots catalytiques qui sont plus dangereux encore. Elle sait que les moteurs fonctionnant au gaz naturel (méthane, CH4) ne produisent ni microparticules ni oxydes d’azote. Elle sait que ces moteurs sont tout simplement des moteurs à essence qui peuvent aussi marcher au gaz et que les moteurs à essence sont, « par essence », bi-carburation. Elle sait que son partenaire Fiat en construit et en vend de grandes quantités, y compris pour les monter dans des carrosseries qui sont aussi celles de PSA.


Les études marketing de PSA connaissent la nocivité des Diesel, la condamnation de la France par l’Europe pour les risques sanitaires de la pollution de l’air, l’urgence à passer nos grandes agglomérations en zones d’actions prioritaires sur l’air (ZAPA).

Les études des transports montrent que l’automobile garde une forte inertie en Europe et en France. Par exemple, en Ile de France 80% des déplacements se font en voiture et, si l’on prétendait remplacer 2% des trajets en auto par des transports en commun, il faudrait augmenter de 20% leur capacité : la voiture en a encore pour longtemps.

Les études d’aménagement et d’urbanisme montrent clairement que les trois facteurs clefs qui pourraient ralentir l’emploi des voitures ne le feront pas. En effet, il faudrait simultanément :
-  réduire les distances domicile-travail,
-  réduire les heures de pointe,
-  et faciliter les échanges de domiciles, d’emplois, de formations.

Il reste donc un avenir de nécessité pour les voitures. Autant les concevoir plus vertueuses.


Au lieu de s’entêter dans le Diesel, PSA et l’Etat Français ont à gagner dans l’adoption progressive du gaz naturel véhicule (GNV, qui est du gaz comprimé). C’est un gaz plus abondant dans le monde que le pétrole. La France pourrait aussi en produire à partir des biodéchets qu’elle gaspille en les incinérant. En France moins de 1% des biodéchets est méthanisé pour faire du biogaz.


Tout proche d’Aulnay, Véolia Propreté roule en C3 GNV à partir du biogaz capté sur les ordures du centre d’enfouissement de Claye-Souilly : c’est le procédé Meth Od (pour méthane issu des ordures) qui préfigure une filière qui dominera en 2050. Pourquoi attendre ?

Nos ministres ont intérêt à montrer qu’ils ont une utilité, y compris pour redresser notre balance des paiements où l’importation de pétrole et surtout de gazole pèse lourd.


PSA a loupé le virage du GNV : le délai de 2013 suffirait à le remettre sur la route. La famille Peugeot pourrait s’y intéresser : la plus value des terrains sera plus forte en activité rentable qu’en friche, et le coût « d’outplacement » moindre, sans compter celui de la destruction de l’image de la marque.

La faisabilité est simple, progressive, disponible.

Commençons par les grandes agglomérations où le réseau PSA peut s’équiper de pompes GNV (c’est du gaz de ville comprimé) : succursales, agences, sous agences. Autour de Lille, Paris, Lyon, Marseille il y a déjà des dizaines de milliers de véhicules à renouveler, qui ne font même pas 100 kilomètres par jour, à commencer par les véhicules publics et territoriaux. Si les agglomérations de plus de 150.000 habitants - qui sont contraintes à un plan climat-énergies territorial - décidaient de passer en ZAPA et d’aider PSA à créer et développer la distribution de GNV, elles auraient rapidement les résultats en santé et en qualité de l’air que l’Europe attend. A défaut, la condamnation européenne va coûter beaucoup plus cher qu’un léger coup de pouce à la reconversion GNV en ZAPA dans les agglomérations où les nouveaux-nés perdent quatre années d’espérance de vie en respirant les microparticules et les oxydes d’azote.

Pas assez cher, mon fils ?





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Source : Courriel à Reporterre.

Jean-Claude Marcus anime GAIA (Gestion des Améliorations et Ingénierie Alternative) et organise la conférence « ZAPA : quelles priorités pour respirer mieux ? » le 26 octobre aux Respirations d’Enghien

Photo : Le site d’Aulnay-sous-bois (le pays.fr)

Ecouter aussi : Pourquoi faut-il un Yalta de l’automobile ?

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