Plutôt fermier que prisonnier‏

Durée de lecture : 2 minutes

10 janvier 2014 / Caroline Sueur (Le Courrier Picard)

A Moyembrie, en Picardie, des détenus en fin de peine ou tout juste libérés se réinsèrent en cultivant la terre.


Un air de retour à la liberté souffle sur la ferme de Moyembrie, en plein cœur du petit village axonais de Coucy-le-Château. Ici, une quinzaine de fermiers peu ordinaires travaillent chaque jour au bon fonctionnement de l’exploitation. Leur point commun : la prison. Ils sont soit sous écrou, soit en liberté sous condition, soit ex-détenu.

« J.F » est détenu depuis plus de deux ans et ne sera libre qu’en janvier prochain. Cependant, il ne voit plus les barreaux de sa cellule. Il vit, travaille, se nourrit, réapprend les règles de vie en pleine nature 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 jusqu’à la fin de sa peine. « J’ai très envie de sortir. J’ai fait une demande pour ma réinsertion et j’ai intégré Moyembrie à la mi-mars. » Le juge d’application des peines lui a accordé l’autorisation d’intégrer les lieux. Ce trentenaire, qui n’a jamais jardiné de sa vie, a endossé le rôle de responsable des serres.

À l’horizon : chèvres, poules, et pas de surveillants...

Tout travail mérite salaire : il reçoit une rétribution de 620 euros et verse 200 euros en contrepartie. Les jours se suivent et se ressemblent : debout à six heures, « j’ouvre les serres à sept heures. Toute la matinée, je ramasse les légumes, bêche. Après le repas collectif, je travaille sur mon projet professionnel ». Cet électricien repasse actuellement son permis avant d’entamer une recherche d’emploi. Il espère retrouver sa place dans la société une fois libre : « Rentrer chez lui, pour rejoindre sa femme et ses deux enfants ». Ses seuls démons : l’alcool et la violence, dans lesquels il ne veut plus retomber. Les détenus peuvent recevoir la visite de médecins, de psychologues ou se rendre à leur cabinet.

La réinsertion passe aussi par le loisir encadré. Dans la pièce à vivre, un planning est affiché et les pensionnaires doivent s’y inscrire pour se rendre au cinéma, au foot, en randonnée, au musée...

Un détenu, condamné pour « travail illégal », estime que « la ferme est un bon moyen de ne pas replonger. À ma première sortie de prison, j’étais livré à moi-même, Je n’avais pas d’emploi, pas de logement... J’ai replongé ».

Anne-Marie Pery, présidente de l’association de la ferme de Moyembrie, instaure un climat familial entre les détenus : « Ce n’est pas une miniprison mais un espace où on apprend la liberté ». À l’horizon : les chèvres, les poules, des lignes de framboisiers... Mais pas un seul surveillant, ni bracelet électronique au bras ou à la cheville, ni barreaux. « Ici, les barreaux sont virtuels. Chacun sait qu’il n’a pas le droit de sortir des 20 hectares de la propriété », indique Anne-Marie Pery. Tout est basé sur la confiance. Si la règle n’est pas respectée, le retour en cellule est rapide.


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Source : Courrier Picard.

Photo : Le Parisien.

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