On peut fermer des prisons. C’est ce que fait la Suède

10 décembre 2013 / Richard Orange (The Guardian)

Une politique de réhabilitation et de réduction des peines a pour résultat la fermeture de quatre prisons en Suède.


Le nombre d’admissions dans les prisons a connu une telle chute en Suède ces deux dernières années qu’il a été décidé de fermer quatre prisons et un centre de détention provisoire.

« Nous avons vu une baisse extraordinaire du nombre de détenus », a déclaré Nils Öberg, chef des services pénitentiaires et de probation en Suède, « ce qui nous permet de fermer une partie de notre infrastructure. »

Le nombre des prisonniers en Suède baisse d’environ 1 % par an depuis 2004, et a diminué de 6 % entre 2011 et 2012. Tendance qui devrait continuer cette année et l’année prochaine, d’après Nils Öberg.

L’administration pénitentiaire a donc fermé cette année les prisons des villes de Åby, Haja, Båtshagen, et Kristianstad. Deux seront probablement vendues et deux seront prêtées pour une utilisation temporaire à d’autres autorités gouvernementales.

Pour Nils Öberg, même si personne ne sait exactement pourquoi le nombre de détenus a chuté si abruptement, l’approche libérale de la Suède, avec son fort accent sur la réhabilitation des prisonniers, a joué un rôle.« Nous espérons que les efforts que nous faisons dans la réhabilitation et la prévention des rechutes de la criminalité a eu un impact, mais nous ne pensons pas que cela pourrait expliquer toute la baisse de 6 %. »

Il pense que la Suède doit travailler encore plus à la réhabilitation des prisonniers, et faire encore mieux pour les aider une fois qu’ils retournent vivre dans la société civile.

Une explication partielle de la chute brutale des admissions pourrait être que les tribunaux suédois ont donné des peines plus légères pour des délits de drogue, à la suite d’une décision de la Cour suprême suédoise en 2011. Selon Nils Öberg, il y avait en mars dernier environ 200 personnes de moins purgeant des peines pour infractions relatives aux drogues que l’année précédente.

Si le nombre de détenus devait de nouveau augmenter, les services pénitentiaires de la Suède gardent la possibilité de rouvrir deux des prisons fermées.

« Nous ne sommes pas sur le point de conclure qu’il s’agit d’une tendance à long terme et qu’il s’agit d’un changement de paradigme », a déclaré Öberg. « Ce dont nous sommes certains, c’est que la pression sur le système de justice pénale a nettement diminué ces dernières années. »

Hanns von Hofer, professeur de criminologie à l’Université de Stockholm a, lui, déclaré que la baisse du nombre de détenus pouvait être en grande partie attribuée à un récent changement de politique favorisant des peines probatoires au lieu de courtes peines de prison pour des vols mineurs, des infractions relatives aux drogues et même des crimes violents.

Il a souligné que sur la baisse de la population carcérale entre 2004 et 2012, 36 % concerne des vols, 25 % des infractions relatives aux drogues et 12 % des crimes violents.

Selon les données officielles, la population carcérale suédoise a chuté de près d’un sixième depuis 2004 où il y avait 5722 prisonniers. En 2012, il n’y a plus que 4852 personnes en prison en Suède, sur une population de 9,5 millions.

Le record du monde de la prison : les Etats-Unis

Selon les données recueillies par le Centre international d’études pénitentiaires, les cinq pays qui ont la population carcérale la plus élevée sont les États-Unis, la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde.

Les États-Unis ont une population carcérale de 2.239.751, soit 716 personnes pour 100 000 habitants.

La Chine se classe deuxième avec 1,64 millions de personnes derrière les barreaux, ou 121 personnes pour 100 000, tandis que les détenus de la Russie sont 681 600, soit 475 personnes pour 100 000 habitants.

Les prisons brésiliennes détiennent 548 003 prisonniers, 274 personnes pourr 100 000, et la population carcérale de l’Inde s’élève à 385 135, avec un taux de seulement 30 détenus pour 100.000 citoyens.

Parmi les pays avec des populations réduites, on trouve Malte, la Guinée équatoriale, le Luxembourg, la Guyane française et Djibouti. La Suède est classé 112e pour sa population carcérale.



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Source et photo : Traduction par Elisabeth Schneiter pour Reporterre d’un article du Guardian.

Lire aussi : Une nouvelle cause d’étalement urbain : les prisons.

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