Avec Donald Trump, « la lutte contre le changement climatique est vue comme de l’extrémisme »
Donald Trump, le 16 janvier 2025. - © Tom Brenner / Getty Images North America / Getty Images via AFP
Donald Trump, le 16 janvier 2025. - © Tom Brenner / Getty Images North America / Getty Images via AFP
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Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump s’acharne sur les environnementalistes et antifascistes, traités de « terroristes » et « extrémistes ». Une bascule répressive qui ne cesse de s’élargir, explique le journaliste d’investigation Will Potter.
Will Potter est journaliste d’investigation, spécialiste de l’utilisation de lois antiterroristes contre les mouvements environnementaux. Il a écrit Green is the new Red (Le Vert est le nouveau Rouge) sur la peur entretenue par le pouvoir étasunien vis-à-vis des écologistes sur le modèle de l’anticommunisme, et Little red barns (Petites granges rouges) sur les ravages de l’élevage et de l’agriculture industrielle.
Reporterre — Depuis l’élection de Donald Trump, comment a évolué la répression des mouvements environnementaux aux États-Unis, notamment ceux engagés dans la désobéissance civile ?
Avec Donald Trump, la répression s’est élargie à des militants environnementaux plus institutionnels, ainsi qu’à d’autres mouvements de contestation et de manifestations, qui ne sont pas environnementaux [comme les manifestations contre l’ICE, la police de l’immigration].
Jusqu’à l’arrivée de Donald Trump, les tactiques et stratégies pour cibler les militants environnementaux avaient d’abord commencé avec ceux considérés comme ayant des méthodes plus « radicales » — allant de la destruction de propriété à la désobéissance civile. Puis contre les personnes qui enquêtaient sur l’environnement et prenaient part à des manifestations.
« C’est toute la confiance dans la science et dans la protection de l’environnement qui est en train d’être criminalisée »
J’ai parlé avec un membre d’une organisation environnementale, qui a appris qu’elle faisait l’objet d’une enquête liée à l’antifascisme. Le gouvernement Trump a aussi cherché à s’en prendre au financement de ces organisations à but non lucratif, et il y a eu des inquiétudes l’été dernier quant au fait que gouvernement allait leur retirer le statut d’organisation à but non lucratif. Ce qui serait une importante escalade [1].
Désormais, le gouvernement s’en prend à des organisations parce qu’elles luttent contre le changement climatique, ce qui est vu comme de l’extrémisme. C’est toute la confiance dans la science et dans la protection de l’environnement qui est en train d’être criminalisée, et c’est là, selon moi, le grand tournant sous Donald Trump.
Il ne s’agit pas tant d’un ciblage de l’activisme en tant que tel, mais contre des scientifiques, des chercheurs et des organisations qui tentent de militer au sujet du changement climatique.
Quelles mesures ont renforcé la criminalisation de ces mouvements ? Qu’est-ce qui, selon vous, change concrètement aujourd’hui pour les militants sur le terrain ?
Cela fait des décennies que ces tactiques de répression se développent contre les militants environnementaux. Elles ont émergé dans les années 80. L’attaque du 11 septembre, et ses lois antiterroristes, ont accéléré cela.
Et puis elles se sont poursuivies avec de nouvelles législations, la désignation de groupes comme terroristes, en donnant de nouvelles priorités au FBI, et en utilisant des tactiques comme de la surveillance illégale, du harcèlement, ou de l’intimidation des militants. Le plus important est le pouvoir du langage dans les médias, et la normalisation du lien entre les militants et le terrorisme.
« Quand vous avez affaire à un pouvoir autoritaire qui ne cherche pas la vérité, tout devient plus dangereux »
Quant à ce qui pourrait changer aujourd’hui pour les militants, j’hésite à spéculer. J’ai parlé à quelques organisations environnementales qui ont peur d’être poursuivies en justice. Elles se demandent ce qu’elles risquent ? Quelles potentielles pénalités ? Ce qu’elles devraient faire ? Malheureusement, je n’ai pas les réponses à ces questions.
Quand vous avez affaire à un pouvoir autoritaire qui ne cherche pas la vérité, tout devient plus dangereux. D’un coup, vous rentrez dans une zone où le gouvernement pourrait lancer des accusations de terrorisme contre des organisations comme le Sierra Club ou Greenpeace.
Comment les gens qui partagent ces constats réagissent-ils ?
Beaucoup ne savent pas quoi faire. Mais plus nous avançons, plus il me semble que cela motive d’autres personnes à être plus vocales, à s’investir : elles réalisent le danger, et prennent contact avec différentes organisations. Mais il y a aussi beaucoup de peur : je vois des personnes presque terrifiées, elles ne savent pas à quel point les choses vont empirer. Je vois aussi, en réponse, plus de personnes faire le lien entre les différents mouvements sociaux.
Cela est difficile à quantifier, mais il y a une augmentation de ceux qui se disent qu’ils ne peuvent pas seulement se concentrer sur la crise écologique ou sur les problèmes liés au gouvernement Trump, que cette montée du fascisme aux États-Unis et la crise climatique sont des crises existentielles, qui nous menacent en tant qu’espèce et en tant que société libre. J’ai l’impression que de nombreuses personnes commencent à voir comment ces problèmes sont liés, comme à Atlanta avec le mouvement contre Cop City qui a commencé comme un mouvement environnemental.