États-Unis : 57 opposants à la « ville des flics » devant le tribunal
La répression contre les opposants au projet de centre de formation pour la police et les pompiers continue (photo de février 2023). - Flickr / CC BY 2.0 Deed / Chad Davis
La répression contre les opposants au projet de centre de formation pour la police et les pompiers continue (photo de février 2023). - Flickr / CC BY 2.0 Deed / Chad Davis
Durée de lecture : 3 minutes
Ils étaient une soixantaine appelés au tribunal d’Atlanta, le 6 novembre. Leur tort : avoir lutté contre la construction de Cop City, un immense centre d’entraînement pour policiers destructeur de forêt.
Atlanta (États-Unis), correspondance
Une centaine de manifestants étaient réunis devant le tribunal d’Atlanta, dans le sud-est des États-Unis. Entre différents slogans et chants contre la police, les prises de parole s’enchaînaient : « Cop City ne sera jamais construite » ; « On veut que les poursuites soient abandonnées et qu’ils puissent tous retrouver leur vie d’avant. » La foule était venue apporter son soutien lundi 6 novembre à une soixantaine de personnes convoquées devant la justice. Leur faute ? Avoir participé à des actions contre le projet d’un centre de formation pour la police et les pompiers, surnommé par ses opposants « Cop City », la ville des flics.
Le projet suscite la colère de nombreux habitants depuis plus de deux ans. La municipalité d’Atlanta souhaite construire un centre de formation pour les policiers, avec d’importantes infrastructures sur plus de 34 hectares et un coût de 90 millions de dollars (84 millions d’euros). Un front s’est depuis créé pour empêcher sa construction, mêlant des revendications écologiques, antiracistes et sociales. Le complexe doit être bâti sur une des plus grandes forêts d’Atlanta, propriété de la ville, dans un quartier pauvre, majoritairement habitée par des Afro-Américains. Les opposants y dénoncent à la fois le renforcement des moyens de la police, qu’ils jugent raciste, et la destruction de l’espace naturel.
Des « charges politiques »
Cette opposition a déjà eu des conséquences tragiques. En janvier dernier, une partie de la forêt était occupée par une zad. Lors d’une opération des autorités pour la déloger, un opposant a été tué par balles par un policier. Le parquet a depuis affirmé que les forces de l’ordre s’étaient défendues contre le jeune homme, qui leur avait d’abord tiré dessus. Sa famille a depuis demandé une enquête indépendante.
Parmi la foule lors du rassemblement, Misty écoutait les discours de soutien aux accusés la larme à l’œil. Elle qui a participé à de nombreuses manifestations s’est élevée contre ces « charges politiques » à leur encontre. « J’aurais pu être à leur place, explique-t-elle. Désormais, quand une voiture s’arrête devant chez moi, j’ai peur que la police vienne me chercher. Je ne veux pas aller en prison. »
« J’ai peur que la police vienne me chercher »
L’inculpation remonte au mois d’août dernier. Parmi les 61 personnes accusées, 57 se sont présentées au tribunal dans le cadre d’une étape de la procédure judiciaire. Le document de mise en accusation qualifie leurs actions d’« antigouvernement, antipolice, et anti-entreprise » et d’être une « organisation extrémiste ». Y sont évoquées des altercations avec les forces de l’ordre et l’usage de cocktails Molotov. Certains sont également accusés de blanchiment d’argent et de terrorisme.
Le recours à une loi antimafia
Le regroupement d’autant de personnes dans une seule affaire est permis par une loi antimafia de l’État de Géorgie, la loi Rico (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act). Elle est d’habitude utilisée pour les affaires d’escroquerie en bande organisée, et prévoit des peines pouvant aller jusqu’à vingt ans de prison. Y avoir recours — avec d’autres lois contre le terrorisme — avait été immédiatement dénoncé par des organisations de défense des droits humains. L’Union américaine pour les libertés civiles, une ONG de défense des droits et libertés, l’avait ainsi qualifiée de « disproportionnée ».
Pour les manifestants, cette procédure est une arme de plus utilisée par les autorités pour faire taire leur cause. Kamau Franklin, un des organisateurs du rassemblement, reprochait le caractère « arbitraire » du choix des personnes inculpées. D’autres dénonçaient des instructions biaisées. « Ce sont des accusations bidon obtenues avec des enquêtes ridicules et de nombreux éléments qui n’ont pas de rapport entre eux », s’est énervée Sarah [1], l’une des manifestantes. « Ça ne devrait pas être un crime de manifester. »