L’A69 quasi terminée ? Le grand bluff d’Atosca avant une audience décisive
Sur le tracé de l'A69, le bitume n'a pas été posé et les empierrements sont partiels sur les parois de la colline à Cuq-Toulza (Tarn), le 11 juin 2026. - © Antoine Berlioz / Reporterre
Sur le tracé de l'A69, le bitume n'a pas été posé et les empierrements sont partiels sur les parois de la colline à Cuq-Toulza (Tarn), le 11 juin 2026. - © Antoine Berlioz / Reporterre
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Alors que le Conseil d’État examine le 15 juin la légalité de l’autoroute A69, le concessionnaire vante à tout-va l’avancée de son chantier, quitte à tordre la réalité. « C’est du pipeau », jugent les opposants, preuves à l’appui.
Entre Toulouse et Castres, reportage
C’est une stratégie de communication habituelle et bien rodée de la part d’Atosca. Alors que le Conseil d’État examine, lundi 15 juin, la légalité du chantier de l’autoroute A69, qui doit relier Toulouse à Castres, les vidéos promotionnelles, les communiqués et le récit du concessionnaire s’enchaînent et infusent dans la presse avant cette audience décisive. Quitte à tordre la réalité.
Fin mai, la machine s’est mise en route avec une interview dans le studio d’Ici Occitanie, où le concessionnaire annonce une mise en service définitive de l’A69 en octobre 2026. Quelques jours plus tard, Atosca présente en grande pompe l’ouverture du premier tronçon de son infrastructure, avec une vidéo promotionnelle largement relayée dans la presse.
Enfin, le 11 juin, quelques jours seulement avant l’audience, une séquence tournée au drone présente l’avancée du chantier : « 100 % des terrassements sont achevés ; 100 % des ouvrages d’art sont construits ; 25 km de chaussées ont déjà reçu leurs couches d’enrobés définitives », peut-on lire dans un article du quotidien local Le Journal d’Ici, propriété du groupe Pierre Fabre, lui-même actionnaire et soutien de l’autoroute A69.
Certaines de ces annonces semblent néanmoins tordre la réalité que Reporterre a pu constater sur le terrain. Concernant l’annonce de la « mise en circulation du premier tronçon de l’A69 », par exemple, si elle a bien été autorisée par l’État le 2 juin, la construction de ce ruban de bitume de 8 km entre le village de Verfeil et l’A68 n’est pas à mettre au crédit d’Atosca, puisque c’est le groupe Vinci qui a entièrement réalisé cet ouvrage.
Une communication habile du concessionnaire, qui tente ainsi de masquer que les 53 km de tracé dont il a réellement la charge sont, quant à eux, loin de pouvoir accueillir les premières voitures.
« C’est du pipeau »
Si quelques kilomètres de tracé sont bitumés entre Verfeil et Vendine, on s’aperçoit rapidement que l’état d’avancement du chantier est très variable. Si le concessionnaire s’est empressé de couler les premiers mètres de bitume à cet endroit, il accuse néanmoins du retard sur les bassins de traitement des eaux pluviales.
« Quand on pose du bitume, on doit normalement avoir déjà terminé la construction de ces bassins et leur raccordement, explique Camille [1], opposant à l’A69 et membre du collectif La Voie est libre. C’est normalement obligatoire puisque, lors des premières pluies, l’eau va charrier les dépôts chimiques à la surface de ce bitume et potentiellement déverser tous ces éléments toxiques directement dans la nature si les bassins ne sont pas achevés. »
À Maurens-Scopont, plus à l’est, une route communale goudronnée empruntée par les habitants du village traverse toujours le tracé de la future autoroute et devra être détruite. À cet endroit, des talus de remblai sont stockés hors de l’emprise initiale autorisée, comme à de nombreux autres points du chantier. Le bitume est loin d’être coulé et de nombreux aménagements annexes, comme les bassins de traitement, les évacuations d’eau, les équipements de sécurité et les portiques, sont toujours absents.
En continuant sur la route nationale 126 et en arrivant vers Cambon-lès-Lavaur, toujours aucune trace de bitume. À ce niveau, il est difficile d’esquisser les contours de la future aire de repos, qui doit pourtant être opérationnelle d’ici le mois d’octobre. Même constat sur les hauteurs de Cuq-Toulza, où l’autoroute est encore ici au stade d’une simple piste de terre.
« On sait très bien qu’une mise en service en octobre 2026 est complètement impossible. Ce sont uniquement des éléments de communication du concessionnaire, raconte Camille. Il faudrait que tous les travaux soient déjà terminés aujourd’hui pour lancer les phases de tests et de mise aux normes. Ces dernières étapes prennent plusieurs mois, on voit bien que c’est du pipeau. »
Contacté, Atosca n’a pas souhaité répondre à Reporterre ni transmettre le calendrier prévisionnel des travaux.
Manquements et malfaçons
Une mise en service en octobre, qui paraît bien compromise, implique également qu’aucune décision de justice ne retarde ou ne suspende à nouveau le chantier. Depuis le début des travaux, en mars 2023, les manquements administratifs et les malfaçons s’accumulent pour Atosca. Pire, fin 2025, le concessionnaire était pris en flagrant délit de dépassement d’emprise, en faisant déborder son chantier sur plus de 50 hectares.
Une situation qui a donné lieu à une enquête du parquet de Toulouse, toujours en cours, ainsi qu’à une perquisition dans les bureaux d’Atosca le 12 mai.
L’avancement et les irrégularités du chantier pourrait être une nouvelle fois amplement discutés le 15 juin devant les juges du Conseil d’État. La plus haute juridiction administrative ne réévaluera cependant pas l’ensemble du dossier, puisqu’elle se contentera de juger de la conformité ou non de la décision de la cour administrative d’appel de Toulouse du 30 décembre, qui avait validé l’autorisation du chantier.
Le délibéré est très attendu et devrait intervenir dans les prochaines semaines, alors que le rapporteur public a d’ores et déjà recommandé aux juges de confirmer la légalité du chantier de l’A69.