« C’est officiel » : l’autoroute A69 définitivement validée par le Conseil d’État
Le chantier de l'autoroute A69, en décembre 2025. - © Antoine Berlioz / Reporterre
Le chantier de l'autoroute A69, en décembre 2025. - © Antoine Berlioz / Reporterre
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Le Conseil d’État a entériné le projet d’autoroute A69 entre Toulouse et Castres. Les autorisations environnementales de ce projet aux répercussions désastreuses et largement documentés sont désormais définitives.
Les espoirs étaient maigres, deux semaines après une audience marquée par la défense corps et âme du projet d’autoroute A69 par le rapporteur public. Les voilà définitivement enterrés. Le 29 juin, le Conseil d’État a entériné la réalisation de l’ouvrage devant relier Toulouse à Castres : « C’est officiel, dans un monde qui brûle, le déni climatique est décrété par la plus haute sphère du pouvoir juridique », ont réagi les militants du collectif La Voie est libre.
En choisissant de suivre les recommandations du magistrat, formulées le 15 juin, les juges rejettent ainsi les pourvois en cassation sollicités par les associations anti-A69 et confirment donc la légalité du chantier. « La semaine où nous ressentons comme jamais les températures létales du mur climatique, le pire signal vient d’être envoyé par le Conseil d’État, incapable d’appliquer le droit face aux pressions du lobby politicofinancier de l’A69, poursuit La Voie est libre. Ils valident le parfait emblème de notre fuite en avant : l’A69. C’est terrifiant. »
Très attendue, cette décision est le dernier épisode d’un dossier judiciaire interminable. En février 2025, le tribunal administratif de Toulouse avait annulé l’autorisation environnementale du projet, jugeant que celui-ci n’était pas d’un intérêt public suffisant pour justifier de détruire des espèces protégées. Une « victoire historique », se réjouissaient à l’époque les activistes écologistes. Problème : onze mois plus tard, le 30 décembre, la cour administrative d’appel avait contredit ce verdict en validant la poursuite du chantier… poussant dès lors les défenseurs de l’environnement à saisir le Conseil d’État pour trancher.
« Aucune solution alternative »
Lors de l’audience, tenue le 15 juin à Paris, le rapporteur s’est livré à un démontage en règle des irrégularités invoquées par les opposants au projet et démontrées à maintes reprises par Reporterre. Les consultations publiques et communales ? « L’administration n’est pas tenue de suivre leurs avis », a-t-il rétorqué. Les destructions de zones humides par l’autoroute ? « Elles seront compensées à 246 % », a-t-il rassuré. La perte de biodiversité ? Elle est « légale au vu de la raison impérative d’intérêt public majeur », a-t-il ajouté.
Bref, le magistrat a repris un à un les arguments de l’État et du concessionnaire, Atosca. Et dans son communiqué, publié le 29 juin, la juridiction les utilise à nouveau : « Le Conseil d’État juge que la cour n’a pas fait d’erreur en estimant que le projet répond bien à une raison impérative d’intérêt public majeur au regard des différents objectifs poursuivis (gain de temps, amélioration du cadre de vie, développement économique, sécurité routière) », écrit-elle.
Avant d’ajouter que « ni la mise à deux fois deux voies de l’actuelle route nationale 126, ni l’amélioration de la liaison ferroviaire ne constituent une “solution alternative satisfaisante” dès lors qu’aucune de ces options ne permet de répondre de manière aussi efficace que la liaison autoroutière aux quatre objectifs poursuivis ».
Et maintenant ?
Cette dernière phrase balaye d’un revers de main non seulement les alertes de 200 scientifiques sur les répercussions climatiques d’un tel projet, mais aussi toutes les alternatives pensées et défendues depuis des années par les opposants : « Nous avons documenté, nous avons sacrifié une partie de nos vies pour dénoncer, proposer, agir contre cette aberration totale… mais en vain. Nous allons devoir filmer une autoroute vide et hors de prix, montrer que le désastre annoncé a bien eu lieu », regrette La Voie est libre.
Presque quatre ans après avoir commencé, la lutte contre l’A69 semble aujourd’hui avoir pris un coup fatal. Les enquêtes journalistiques, les journées de célébration, les zad tenues jour et nuit par des « écureuils » déterminés n’auront pas la peau de l’autoroute.
Même si sa mise en service d’ici à la fin de l’année semble compromise au regard des nombreux retards qu’additionne le chantier et des quelques enquêtes pénales toujours en cours, l’autoroute A69 devrait bel et bien voir le jour. Cette nouvelle laisse en suspens une question : qu’adviendra-t-il de la lutte ?