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A69

« Cela me fend le cœur » : pour protéger une fleur rare, un châtelain se dresse contre l’A69

Bernard D'Ingrando est châtelain et propriétaire du chateau de Scopont dans le Tarn dont l'autoroute A69 encore en travaux cause déjà des assèchements et destruction de l'environnement sur sa propriété.

Plusieurs associations annoncent déposer plainte contre le concessionnaire de l’A69. Des travaux menés à proximité du château de Scopont sont suspectés d’assécher les sources d’eau et de menacer une plante protégée.

Toulouse (Haute-Garonne), correspondance

C’est un autre caillou dans la chaussure d’Atosca. Plusieurs associations, dont les Amis de la Terre, Attac Tarn et l’association La renaissance du château de Maurens-Scopont, ont annoncé déposer plainte auprès des tribunaux judiciaires de Castres et de Toulouse d’ici la fin de la semaine.

Elles reprochent au concessionnaire Atosca de réaliser des travaux qui affectent le domaine du château de Maurens-Scopont, dans le Tarn. Le chantier assèche en effet des sources et menace ainsi des zones humides ainsi que des stations protégées de jacinthe de Rome.

Les travaux de l’autoroute A69 affectent les nappes phréatiques et les écoulements d’eau naturels et assèchent les bassins en aval du tracé, ici à Scopont. © Antoine Berlioz / Reporterre

« Ici, on concentre toutes les anomalies et les méfaits du chantier de l’A69 », souffle Bernard d’Ingrando, devant la bâtisse principale, construite au XVe siècle et classée Monument historique. Plusieurs événements anti-A69 ont déjà été accueillis sur ces terres. Le propriétaire du château, qui l’a acquis auprès du gouvernement algérien en 1991, est très affecté : « Quand je vois les conséquences des travaux sur le domaine, cela me fend le cœur. »

Ces conséquences sont clairement visibles sur le terrain. En s’enfonçant dans le domaine, le pavillon néogothique, lui aussi classé, apparaît entouré de chênes et de cèdres multicentenaires. Dans ce cadre paisible, le bruit d’une pelleteuse vient troubler ce moment hors du temps. À travers les feuilles des arbres, on aperçoit des engins de chantier s’affairer sur une butte de terre, à seulement 180 mètres du pavillon. La future autoroute est juste là.

Les travaux de l’autoroute A69, dont le tracé passe à quelques mètres cause déjà des assèchements et destruction de l’environnement. © Antoine Berlioz / Reporterre

« Désormais, il n’y a plus rien, tout est sec »

« La loi interdit normalement toute nouvelle construction dans un périmètre de 500 mètres autour des monuments historiques, mais Atosca avait obtenu une dérogation à l’époque », rappelle Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées et également présent sur le domaine.

Le docteur en écologie soulève quelques feuillages au sol. « Ici, l’eau coulait abondamment il y a encore deux ans à la même époque. Vous voyez, désormais, il n’y a plus rien, tout est sec. Nous pensons que cela est dû aux travaux de l’autoroute, à quelques centaines de mètres d’ici, dénonce Jean Olivier. Le remblai de l’autoroute forme un barrage et empêche l’écoulement naturel de l’eau. »

Le 12 mars 2024, M. Turcato, un expert missionné par le concessionnaire Atosca lui-même, sous l’égide du tribunal administratif de Toulouse, était venu constater l’existence de cette source, photos à l’appui, d’après un document que Reporterre a pu consulter.

Jean Olivier, président des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, explique comment la construction de l’autoroute A69 détruit les nappes phréatiques et assèche l’aval du chantier dont le parc du Chateau de Scopont © Antoine Berlioz / Reporterre

Le 27 avril, à la demande de Bernard d’Ingrando, ce même expert s’est de nouveau rendu sur le site. « À saisonnalité équivalente, des écoulements d’eau ont disparu », peut-on lire dans les conclusions récentes de M. Turcato, qui fait directement le lien entre le chantier de l’A69 et le tarissement des sources dans le bois du château : « Les fouilles d’excavation, les drainages et les remblaiements qui ont été menés ont pu altérer les voies de circulation de l’eau. »

Les travaux de l’autoroute A69 assèchent les bassins en aval du tracé. © Antoine Berlioz / Reporterre

Une plante rare aux jolies fleurs blanches

Un constat sans appel, qui pourrait rapidement s’avérer dramatique si le domaine du château continuait à s’assécher. En plus de menacer des arbres multicentenaires et un patrimoine unique, le tarissement des sources pourrait mettre en péril l’une des stations les plus importantes de France de jacinthe de Rome, une espèce végétale protégée. Cette plante rare, classée comme espèce prioritaire dans le livre rouge de la flore menacée en France, se plaît particulièrement dans les prairies humides du château de Scopont.
« Il y a environ 10 000 pieds de jacinthe de Rome ici, ce qui en fait un site unique et extrêmement important pour l’espèce », confirme le docteur en écologie Jean Olivier.

Une jacinthe de Rome en fleur dans le parc du chateau de Scopon, dans le Tarn, observée lors d’une balade naturaliste pendant l’évènement des «  Déroutantes  » le 26 avril 2025. © Antoine Berlioz / Reporterre

La plainte, dans laquelle figurent les conclusions de l’expert, sera accompagnée d’un référé pénal afin de demander au tribunal de suspendre en urgence les travaux de l’autoroute.

Cette énième action en justice pourrait peser dans un dossier déjà bien fourni, en attendant le jugement du Conseil d’État, qui devra se prononcer sur la légalité du chantier de l’autoroute dans les prochains mois.

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