123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

A69

Pour sauver l’A69, le « chantage à l’emploi » du groupe Pierre Fabre

Des activistes se sont mobilisés à Toulouse, alors que le tribunal administratif examinait le dossier de l’A69, le 25 novembre 2024.

Le groupe pharmaceutique basé à Castres a annoncé qu’il pourrait « remettre en cause » son développement local si la construction de l’autoroute A69 était annulée.

Toulouse (Haute-Garonne), correspondance

Les laboratoires Pierre Fabre continuent de peser de tout leur poids dans le dossier de l’autoroute A69. Le 29 novembre, Pierre-Yves Revol, président de la Fondation Pierre Fabre, actionnaire majoritaire du groupe pharmaceutique basé à Castres (Tarn), a déclaré dans un entretien au journal La Dépêche que « si l’autoroute n’est pas finalisée, le premier employeur du Tarn remettra en cause sa politique d’implantation locale ».

Celui qui a succédé à Pierre Fabre à la tête des laboratoires, après son décès en 2013, ajoute que « l’autoroute conditionnait le maintien et l’accroissement de nos investissements locaux […] Nous ne pouvons continuer éternellement à surmonter les difficultés liées à l’enclavement si aucun effort n’est fait pour ce territoire ».

« Des menaces de représailles »

Cette déclaration dans la presse intervient quelques jours après l’audience au tribunal administratif de Toulouse, le 25 novembre, où il a été question de la possible annulation du chantier de l’autoroute A69. La rapporteuse publique a émis un avis très critique sur les autorisations délivrées au concessionnaire Atosca, préconisant l’annulation du projet. À l’issue des auditions, la présidente a annoncé un délibéré sous quinze jours, qui devrait intervenir la semaine du 9 décembre.

Les opposants au projet croient en l’annulation du projet, et la panique règne donc chez les défenseurs de l’autoroute, parmi lesquels figure depuis longtemps le groupe pharmaceutique.

Les propos du président de la Fondation Pierre Fabre sont « des menaces de représailles visant à mettre la pression sur la justice, en instrumentalisant la vie des salariés et de leurs proches », réagit dans un communiqué le collectif d’opposants à l’autoroute La Voie est libre. « L’entreprise Fabre n’a pas eu besoin d’une autoroute pour se développer et prospérer à Castres », peut-on encore y lire.

Contacté par téléphone et par mail, le groupe pharmaceutique, qui va réaliser cette année plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, n’a pas souhaité donner suite à nos demandes d’entretien.

« Compliqué, voire impossible » de prendre position contre l’A69

Un salarié, qui souhaite rester anonyme, confie à Reporterre que « l’autoroute est un sujet très clivant au sein de l’entreprise. Les salariés sont soumis à une énorme pression sur ce sujet, et il est compliqué, voire impossible, pour nous de prendre position contre l’A69. Les récentes déclarations de Monsieur Revol sont clairement du chantage à l’emploi, et c’est inacceptable », confie ce salarié. « Pour moi, c’est un coup de bluff ridicule », dit-il.

La position de l’entreprise est publiquement affichée dans ce dossier. Le groupe pharmaceutique exerce un lobbying intense depuis les années 2000 en faveur de la construction de l’A69, comme l’a déjà montré Reporterre. Il a même confessé financer le chantier de l’autoroute à hauteur de 8,6 millions d’euros.

Pierre-Yves Revol, qui est également président du club de rugby du Castres olympique, promet dans les colonnes de La Dépêche que l’entreprise « se déportera vers d’autres centres urbains » et « constatera simplement que, dans ce pays, la France des territoires est beaucoup moins bien prise en compte que celle des métropoles, et s’adaptera à regret à cette réalité » si l’autoroute est abandonnée.

Pour le collectif La Voie est libre, les propos tenus par le président de la Fondation Pierre Fabre confirment que l’autoroute « ne répond à aucun intérêt public majeur. Elle n’est que l’aboutissement de trente ans de pressions et de chantage exercés par les laboratoires Pierre Fabre, dont elle sert les seuls intérêts ».

legende