Le groupe Pierre Fabre reconnaît avoir financé l’A69
Les opposants au projet d'autoroute A69 dénoncent depuis des mois l'implication des Laboratoires Pierre Fabre. - X/La Voie est libre
Les opposants au projet d'autoroute A69 dénoncent depuis des mois l'implication des Laboratoires Pierre Fabre. - X/La Voie est libre
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Le directeur général des Laboratoires Pierre Fabre, Éric Ducournau, a reconnu dans un entretien à La Dépêche du Midi que son entreprise participait financièrement à la construction de la décriée autoroute A69 entre Toulouse et Castres. Le groupe a révélé avoir pris en août 2023 une participation minoritaire dans le capital du concessionnaire, Atosca, aux côtés de la chambre de commerce et d’Industrie du Tarn et d’autres entreprises du département.
Le groupe Pierre Fabre est régulièrement ciblé par les opposants, et notamment Extinction Rebellion, pour son implication historique dans le dossier. Reporterre avait déjà montré en octobre 2023 comment ces intérêts industriels avaient été à la manœuvre depuis des années pour imposer l’autoroute. Mais c’est la première fois que les Laboratoires Pierre Fabre le reconnaissent eux-mêmes.
8,6 millions d’euros de participation
« Nous avons voulu manifester notre soutien à un projet indispensable pour que le bassin de Castres-Mazamet puisse se développer dans les décennies à venir », a déclaré Éric Ducournau. Avant d’ajouter que cette participation était surtout une façon de surveiller que le concessionnaire suive bien sa feuille de route, « pour veiller au respect par le concessionnaire de tous ses engagements, en particulier en matière d’environnement et de création d’emplois locaux [sic]. »
À la question de La Dépêche - « On risque de vous reprocher de vouloir gagner de l’argent sur le dos des futurs usagers ? » - le chef d’entreprise a minimisé l’engagement financier de son groupe dans le chantier : « Ne confondons pas tout. L’apport des actionnaires de Tarn Sud Développement est marginal : 8,6 millions d’euros pour un chantier qui en coûtera 450 millions. Nous n’attendons aucun bénéfice de notre participation, si ce n’est ce droit de regard sur le respect des engagements environnementaux par le concessionnaire. »
Des conflits d’intérêts dénoncés
Dans un communiqué, l’association d’opposants La Voie est libre s’est félicité que « le plan de Pierre Fabre » soit enfin révélé. Elle a aussi exigé « la démission immédiate du président de la commission d’enquête parlementaire sur l’A69, Jean Terlier ». Cette commission a pour but d’étudier le montage juridique et financier du projet. Pour l’association, les soupçons de conflit d’intérêts sont désormais avérés. « La femme de Jean Terlier est une cadre influente du groupe Pierre Fabre depuis dix-neuf ans », affirme le communiqué.
« M. Terlier est un acteur clé du projet d’A69. Son rôle et ses liens avec le groupe Pierre Fabre, partie prenante dans la concession, doivent pouvoir être interrogés au regard de ses déclarations publiques dans le cadre de la commission d’enquête. Le groupe Pierre Fabre n’est aujourd’hui plus seulement un groupe pharmaceutique et cosmétique à l’origine du passage en force de l’A69, c’est aussi un concessionnaire autoroutier », dénoncent les opposants.
Pour Geoffrey, membre de La Voie est libre, « les conflits d’intérêts vont désormais tomber en cascade ». « On se rend compte que tout est imbriqué », dit-il à Reporterre. Au-delà de Pierre Fabre, « la chambre de commerce et d’industrie a également des parts chez Atosca et elle use de ses missions de service public pour faire de la propagande pour sa concession. Ce projet d’A69 est une entreprise d’intérêt privé ». Les opposants appellent maintenant à un boycott massif des produits Pierre Fabre.