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ReportageOGM

Nouveaux OGM : avant un vote décisif, des paysans font monter la pression

Agriculteurs et syndicats ont dénoncé la nouvelle règlementation des OGM devant le Parlement européen, le 16 juin 2026.

Plus de 200 personnes se sont rassemblées devant le Parlement européen, le 16 juin, à la veille d’un vote décisif sur les nouveaux OGM. Elles dénoncent notamment l’absence de traçabilité et le risque de contamination avec les autres cultures.

Strasbourg (Bas-Rhin), reportage

« Les NGT sont des OGM cachés, arrêtez de nous berner ! » Sur la passerelle qui fait face au Parlement européen, en cette matinée du 16 juin, ils sont un peu plus de 200 à graviter entre les stands de tartes flambées de la Confédération paysanne installées au pied d’un tracteur et les prises de parole. Au micro, des représentants de syndicats agricoles français et allemand ou d’acteurs des filières biologiques se succèdent pour alerter sur les dangers de la nouvelle règlementation des OGM, qui pourrait être votée le mercredi 17 juin.

Lire aussi : « Nous risquons de tout perdre » : les dangers du vote européen sur les OGM

Présenté par la Commission européenne en 2023, ce texte autorise la commercialisation sans contrainte des végétaux issus des nouvelles techniques génomiques (NTG) s’ils ont subi moins de vingt modifications génétiques. Un changement de paradigme par rapport à la législation européenne sur les OGM

« Cela va changer plusieurs choses pour les mangeurs et mangeuses, et pour les paysans et paysannes », annonce Églantine Berthet, co-porte-parole de la Confédération paysanne Alsace. Les consommateurs « ne sauront plus s’ils mangent des produits génétiquement modifiés, car il n’y aura aucune traçabilité. Aujourd’hui, s’il y a des OGM dans une chaîne de production, cela doit être mentionné. Demain, il n’y aura plus de mentions obligatoires. Même nous, professionnels, ne pourront plus savoir s’il y a des NGT dans la nourriture que nous donnons à nos animaux ».

Une quarantaine de syndicats et organisations européennes ont appelé à un rassemblement devant le Parlement européen, le 16 juin 2026. © Christoph de Barry / Reporterre

Des brevets sur le vivant

Du côté des agriculteurs, on craint également « des risques de contamination ». « Quand l’on fait des semences paysannes mais que l’on est à côté de quelqu’un qui utilise des OGM, une pollinisation va se faire, puis une fructification va aboutir à la création de semences génétiquement modifiées, par hybridation. Cela pose de vrais problèmes de contrôle de sa production », poursuit Églantine Berthet.

À cette crainte qui touche à la qualité des semences paysannes s’ajoute un risque juridique : celui d’être attaqué par les entreprises propriétaires des brevets NTG si les graines paysannes présentent des similitudes génétiques avec les semences brevetées.

«  Il n’y aura aucune traçabilité  », dit Églantine Berthet, de la Confédération paysanne Alsace. © Christoph de Barry / Reporterre

« Si nos variétés sont contaminées par des plantes NGT, on pourrait être attaqué pour avoir utilisé des bouts de génomes brevetés sans l’avoir voulu. Cela s’est déjà vu aux États-Unis, où de grandes multinationales ont attaqué des agriculteurs sur ces sujets-là », détaille Jérémy Ditner, président de Bio en Grand Est.

Plus précises que les anciennes méthodes, les nouvelles technologies génomiques permettent des modifications plus fines du génome des plantes — permettant par exemple de ralentir le brunissement des bananes. Pour les défenseurs du texte, les végétaux issus des NGT-1, c’est-à-dire ayant subi moins de vingt modifications génétiques, sont considérés comme « pouvant apparaître naturellement ou avoir été produits par les techniques conventionnelles » des semenciers.

Un non-sens pour les Faucheurs et Faucheuses volontaires d’OGM, également présents à la manifestation. Pour eux, les OGM produits par les NTG modifient davantage le génome que ne le font les techniques conventionnelles.

Les Faucheurs et Faucheuses volontaires d’OGM étaient également présents. © Christoph de Barry / Reporterre

Cette distinction entre des NTG ayant subi moins de vingt modifications génétiques — et pouvant donc être commercialisées sans contraintes — et les autres n’a pas de fondement scientifique pour Astrid Österreicher, conseillère en politique européenne pour Testbiotech, un institut allemand d’évaluation de l’impact de la biotechnologie. « Une seule petite modification du génome peut avoir de grandes conséquences. Il faut regarder les effets de ces modifications plutôt que leur nombre. »


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